Quand j’ai commencé à lire ce livre il y a quelques semaines j’étais dans un état d’esprit un peu similaire à celui de la narratrice, errant dans mon propre désespoir et ses mots y ont fait écho d’une manière si familière et réconfortante, je me suis retrouvé.e à engloutir les 200 premières pages presque d’une traite comme un elixir fait pour moi à ce moment là précis. Je voulais parler à personne, je voulais rien faire d’autre que de lire ce que ce personnage avait à dire et errer avec elle, ses souvenirs, sa poésie et sa douleur.
J’avais beaucoup d’aprioris en commençant ce livre:
- Des bons. Le titre « De ça je me console » m’attirait instinctivement, il me parlait à lui tout seul comme si il nommait un besoin. Et la couverture de l’edition babel me faisait de l’oeil. J’avais lu « Chavirer » avant que j’avais beaucoup aimé et ces trois éléments combinés, j’étais sûr.e que ça me plairait.
Et ça m’a effectivement beaucoup plu. Et l’usage du titre à travers le livre le rend d’autant plus spécial à mes yeux.
- Des mauvais. J’avais lu les premières pages en pdf après avoir passé commande, et je m’étais un peu inquiété d’avance que la narratrice me fasse rouler des yeux avec ses « jeunes jeunes jeunes » et « presque morts » et sa critique de « la société » qui aurait pu être sans nuance et prétentieux.
Mais en fait j’ai pas du tout trouvé ça creux ou si prétentieux que ça, vraiment pas du tout. Elle sait qu’elle aussi elle fait partie de tout ce qu’elle trouve terrible dans l’humanité autour d’elle. Elle se place pas au dessus dessus des autres faussement supérieure. Je crois que ce qui m’a touché le plus justement, elle veut juste trouver une façon de vivre avec d’autres, qui fasse sens pour elle. La direction qu’elle choisit pour ça est pour moi un peu idéaliste et en dehors de mon royaume des possibles mais ça reste quand même un personnage touchant qui fait beaucoup de sens pour moi.
Pour moi ce n’est pas un 5 étoiles comme chavirer l’était. Et pourtant je suis plus attaché.e à Emyliana que je ne l’étais à Cléo. La structure un peu libre et qui va dans tous les sens du livre est aussi belle et intéressante que parfois difficile à suivre avec des passages où je ne comprenais pas tout. Le vocabulaire de la narratrice lui appartient, elle manie les mots à sa façon, elle les déverse, ils veulent dire ce qu’ils veulent dire pour elle. Ça a son charme, moi aussi j’aime bien écrire de cette façon dans mes carnets. Mais ça sort parfois un peu du livre.
J’ai trouvé la fin assez difficile à lire notamment, j’avais du mal à rester concentré.e et je voyais plus trop où elle allait. Ça me donnait une sensation d’inachevé ou de fin rapide juste histoire d’en avoir une. Parce que je pense que c’est de la fiction autobiographique (du peu que j’ai lu de la vie de Lola Lafon) ça fait sens. C’est plus une sorte de voyage poétique intérieur, qu’une histoire au sens propre du terme, qui va d’un point A à un point B, ça donne une sensation d’inachevé parce que la vie de la narratrice est loin d’être finie pareillement à l’autrice.
Et elle le dit elle même en citant Flaubert, que conclure ça n’a pas d’importance et parfois ça n’a pas de sens et que c’est regarder les vagues qui importe (ou quelque chose comme ça). Et peut être que c’est vrai ici. Mais du coup ça donnait une sensation de fausse conclusion quand même c’est assez rushé tout d’un coup après tant de pages à prendre son temps. Mais le fait qu’il y ait le traité des mots à ne pas oublier à la fin reste une très jolie manière de finir le livre.
En bref j’ai adoré m’immerger dans ce livre, à l’écriture très belle, qui m’a fait découvrir plein de choses, les souvenirs d’Emilyana sur la Roumanie, sur son père notamment étaient super à lire, et la description du deuil, de l’amour, de l’amitié, du trauma intergénérationel m’ont beaucoup touché.e et je suis très reconnaissant.e d’être tombé.e sur ce livre au moment où je l’ai fait. Je pense juste qu’il y manquait quelque chose et que la structure était un peu trop floue pour moi par moment. Je le recommande quand même! Et je suis très curieuxse de lire d’autres ouvrages de cette autrice.