« Qu’est-ce donc que vous espériez, quand vous ôtiez le bâillon qui fermait ces bouches noires ? Qu’elles allaient entonner vos louanges ? Ces têtes que nos pères avaient courbées jusqu’à terre par la force, pensiez-vous, quand elles se relèveraient, lire l’adoration dans leurs yeux ? Voici des hommes noirs debout qui nous regardent et je vous souhaite de ressentir comme moi le saisissement d’être vus. Car le blanc a joui trois mille ans du privilège de voir sans qu’on le voie ; il était regard pur, la lumière de ses yeux tirait toute chose de l’ombre natale, la blancheur de sa peau c’était un regard encore, de la lumière condensée. L’homme blanc, blanc parce qu’il était homme, blanc comme le jour, blanc comme la vérité, blanc comme la vertu, éclairait la création comme une torche, dévoilait l’essence secrète et blanche des êtres. Aujourd’hui ces hommes noirs nous regardent et notre regard rentre dans nos yeux ; des torches noires, à leur tour, éclairent le monde et nos têtes blanches ne sont plus que de petits lampions balancés par le vent. » Jean-Paul Sartre
Léopold Sédar Senghor was a Senegalese poet, politician, and cultural theorist who served as the first president of Senegal (1960–1980). Senghor was the first African to sit as a member of the Académie française. He was also the founder of the political party called the Senegalese Democratic Bloc. He is regarded by many as one of the most important African intellectuals of the 20th century.
Femme, pose sur mon front tes mains balsamiques, tes mains douces plus que fourrure. Là-haut les palmes balancées qui bruissent dans la haute brise nocturne À peine. Pas même la chanson de nourrice. Qu'il nous berce, le silence rythmé.
Écoutons son chant, écoutons battre notre sang sombre, écou- tons Battre le pouls profond de l'Afrique dans la brume des villages perdus.
Voici que décline la lune lasse vers son lit de mer étale Voici que s'assoupissent les éclats de rire, que les conteurs eux-mêmes Dodelinent de la tête comme l'enfant sur le dos de sa mère Voici que les pieds des danseurs s'alourdissent, que s’alourdit la langue des chœurs alternés.
C'est l'heure des étoiles et de la nuit qui songe et s'accoude à cette colline de nuages, drapée dans son long pagne de lait.
Les toits des cases luisent tendrement. Que disent-ils, si confidentiels, aux étoiles? Dedans, le foyer s'éteint dans l'intimité d'odeurs acres et douces.
Femme, allume la lampe au beurre clair, que causent autour les ancêtres comme les parents, les enfants au lit. Ecoutons la voix des Anciens d'Elissa. Comme nous exilés Ils n'ont pas voulu mourir, que se perdît par les sables leur torrent séminal. Que j'écoute, dans la case enfumée que visite un reflet d’âmes propices Ma tête sur ton sein chaud comme un dang au sortir du feu et fumant Que je respire l'odeur de nos Morts, que je recueille et redise leur voix vivante, que j'apprenne à Vivre avant de descendre, au-delà du plongeur, dans les hautes profondeurs du sommeil.
Wonderful anthology that puts together some of the greatest African poets of the twentieth century - Césaire, Senghor, Rabéarivelo and many others. They use poetry to express their soul, which is the only subject of all these poems: their négritude, and what that really means to them. This anthology makes you understand what it feels like to live in a country that has colonized the home of your ancestors, amongst white people that don't understand you. These poets yearn for their home country, they see and feel the African soul in their fellow exiled Africans, and they express all this in poetry that's as beautiful as any other french poetry. This is a must-read for anyone who wants to understand Africa and its people.
Found a first edition of this marvelous book for less than $20 a couple years ago in a secondhand bookshop in a small town of the Pyrenees. It made my summer!
Elle dort et repose sur la candeur du sable. Koumba Tam dort. Une palme verte voile la fièvre des cheveux, cuivre le front courbe. Les paupières closes, coupe double et sources scellées. Ce fin croissant, cette lèvre plus noire et lourde à peine – ou’ le sourire de la femme complice? Les patènes des joues, le dessin du menton chantent l’accord muet. Visage de masque fermé à l’éphémère, sans yeux sans matière. Tête de bronze parfaite et sa patine de temps. Que ne souillent fards ni rougeur ni rides, ni traces de larmes ni de baisers O visage tel que Dieu t’a créé avant la mémoire même des âges. Visage de l’aube du monde, ne t’ouvre pas comme un col tendre pour émouvoir ma chair. Je t’adore, ô Beauté, de mon œil monocorde!