Nelly Arcan s'est ôté la vie à Montréal le 24 septembre 2009. Elle a laissé derrière elle une œuvre d'une rare puissance, reconnue et traduite à travers le monde. Autour de réflexions intimes adressées à son amie, Claudia Larochelle a rassemblé des textes d'artistes, de journalistes, de proches pour qui les mots de Nelly Arcan ont eu et ont toujours une résonance particulière. Hommage à une figure marquante de la littérature québécoise contemporaine dont la voix lucide et acérée a marqué tous ceux qui ont su l'entendre, ce livre est aussi un cri d'amour lancé par-delà l'absence à une femme émouvante et entière.
Si vous avez lu un ou des livres de Nelly Arcan, ceci est un ouvrage vraiment intéressant. Ce sont des témoignages de ses proches, de journalistes, d’auteurs qui ont été marqués ou influencés par Nelly Arcan. C’est un bel hommage, autant pour l’auteure que pour la femme fascinante qu’elle a été, et ça m’a donné envie de relire certains livres.
Magnifique de pouvoir se replonger une fois de plus dans les univers de Nelly Arcan dans cet ouvrage qui entremêle ses mots et ceux des gens qu'elle a influencé.
« Si on en veut aux gens qui se suicident, c’est parce qu’ils ont toujours le dernier mot. »
– Nelly Arcan, Folle
Fin septembre 2009, le monde littéraire est ébranlé : Nelly Arcan est retrouvée sans vie dans son appartement laissant derrière elle une œuvre fulgurante et bien des gens endeuillés. L’écrivaine et animatrice Claudia Larochelle, une amie de Nelly Arcan, la fait revivre cet automne de la plus belle manière qui soit en lui consacrant un ouvrage de réflexions sur sa vie et son œuvre au titre poétique : Je veux une maison faite de sorties de secours. Larochelle a su s’entourer de vingt personnalités ayant côtoyé Nelly Arcan dans la vie ou par le biais de ses écrits pour lui rendre l’hommage qui lui revenait, aussi touchant et bouleversant que l’auteure pouvait l’être.
Paradoxale
Ceux qui chercheront du potinage et du sensationnalisme dans ce livre seront déçus. Les textes rassemblés par Claudia Larochelle, tout comme ceux qu’elle a écrits elle-même, sont empreints d’un respect et d’une admiration poignante pour l’écrivaine souvent incomprise des grands médias québécois et internationaux. Si Nelly Arcan a été souvent malmenée à cause de certains paradoxes qu’elle présentait, Je veux une maison tente de les déconstruire l’un après l’autre.
« Elle avait beau tenter d’élever le débat sur le plan littéraire, c’est de sa putasserie que l’on voulait entendre parler. C’est sa beauté refaite qui frappait. Elle-même en jouait, tout en dénonçant l’aliénation des femmes prisonnières de leur désir de séduire, asservies à la toute-puissance du regard masculin. »
Cet extrait du texte de Danielle Laurin explique bien le combat qu’a dû mener Nelly Arcan dans sa vie. Alors qu’elle se sentait traquée et jugée devant les caméras, c’est derrière un clavier ou avec un stylo à la main qu’elle était libre. Peu de gens ont su comprendre et valoriser cette facette intrinsèque de sa personnalité. Peu de gens ont voulu voir qu’elle était aliénée dans plusieurs sphères de sa vie, sauf lorsqu’elle écrivait.
Et les jeunes filles?
Difficile d’aborder le mythe qu’est devenue Nelly Arcan sans parler de la question du suicide. L’écriture ne l’a pas sauvée. L’amour ne l’a pas sauvée. La célébrité et la reconnaissance ne l’ont pas sauvée. Qu’est-ce qui aurait pu la sauver? Question sans réponses, bien sûr… Chose certaine, l’image de Nelly Arcan, forgée à même son autofiction, continue de nourrir l’imaginaire de bien des jeunes femmes. Sa force apparente, son intelligence phénoménale, son écriture poignante sont toutes des facettes d’Arcan qui alimentent fortement la soif de jeunes littéraires elles-mêmes en quête de réponses à leur mal-être, à leur condition de femme en devenir. Catherine Mavrikakis signe un texte qui soulève bien des questions quant à l’apport de l’écriture sur la vie :
« Je pourrais dessiner des tableaux en partant des théories de Philippe Lejeune et classer les livres d’Arcan dans les compartiments de nos savoirs […] Mais ce n’est pas ce que les jeunes filles veulent apprendre. Elles veulent en connaître davantage sur ce que la littérature peut faire aux êtres, sur la magie d’un langage qui s’accroche à la vie et la transfigure sans relâche. […] Que puis-je faire comme professeure devant ces jeunes filles qui pensent que la littérature est une chose grave et l’écriture, une vocation? Devrais-je saccager vite leurs rêves et leur annoncer que la littérature est une chose somme toute bien banale qui n’a jamais tué personne?… Dois-je mentir? Dire quelle vérité? »
L’œuvre de Nelly Arcan a certainement marqué l’imaginaire et Je veux une maison faite de sorties de secours le souligne avec brio, respect et une profonde admiration. L’ouvrage allie les témoignages à l’analyse poussée des romans. Le tout s’équilibre avec les illustrations magnifiques de Mireille St-Pierre et Audrey Wells ainsi qu’avec les citations choisies de l’œuvre d’Arcan. « J’aurais aimé qu’on se voie vieillir. », écrit Claudia Larochelle à la toute fin ; il s’agit là d’un constat tendre qui s’adresse à une amie, désarmant de simplicité, qui nous rappelle que la vie est peut-être moins compliquée qu’on voudrait se le faire croire.
La mort de Nelly Arcan, en 2009, a bouleversé le milieu littéraire québécois au plus haut point. Après une trentaine d'années à s'être complètement dénudée pour son lectorat dans ces simili-confessions qu'était l'autofiction, l'auteure nous revient à la mémoire une dernière fois dans ces souvenirs que conservent ses ami(e)s proche(s) (ou non) et ces réflexions teintant l'esprit d'une génération entière de femmes soumises à la burqa de chair. Claudia Larochelle, ainsi que ses collaboratrices (et quelques collaborateurs) nous présentent ici une jeune femme comme l'aurait toujours souhaitée Isabelle Fortier, c'est-à-dire dépourvue d'apparats qui lui font ressembler à une Barbie dans sa boîte d'emballage. C'est grâce à ces nombreuses voix que l'on saisit mieux la portée des récits d'Arcan dans la vie des femmes, que l'on apprécie tout autant son oeuvre non pas pour son caractère véridique, mais pour ce que le mensonge laisse entrevoir de la vérité. Oubliez la vie de Nelly Arcan, alias Isabelle Fortier, pour un instant. Ce recueil, oui, nous montre une femme vulnérable, mais je trouve, au contraire, qu'il rend bien hommage à une auteure qui s'est battu toute sa vie pour dénoncer ce que plusieurs tentaient encore de cacher. Les essais foisonnent, et l'on se plaît à découvrir ce que chaque auteure a appris de ses lectures. Le tout est magnifiquement bien structuré, empli de nostalgie et de regrets. L'on en vient, à la fin, à regretter nous aussi le suicide de cette magnifique auteure qui, maintenant, brille parmi les étoiles de notre littérature nationale...
"Nova. À ciel ouvert. Paradis, clef en main. Tous des appels vers le ciel, vers l'immensité, vers le plus grand, vers le vide. Vouloir être hors de son corps, hors de sa mère, hors de son père, hors de la famille, hors du Québec, hors de la Terre, hors de la vie. Dans un monde sans dieu, le cosmos ne nous regarde pas, l'univers poursuit sa course en se fichant de nous, et le seul 'jugement dernier' que l'on craint est celui des autres, peut-être." -- Chantal Guy
Ouvrage un peu inégal dans les textes. J'ai trouvé moins intéressant les témoignages des gens qui ne l'ont pas connues, mais qui parle plutôt de l'influence qu'elle a eu sur eu (rien en profondeur, plutôt anecdotique). Je suis mitigée par ce livre. Je le trouve un peu contradictoire dans sa forme et dans son fond.
En 2009, lorsque Nelly Arcan s’est suicidée, comme tout le monde, j’en ai entendu parler à la télé et la radio et j’ai décidé, moi aussi curieuse, d’acheter ses bouquins. J’aurais aimé que sa mort ne soit pas le moment de notre rencontre, mais bon, on ne choisit pas l’ordre dans lequel les choses arrivent. Je me souviens de soirs d’hiver frisquets, voire glaciaux, où je m’installais à lire Putain et ensuite Folle. C’était durant les vacances de Noël. Je m’en souviens parce qu’au Nouvel An, j’ai reçu Paradis clef en main. Ce fut quelques jours très brefs où je suis restée cloîtrée chez moi, à y tourner les pages. L’écriture de Nelly Arcan m’avait secouée, m’a emmenée dans des zones jamais exploitées. Elle a éveillé la féministe en moi, sans même que je puisse mettre ce mots-là, à cet instant.
Nelly Arcan m’a fascinée dès les premières pages de Putain. Ses phrases sans fin, sa violence mélangée à sa tendresse, sa franchise face à ma surprise d’un monde dont j’avais longtemps été spectatrice. C’est dans son complexe, son paradoxe entre ce qu’on impose aux femmes et cette dualité avec elle-même, face à ce besoin d’être belle, de cadrer dans ce que la société attend d’une femme, que Nelly Arcan m’a fascinée. La fougue d’Arcan, son intelligence, son mal-être aussi, m’ont ouverte à un genre d’écriture, l’autofiction, mais aussi à ces paradoxes qui vivent en moi.
Elle m’a donné envie de lire, Arcan, c’est pourquoi depuis ce mois de décembre 2009, je lis tant d’oeuvres écrites par des femmes. Elles m’aident à me comprendre et à saisir toute la profondeur de ma position de féministe. Je n’ai jamais relu Arcan, mais la publication de Je veux une maison faite de sortie de secours en novembre 2015 m’a donné plus qu’envie de me replonger dans ses bouquins.
Ce livre hommage à Nelly Arcan, la femme et l’écrivaine, à Isabelle Fortier aussi, a été dirigé par Claudia Larochelle, auteure et animatrice de Lire. Claudia Larochelle est une femme que j’admire par sa façon de parler des livres. Incontestablement, lorsque j’ouvre ma télévision pour écouter Lire, je rajoute des livres à ma Pile à lire. Elle a cette façon si passionnée de parler de littérature qui me confirme chaque fois que je n’aurai pas tout le temps nécessaire pour lire tout ce que je voudrais. Elle était la personne idéale pour diriger ce collectif, non seulement par sa sensibilité littéraire, mais aussi parce qu’elle était une amie de Nelly Arcan. Cet aspect que personnellement je ne savais pas vient rendre le recueil encore plus intime et émouvant. On ne tombe jamais dans le sensationnalisme ni le biographique, mais dans les fragments de souvenirs qui font de Nelly Arcan, cette figure mythique de la littérature québécoise contemporaine.
Claudia Larochelle a donc demandé à des gens qui ont lu, connu, aimé Nelly, d’écrire à son sujet. Les textes sont variés, parfois très cérébraux où on analyse très judicieusement l’écriture et les propos d’Arcan. D’autres fois, ils sont plus intimes et tendres. Ces témoignages qui viennent redonner un souffle à Arcan sont nécessaires, son oeuvre est mythique et témoigne d’une profonde réalité occidentale. Je souhaite de tout coeur que Nelly Arcan soit lue dans les universités et les cégeps. À ce sujet, Julie Boulanger du blogue Le bal des absentes explique pourquoi elle se doit d’être lue et de quelle manière cela peut se faire.
Bref, pour moi la publication de Je veux une maison faite de sorties de secours est un hymne incroyablement nécessaire comme émouvant d’une des plus grandes écrivaines de ma génération et je ne peux faire autrement que de vous conseiller de courir vous plonger ou replonger dans ces phrases éternelles que seule Nelly Arcan savait rendre savoureusement lucides.
C’est envahie par une inéluctable tristesse que j’ai fait lecture des textes de ce recueil. Devant la mort, surtout lorsqu’elle est survenue de manière aussi dramatique, on reste toujours éberlué. Et même des années plus tard subsiste encore un curieux sentiment d’irréalité. Ce livre ouvre la porte d’un univers, celui de Nelly Arcan, une femme de lettres incomparable qui a su mettre des mots sur le mal-être de femmes trop mal aimées par elles-mêmes, par les hommes, et notre société hypersexualisée.
Un peu inégal, certains textes sont vraiment meilleurs que d'autres. Les plus personnels de Claudia Larochelle nous font entrevoir la femme en plus de l'auteure. Je n'ai jamais lu Nelly Arcan, mais je veux le faire maintenant et je pense être mieux outillée
Je n'ai pas encore lu Nelly. Mais je suis heureuse d'avoir abordé cette auteure par ce livre. Ils nous en donnent les différences facettes, questionne ses paradoxes, encense son écriture. Émouvante lecture qui fait réfléchir.
Touchant, intéressant, mais pas complaisant. Un recueil de textes pertinents qui donne l'impression de percevoir Nelly Arcan, à travers différents regards.