Osip se refuse à sa nièce. Il ne lui montrera pas comment faire le sexe des humains, même s’il ne voit pas trop qui pourra le lui enseigner sur le rocher qu’ils habitent avec le reste du clan, à huit heures de marche du village le plus proche. Il n’a pas pitié de Mie, elle n’existe pas pour lui. Elle appartient à cette plage qu’il observe depuis la plateforme du phare où il passe ses journées. Seuls l’intéressent les bateaux étrangers dont il note les passages, et la femme de l’aîné. Celle-là tranche avec le reste du tableau : elle n’a ni la pudeur de la Vieille, ni les manières des femmes qu’il a croisées naguère à Seiche. Son frère l’a engrossée dès son arrivée à Sitjaq, mais qui s’en soucie ? Sur ce bout de terre rocailleux, les bêtes sont à qui les prend.
Audrée Wilhelmy was a finalist for the Governor General's Award for French-language fiction at the 2012 contest with her first novella "Oss".
Her second novel, "Les Sangs" won the Sade Award in 2015 and was a finalist to "Le prix des libraires du Québec", the "France-Québec" award, the "Marie-Claire" award and the "Prix des lecteurs de l’Hebdo" . After receiving the support of the Lagardère group, her book was republished in France under the same title.
Her third novel, "Le corps des bêtes", is currently in nomination for "Le prix des libraires du Québec" and "Le prix littéraire des collégiens".
J’ai adoré le style d’écriture et la douceur de la narration, mais je ne suis pas certaine de comprendre le fil conducteur de cette histoire. Quel est son but? Pourquoi la sexualité est-elle si importante dans ce récit? J’avoue que les raisons qui ont motivé l’auteur à écrire ce livre m’intriguent énormément.
Le Corps des bêtes. Second roman que je lis d’Audrée Wilhelmy. Si j’avais moins apprécié les Sangs de part une histoire trop floue (bien que la plume ait enchanté mon amour des mots), je comprends à présent que l’atmosphère est la trame à suivre dans les romans de l’auteure. Quelque chose de terrifiant, pesant, qui s’insinue entre les pages, serpente sous les mots.
Le Corps des bêtes.
C’est un regard braqué sur une famille ; les Borya. Dégénérescence des engeances. Une grand-mère (La Vieille). Noé (la fille sans bavardage). Osip (l’oncle à l’œil hagard des corps féminins), et Mie (la singulière, l’enfant se faufilant sous le derme des bêtes). Une fresque familiale, un puzzle qui se compose, se décompose. C’est l’orchestration de leurs vies sur un caillou, une terre désertique mais bordée d’eau, de cette terrifiante qu’ils n’abordent pas. L’eau est leur limite, la signalétique d’une fin de monde. Où sont-ils ? Quelle époque ? L’auteure dissémine des indices, trace un chemin pour mieux le désaxer, proposer un autre itinéraire. Des noms jalonnent la lecture : Triglav, Nan Mei. Côtes québécoises ou bordure d’une ile égaré aux contrées asiatiques ? Qu’importe la localisation. Seule compte l’hostilité des lieux.
Le corps. Un mot qui revient, devient relent. Il est le sujet principal, le personnage central de ce livre qui oscille entre conte et fresque d’apocalypse. Le corps, c’est avant tout Mie. La petite est en lisière de l’adolescence, en proie aux mutations de sa chrysalide enfantine. La crainte du changement se caractérise par sa volonté à fuir dans le corps des bêtes. Observer les autres plutôt que subir sa propre chair. Elle devient tantôt héron, parfois ours. L’œil se fait avide de ce qu’elle ignore encore, de ce qu’elle souhaite partager avec l’oncle ; le sexe des humains.
Corps à prendre. Corps à dépiauter. Corps charpie. Corps en découverte.
Le corps s’entremêle à la sexualité, aborde le féminin, la violence de l’autre. Le corps est réceptacle de tous les maux – mots. Car l’auteure déploie son vocabulaire tranchant, sans tabou. Serpe aiguisée qu’elle manie avec élégance, ne conçoit pas le dégout, peut-être l’étonnement, la curiosité, ou l’interrogation mais jamais l’ignoble crasse ne s’injecte sous sa plume.
Un roman où l’histoire est à trouver au delà des conventions. S’imprégner de l’atmosphère et en ressortir poisseux mais avide d’une prochaine aventure noire.
When I first saw this, I only read to the part "a startling, gorgeously written novel that tells the story of the Borya family minding a lighthouse and living in isolation. My library had it available so I thought - great! - and borrowed it. What I didn't read through to the end of its description was, "an uninhibited and erotic novel" and "young Mie’s sensuous ability to borrow at will the body of mammals, birds, fish, and insects."
You know I don't gel with the erotic and heavy descriptions of sex throughout. I prefer nuance, but I've prattled on and on about that before. The Body of the Beasts is filled with it though. :-( It was constant reading of Osip getting off to his mother's ankles, his brother's wife, and then later the sex he was having with his brother's wife, the shape, the size, the stiffness of his penis...with Mie's dislike of her developing female body and her borrowing of bodies of birds, fish, etc. It was just weird. It's just not the book for me. The writing in places though - absolutely beautiful - yes, but that wasn't enough to see me through the book and getting an enjoyable reading experience out of it. :-(
J’ai été envoûtée, au départ, par l’écriture mélancolique et l’ambiance. J’aimais le personnage de Mie, intriguée par sa faculté à se projeter dans le corps des animaux pour tacher de les comprendre.
Puis, environ à la moitié, j’ai perdu le fil. L’écriture est d’une rigueur incroyable, soutenue jusqu’à la fin, mais j’ai trouvé qu’il manquait de fil conducteur. Comment expliquer le talent extraordinaire de Mie? À quelle époque sommes-nous? Ça manque de contexte.
Par manque de réponses j’ai perdu un peu l’intérêt.
Le roman n’en est pas moins remarquable de par sa poésie et son ambiance à mi-chemin entre le rêve, le désir et le désespoir.
Peut être qu’une deuxième lecture m’éclairerait davantage. Peut être pas.
Coup de coeur pour ce roman-spirale qui dévoile la vie d'une famille isolée près de la mer. Une famille à la dérive avec cette femme presque chamane qui vit isolée, ces deux frères qui viennent pour assouvir leurs pulsions en elle, sa fille qui vit le monde en s'incarnant dans les animaux pour découvrir sa propre sexualité. Une écriture quelque part entre imaginaire et poésie, où tout est dans la force de l'évocation.
Un roman vraiment déroutant sur le désir et la nature. Il y a certains passages que j’ai dû relire 2 fois pour être certaine de comprendre si c’était la réalité ou la rêverie. Je ne peux pas dire que j’ai détesté car j’y pense encore après avoir terminé la lecture.
Entre conte et rêve, l'écriture d'Audrée Wilhelmy est organique; elle se meut doucement, nous file entre les doigts, puis le rythme change. Ça grouille de vie, de mort, d'eau et de bois, d'animaux, de brutalité, de sensualité, de sexe. Un cœur bat à chaque ligne et c'est la force de cette auteure.
Pour comprendre Le Corps des bêtes, il faut avoir lu Oss. Ou il faut avoir écouté Audrée Wilhelmy parler de son univers. J'ai eu la chance de rencontrer l'auteure lors d'une causerie où elle est repassée en détails sur les liens entre Oss et Le Corps des bêtes, qui se déroulent dans le même monde et abordent des thèmes similaires. Je dois avouer que sans ça, j'aurais été un peu perplexe. La plume d'Audrée est magnifique. C'est l'une de mes auteurs préférées. Elle pourrait écrire n'importe quoi que je le lirais. Mais ce n'est pas un genre de lecture qui convient à tout le monde. Elle a le don d'écrire sur des thèmes qui nous rendent mal à l'aise (notamment, ici, le désir d'une jeune fille envers son oncle) mais de manière incroyablement poétique et fascinante. Il faut aborder l'histoire avec un esprit ouvert et accepter le malaise, je crois. C'est ce qui rend le roman aussi poignant, selon moi. J'ai beaucoup aimé Le Corps des bêtes. C'est un roman qui m'a fascinée et révoltée en même temps. C'est un mix assez bizarre, mais ça fait toute la force d'Audrée Wilhelmy, et je relirais ce livre n'importe quand.
Le Corps des bêtes est rédigé dans une langue précise et méticuleuse et par son attention aux détails, aux sensations des personnages, me laisse une impression de lecture particulièrement physique, sensuelle. Le récit est au final secondaire à cette recherche d'effets, et offre peu de prises. Les lieux et temporalité indéterminés tiennent plus de l'imaginaire que du réel. Les personnages, peu nombreux, demeurent énigmatiques et plusieurs (la Vieille, Seth et Abel, même Sevastian-Benedikt) se réduisent à des fonctions. Mie est présentée dans beaucoup de résumés comme la véritable protagoniste du roman; la quatrième de couverture cite plutôt Osip; en réalité, le roman se partage entre les deux et leur fascination pour Noé, et je ne pense pas que l'un l'emporte sur l'autre.
Il s'agit du premier roman d'Audrée Wilhelmy que je lis, et même si je n'ai pas réellement aimé cette lecture, elle m'a beaucoup intriguée et je projette de lire ses autres oeuvres.
Lu dans le cadre du Prix Littéraire des Collégiens 2018 (2/5)
Si on me demandait de résumer Le corps des bêtes, je ne saurais pas trop quoi dire... Ce roman m'avait au départ intriguée, mais j'ai ensuite été déçue de ma lecture.
Ma confusion est due au manque de fil conducteur, d'histoire, de schéma narratif en général. Lire ce roman, c'est un peu comme se faire décrire des photos des mêmes personnes dans le même lieu, sans ordre précis. La narration en tant que telle m'a agacée (elle est au présent. J'ai quelque chose contre la narration au présent, mais ça, c'est une opinion personnelle, ce n'est pas tout le monde qui est dérangé par cela).
Il y a aussi quelques retours dans le passé, difficiles à identifier, ce qui rendait difficile ma compréhension du roman.
La sexualité est également presque omniprésente dans Le corps des bêtes et j'ai essayé de trouver pourquoi, quelle était la fonction de celles-ci, mais sans grand succès. J'étais plutôt mal à l'aise, surtout que les rapports n'étaient pas toujours consentants à mon avis (voir le personnage de Noé)...
Ma grande question : comment se fait-il que Mie soit capable de déplacer son esprit dans des corps animaux? Cela aurait été intéressant à explorer, à mon avis.
Une écriture magnifique, mais une trame narrative pour le moins confuse. On ne sait pas trop où on va, comment on y va, pourquoi on y va et si on va s'y rendre! La première moitié était trouble, mais avec une certaine ligne directrice, la deuxième moitié devient plus métaphorique et beaucoup moins claire, je ne suis honnêtement pas certain d'avoir tout compris, ou s'il y a vraiment quelque chose à en comprendre. Je recommande davantage Les sangs de cette auteure, la même beauté de l'écriture, une histoire plus claire, tout aussi trouble et probablement encore plus «choquante», car celui-ci m'a un peu laissé sur mon appétit.
Excellent bouquin! À lire doucement et tendrement, pour les lecteurs expérimentés qui savent apprécier la déroute, le dépaysement. Pour ceux qui savent s’arrêter, prendre de grandes respirations, réfléchir, se détendre et se laisser emporter. Pour la chronique complète, c'est par ici : https://fillesdejoual.com/2018/03/25/...
The Body of the Beasts by Audrée Wilhelmy Length: 192 Pages Genres: Literary Fiction Rating: 3 out of 5 Stars
"Let's summon the butcher to skin the creature. Who said when he saw her, 'There are no words... This doe's hair is blond, her breast but a girls.' Then he pulled out his knife and he quartered her."
Trigger Warnings in this book for Incest, Pedophilia and Dubious Consent
I've struggled to rate this, waffling between 2 and 3 stars. The writing was beautiful, lyrical, and it coupled with the story reminded me of one my favorite authors of all time, Angela Carter. This book is a dark little fairytale, a story of a family with branches so criss-crossed they confuse even the members. They live in a lighthouse, Osip and Benedikt-Sevastian, the only remaining children of the Old Woman. Benedikt-Sevastian has a woman, the wild Noé with strange scars and sea-tangled hair. Osip is satisfied at first with just watching them - he's been a voyeur since he was child, starting out with his mother - but then he too wants to have some of Noé. She births Mie, who can enter the minds of animals, and three others, all boys. Mie tries to understand her mother who sews together animals that only exist in her mind, a bat-winged fawn that represents her daughter, and others. She doesn't speak to anyone, not directly, and her children yearn for her.
Even though I thought the writing was beautiful I didn't enjoy the aspects of incest and pedophilia. Osip with his mother, and Mie who longs for him at age 12. Every part of this book is permeated with sex, some consented to and some not, and it left me feeling disturbed. I don't know if I would recommend this, I can't really even put my feelings on it into words. It was a strange one for me.
For more of my book content check out instagram.com/bookalong • Ok so needless to say from the description this was a strange, disturbing and sensual tale. Very different from what I have been reading. I thought the translation as well done, and the writing is very beautiful and vividly poetic. Right from the start the characters presented as odd but as the story progresses showed as extremely human, and unabashedly tapped into their animalistic side. The story was seductive. The vivid writing and strange dynamic of the Boyra family pulled me in from the first page. Also the supernatural element of Mia's shape-shifting ability was a facinating addition to this storyline. If your into something a bit peculiar, brazenly sexual with lovely writing check this one out! Available July 30th In Canada and Sept 3rd in the US. •Thank You to the Publisher for sending me this #ARC.
"Noé doesn't want to be cured, she likes the oblivion that consumes her, the reset to zero of her body and thoughts... Noé knows that nothing but the black of sheer darkness will soothe her."
We see perversion, sexuality, and the concept of humans as animals in The Body of the Beasts. This book poses the question: What would we be like if we were nothing but our instincts? This book explores animal inclination within a human family, isolated on a solitary coast. They transform and fulfill their "roles". One thing I would've loved to see was a more thorough examination of how biology does not define us- even if that isn't the intention of this specific story. This book feels more like a comment.
The writing of sexual experience in this book is blatant and explicit, and lacks any nuance, which I feel fits the style that Wilhelmy was going for. Animals don't feel shame, so no shame accompanies the family. Also, considering the author, her perspective makes sense.
J’ai préféré son premier roman. Ici, je n’avais pas l’impression de tout saisir. J’ai cependant été happée par les personnages et l’ambiance du roman, la proximité avec la nature. « Noé, fille d’un cygne et d’un cerf, est blanche, biche, buse, salamandre, louve, sirène, baleine. Noé est reine des abeilles. Ces reines qui parte et sans attendre de voir si la nouvelle souveraine sera assez forte pour les remplacer. » p.157, avec l’histoire de l’abeille juste avant c’est une des seules fois ou j’ai vraiment saisi le parallèle entre les animaux et l’histoire de Noé et Mie. Peut-être si je relisais ce roman je pourrais en saisir plus de subtilités.
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Depuis son plus jeune âge, Mie arrive à emprunter le corps des bêtes -mammifères, insectes, oiseaux, poissons- qui l’entourent. Ces voyages lui permettent d’assouvir son insatiable curiosité, tout en faisant émerger de nouveaux questionnements. D’ailleurs, elle connaît la sexualité des animaux, mais qu’en est-il de celle des humains? Un roman dépaysant qui sent la terre humide, la gomme de sapin et l’air salin.
Imagine To the Lighthouse mixed with The Blue Lagoon, but darker, deeper, stranger - boreal Quebec gothic, this niche of writing that I didn't know I needed. Wilhelmy weaves a very distressing, visceral world of remoteness, of survival (sometimes barely), of bodies being used and, sometimes, abused. Not a book for everyone, but if you love it, you love it.
Livre difficile qui remet en question notre conception du corps et de la famille. De plus, les mots nous font réaliser que les animaux de vivent pas seulement dans la nature. Ils coexistent aussi dans notre esprit sous la forme de bêtes noires alimentés par nos peurs, besoins et désirs cachés sous le voile de l'humanité.
I thought it was really strange. I’m still not quite sure I get it, but the writing is very interesting and the author’s ability to create a sense of place was fascinating.
Une errance étrange entre la mer et la forêt, entre la découverte de soi, du corps, de la vie, sur un fond de légendes de marins. Une lecture atmosphérique, sans plus.