Quel bonheur ce roman ! Cavanna nous emmène dans son enfance dans les années 1930, fils d'un père italien et d'une mère française, dans une banlieu parisienne pleine de "ritals", c'est-à-dire d'immigrants italiens. Tous les pères travaillent comme maçons ou mécaniciens ou plombiers, et tous les enfants savent que leur route sera la même. En attendant, ils s'amusent comment tous les gosses : ils se lancent des pierres les uns sur les autres ou contre les enfants des autres quartiers, ou encore contre les amants qui viennent se cacher dans le parc ; ils fonts la guerre aux filles, avec l'espoir de pouvoir en renverser une derrière un mur ; ils rêvent de pouvoir s'acheter des cadeaux de riches. En plus de tout ça, le monde de Cavanna est peuplé de ses fantaisies nourries de lectures de romans d'aventures et de bandes dessinés, et de l'imagination d'un gentil père maçon qui raconte de tendres histoires aux objets, aux bêtes et jusqu'à la ferraille avec laquelle il travaille tous les jours.
On rit beaucoup en lisant ce livre, pour le style de Cavanna et pour le dialect parlé par les ritals, un drôle de français mêlé d'italien, que des fois laisse totalement le champ à ce dernier, surtout quand il s'agit de jurer. "Louis" devient "Luivi", "électricité" devient "lettrichité", et la pire insulte est "Diou te stramaledissa" (Que Dieu te supermaudisse). La description des parents de Cavanna semble sortie de la commedia dell'arte : une mère jamais contente qui tient son fils réveillé avec ses plaintes nocturnes ; un père grand rigoleur qui aime se tapper sur le ventre en racontant des blagues et boire avec ses copains.
On rencontre aussi, en arrière plan, un morceau d'histoire perdu, écrasé par des histoire plus tristes et connues comme le fascisme et le nazisme : celle des immigrés italiens en France avant la Seconde Guerre mondiale, souvent pauvres voir très pauvres, qui ont toujours "intérêt à se faire tout petit, surtout avec le chômage qui rôde", mais deviennent quand même des boucs-émissaires idéaux et les premières victimes de la crise économique de l'époque ; celle d'une partie de la France qui fait des clins d'oeil à Mussolini et aux théories antisémites, qui écrase les syndicats et les mouvements ouvriers.