Printemps 1960. Antoine est appelé pour l'Algérie au moment où Lila, sa toute jeune femme, est enceinte. Il demande à ne pas tenir une arme et se retrouve infirmier à l'hôpital militaire de Sidi-Bel-Abbès. Ce conflit, c'est à travers les récits que lui confient jour après jour les "soldats en pyjama" qu'il en mesure la férocité. Et puis il y a Oscar, amputé d'une jambe et enfermé dans un mutisme têtu, qui l'aimante étrangement. Avec lui, Antoine découvre la véritable raison d'être de sa présence ici : "prendre soin". Rien ne saura le détourner de ce jeune caporal, qu'il va aider à tout réapprendre et dont il faudra entendre l'aveu. Pas même Lila, venue le rejoindre. Dans ce roman tout à la fois épique et sensible, Brigitte Giraud raconte la guerre à hauteur d'un "appelé", Antoine, miroir intime d'une génération embarquée dans une histoire qui n'était pas la sienne. Ce faisant, c'est aussi la foi en la fraternité et le désir de sauver les hommes qu'elle met en scène.
Brigitte Giraud, née en 1960 à Sidi Bel Abbès en Algérie française, est une écrivaine française, auteure de romans et de nouvelles. Brigitte Giraud grandit à Rillieux-la-Pape avant de s’installer à Lyon3. Libraire, journaliste, elle écrit et commence à publier à la fin des années 1990. Le 3 novembre 2022, elle obtient le prix Goncourt 2022, avec son récit Vivre vite, qui revient sur l'accident de moto qui a emporté son mari, en 1999, à l’âge de 41 ans. Elle est la treizième femme à recevoir ce prix en cent vingt ans (depuis 1903).
J’ai choisi ce livre pour le match de la rentrée littéraire de PriceMinister. Ce livre parle de la guerre d’Algérie. C’est un thème que je n’ai pas l’habitude de voir dans mes lectures historiques.
Nous retrouvons donc Antoine, jeune appelée en Algérie. Il travaille au sein de l’hôpital de Sidi-Bel-Abbès. Il a appris la grossesse de sa femme avant son départ, cette dernière vient le rejoindre pour accoucher en Algérie.
C’est un roman qui m’a particulièrement plu car il permet de voir la guerre d’Algérie du côté des combattants mais également, via le regard de Lila, des pieds noirs. On voit la situation se tendre au fils des mois entre les algériens et les français. Les pieds noirs se méfient de plus en plus des algériens.
J’ai également apprécié la description des paysages faites par l’autrice qui m’a permis de m’immergé dans cette ville d’Algérie. J’aurai peut-être aimer découvrir un peu plus la casbah mais je peux comprendre pourquoi Antoine et Lila sont rester dans le quartier français.
J’ai aussi aimé la présence d’un troisième personnage dans ce roman, Oscar, soldat amputé d’une jambe qui est également muet. Pourtant cela ne va empêcher la création d’un lien fort entre Oscar et Antoine. Son point de vue permet de voir l’histoire différemment.
Si j’ai aimé le contexte de ce roman, je regrette cependant de n’avoir q’effleurer la guerre d’Algérie. J’ai eu l’impression qu’il n’y avait qu’un malade à l’hôpital c’est Oscar. On ne voit également pas ce qui se passe en dehors de cet hôpital à part lors des quelques sorites d’Antoine sur le terrain. Mais il est vrai qu’il est compliqué de montrer toutes les facettes de la guerre d’Algérie.
Antoine, Lila et Oscar sont les trois personnages qui sont le plus détaillés. Les autres personnages secondaires ont tout juste un prénom alors que certain joue un rôle important dans cette histoire.
En bref, un bon roman pour découvrir une facette de la guerre d’Algérie. Il manque cependant du relief au personnages secondaires et de la vie à cet hôpital.
Le personnage d’Antoine était touchant, sensible, beau. Nous avons pu le connaître à travers ses actions, ses dires et ses pensées, ce qui a permis de le rendre très réaliste. J’ai cependant trouvé que les personnages Lila, Martin, Jo, Tanguy et malheureusement Oscar n’étaient pas assez développés. J’ai beaucoup apprécié plume de l’autrice qui était douce, parfois poétique, de la manière dont les paysages sont décrits jusqu’aux pensées des personnages. J’ai cependant trouvé l’histoire un peu éparpillée, des moments pas assez précis, des détails assez dérisoires, et l’histoire limite répétitive (j’avoue m’être pas mal ennuyée dès lors où la deuxième partie a débuté). Il y a ici autre approche de la guerre d’Algérie : un hôpital, là où les appelés pensent être moins touchés par les événements… Mais à travers leur quotidien, la description de leurs émotions on ressens tellement de choses, on comprends tellement de choses… Je retiendrai de ce livre : une belle histoire avec un personnage principal très touchant.
« l'Algérie, ce n'est pas la même chose qu'une guerre ». C’est une phrase que dit le médecin au début du récit, lorsqu’Antoine et Lila viennent demander un avortement. C’est aussi un fait que j’ai relevé dans mes deux citations : la France qui dissimule la vérité aux appelés, et surtout la France qui ment quant à sa responsabilité face à un combat injuste et cupide. Encore aujourd’hui, on sous-estime la violence que ç’a pu être là-bas. Brigitte Giraud souligne aussi la manipulation maintenue sur les appelés, notamment lorsque la mère d’Antoine envoie un courrier dans lequel on comprend que les gens en France ont plus d’informations sur les évènement en Algérie et les soulèvement en France, que les combattants eux-mêmes.
L’histoire est racontée à la troisième personne et ne comporte que des dialogues rapportés, ce qui peut donner une longueur au récit. Même si après quelques recherches on remarque que c’est tout simplement la manière et le style d’écriture de l’autrice, ces dialogues se révèlent pertinents dans l’approche du personnage d’Oscar. En effet, c’est comme si le livre entier était plongé dans un mutisme, à l’instar d’Oscar.
Brigitte Giraud évoque joliment l'amitié, les confidences, l'amour, les lâchetés, les remords, le désespoir et l'autodestruction. Le meilleur moment, selon moi, est le chapitre (de la page 210 à la page 229) où l’on apprend enfin ce qui est arrivé à Oscar, la raison de son amputation. Le récit est prenant, réellement terrorisant et très immersif. (!)SPOILER ALERT(!) Il amène à une “chute” inévitable du personnage. On s’attend donc à la mort d’Oscar. Pourtant, Brigitte Giraud réussit à la rendre poétique et “destinale”, si on peut dire. Elle suit un schéma logique : depuis son retour en France, Oscar passe ses jours à regardé par la fenêtre, habitude qu’il avait pris à l’hôpital à Sidi Bel Abbès et qui, lorsqu’elle lui est ôtée (par la repousse des feuilles d’un arbre devant la fenêtre), le pousse dans une folie menant à la mort. Il attendait Antoine comme un sauveur à cette vie qui lui était devenu un fléau. Et sans la possibilité de voir quand il arriverait, il s’est enfuit. On peut penser que la fuite lui a rappeler celle qui l’avait “sauver” des rebelles, mais cette fois, il en est mort. Une fin qui boucle la boucle.
This entire review has been hidden because of spoilers.
Dire autant de choses, transmettre autant d'émotions en si peu de mots, c est le talent de Brigitte Giraud. Je voulais découvrir cette auteur qui sera bientôt l invité du bateau feu à Dunkerque pour la 2eme saison d'histoire en séries et ce livre m a totalement retournée. Il raconte la guerre d Algérie pour les appelés, il raconte la fraternité entre les hommes impliqués souvent malgré eux dans ce conflit, il raconte un pays... Nul doute que je me plongera prochainement dans un autre de ses romans.
La guerre d’Algérie à travers la vie d’Antoine, infirmier, et futur, puis jeune papa. La guerre d’Algérie racontée, telle que nos pères l’on racontée, faite de camaraderie masculine, de sorties avec la peur au ventre, de découverte d’un pays par le prisme des casernes, … édulcorée, enfouie dans le déni des souvenirs mais avec la réalité des souffrances emmagasinées. Période complexe de notre histoire et dont on ne saura jamais la réalité de nos pères, désormais disparus. Intéressant.
For all those who are interested in trauma and memory studies, this book is a must-read. Its approach to trauma is from the side of the perpetrator, a position less adopted and explored by novelist, especially in the North African context.
Je pense que ce roman doit être digéré et compris avant de pouvoir émettre un avis. Une vue d’ensemble et une certaine réflexion sont nécessaires. En effet, pendant ma lecture, l’histoire me semblait lente et les personnages peu développés et connectés entre eux. Mais en y réfléchissant, ces éléments semblent ajouter au message. Comme l’explique Antoine page 84, en temps de guerre on tend à occulter la violence, la tristesse, la peur, pour ne pas inquiéter. De même, les personnages marchent sur des œufs, cherchent à simuler la normalité quitte à s’effacer un peu. De même, cette lenteur rappelle la progression dissimulée du conflit, qui s’envenime loin des yeux du public. Ce n’est que page 273 qu’il comprend enfin ce qu’il fait là et qu’on lui ment depuis le départ. Le rythme reflète cette révélation progressive de la réalité de la guerre. J’aurais aimé voir un peu plus Lila, qui donnait un autre point de vue de la guerre : celui de la femme. Si elle est décrite comme une femme spéciale, courageuse d’être venue rejoindre Antoine (page 118), je pense qu’au contraire elle est comme toutes les autres. Il faut du courage pour tenir la maison seule, s’occuper de sa famille sans savoir si son mari va mourir. Pour moi, Lila représente une version exacerbée de ce courage et ce dévouement. Les femmes algériennes aussi présentent une dynamique intéressante, mais finalement assez peu développée (Fatima, la vie algérienne, page 158).
This entire review has been hidden because of spoilers.