Dès les années 1970, le mouvement féministe québécois s’est largement mobilisé pour obtenir la reconnaissance sociale et économique du travail ménager. Toutefois, à partir des années 1980, cette lutte a été écartée, tant du mouvement des femmes que de son histoire. Combat abandonné, mais non gagné, son fardeau continue de peser aujourd’hui sur les femmes. Si la conciliation travail-famille ou la répartition des tâches dans le couple sont des thématiques présentes dans l’espace public, ce sont encore largement les femmes qui en assument la responsabilité.
Ce livre propose une analyse historique des discours féministes sur le travail ménager et des débats entourant sa reconnaissance, à travers trois avenues : la socialisation, le salaire au travail ménager et les réformes gouvernementales. Rendre visible un travail qui ne l’est pas et réinscrire au sein des luttes féministes les enjeux liés à la reproduction sociale, tel est le but de cet ouvrage documenté et rigoureux.
*Ce livre est inspiré du mémoire de maîtrise de Camille Robert qui a remporté le prix de la Fondation Jean-Charles-Bonenfant lors de la remise annuelle des Prix du livre politique de l’Assemblée nationale.*
L'amour, c'est de la job. Surtout pour les femmes, qui luttent pour faire reconnaître la valeur économique des « tâches d'entretien ménager du logis, l'achat de biens pour le ménage, les tâches de planification, la préparation des repas, l'éducation des enfants et le soins des proches » (15), mais également et peut-être surtout le travail impliqué dans l'affection, la sexualité et la grossesse.
Lavant notre linge sale en public, l'auteure nous offre une histoire des débats féministes matérialistes québécois sur le travail ménager de 1968 à 1985. Ils sont multiples et posent des questions de fond : d'où vient la division sexuelle du travail ? quelles sont les stratégies pour l'abolir, entre la salarisation, la socialisation et les réformes sociales ? peut-on penser cette transformation hors d'une réflexion générale sur l'organisation sociale du travail, que ce soit sous forme de marché ou d'un contre-projet socialiste masculin ?
La documentation est impressionnante, la contribution est importante et le rappel à l'ordre nécessaire. Aujourd'hui plus que jamais, alors que nous aimons à nous penser libéré-e-s de l'aliénation des tâches répétitives (il y aura des robots !), il convient de réfléchir au chemin parcouru et de rappeler les engagements passés. Tout travail mérite salaire, mais qui veut passer sa vie enfermée dans les 4 murs de son chez-soi ?
On ne peut qu'espérer voir plus de travaux sur la question : quid du travail domestique déjà salarié et/ou socialisé ? qu'est-ce qui s'est passé avec le mouvement des garderies, avec les tentatives de support communautaires ? le droit à l'avortement a-t-il eu un impact sur la distribution du travail ménager ? quel a été l'impact du développement de la restauration rapide ou de l'«économie du partage» sur la condition de vie des femmes ? comment ça se passe dans les couples de femmes, avec les personnes seules ? qu'en pensent les infirmières et les proches-aidantes qui s'occupent des baby-boomers mourants ?
Perspective très centrée sur l'histoire de la revendication de la rémunération du travail ménager, j'aurais apprécié un peu plus de liens avec le présent ou l'exploration de d'autres options que la rémunération. La recherche sur les revendications de rémunération et les groupes d'activistes impliqués est très complète et bien exposée, mais ce n'est pas ce que je m'attendais à lire en choisissant ce livre. Je recommande aux personnes intéressées à l'histoire du mouvement féministe.
Camille Robert fait partie de cette nouvelle génération d’universitaires qui n’ont pas peur de faire de l’histoire militante et engagée, sans pour autant négliger la rigueur nécessaire à toute analyse historique. Pour elle, la perspective historique permet sans contredit de mieux comprendre et contextualiser les enjeux du présent, notamment, dans ce cas-ci, les constructions et dynamiques qui sont à la base des représentations encore bien contemporaines de certaines fonctions sociales.
Cet ouvrage, qui est tiré d’un mémoire de maitrise, plonge ainsi aux origines du débat sur la reconnaissance du travail ménager au Québec, s’attardant à la fois aux discours, aux mobilisations et aux créations artistiques féministes qui ont entouré le mouvement. L’historienne place ce débat comme un enjeu important des luttes féministes à partir des années 1970; un débat qui a trouvé écho autant dans la sphère privée que sur la scène publique, s’immisçant notamment dans le politique. Dans le portrait qu’elle dresse, la ménagère est présentée, à juste titre, comme une actrice politique dont le rôle est primordial au bon fonctionnement de la société.
L’étude offerte est de grande qualité, s’appuyant sur un bon corpus de sources. Camille Robert a aussi très bien réussi à transformer un travail universitaire en livre accessible que tout le monde pourra lire et comprendre.
J'ai adoré dévorer cette brique de références pertinentes sur la question du travail ménager (rémunéré ou pas). Ayant moi-même songé à la vie de femme au foyer j'ai trouvé l'état de ce débat percutant.
À lire aussi pour ceux et celles qui veulent s'initier au féminisme sans trop en connaître l'histoire.
Excellent livre qui atteint bien son but : mettre en lumière un pan oublié, voir snobbé, de notre Histoire féministe québécoise. Non seulement les propos sont pertinents, mais la plume est concise, précise et permet une lecture fluide, efficace et agréable. Et que dire de la conclusion, réellement inclusive, qui donne envie de poursuivre les luttes avec l’autrice!
C’est un livre très informatif, mais l’auteure ne va pas assez dans les détails à mon goût. Aussi, le texte est très spécifique et il faut déjà avoir des connaissances sur le sujet du féminise/marxisme/mouvements de libération en général pour bien comprendre, car plusieurs termes ne sont pas expliqués.