Ce roman expose deux points de vue: celui d’un homme seul, venu s’installer dans un village et celui de tous ceux qui vont voir en cet homme un intrus. Lydie Salvayre prend le parti de nous exposer une scène devenue bien trop ordinaire, bien trop banale mais en nous donnant les deux versions de l’affaire. C’est ainsi qu’à force de méfiance, de malentendus, de soupçons, le nouvel arrivé dans le village, cet intrus, devient une sorte de catalyseur de haine et de violence, lui qui n’aspire qu’à la tranquillité, au repos.
Le lecteur assiste à cette montée de xénophobie, de racisme, en découvre les mécanismes. Comment une situation aussi anodine que l’arrivée d’une nouvelle personne dans une communauté peut engendrer autant de ressentiment, de colère? Bientôt cette attitude s’empare des habitants du village, les contrôle, les dirige, ne faisant d’eux que de vulgaires pantins haineux qui suivent un leader sans se poser de questions. Le nouvel arrivant se retrouve encore plus isolé et ne comprend pas qu’on ne lui laisse pas une chance de s’exprimer, ni toutes ses rumeurs qui courent dans son dos. Heureusement, certains s’interrogeront sur la légitimité d’un tel rejet d’un être humain, juste parce qu’il est différent, étranger à la communauté.
C’est de la méchanceté gratuite, sans fondement, une manière d’extérioriser la peur, les peurs devrai-je plutôt dire. Alors on trouve un exutoire, un bouc émissaire, et on lui attribue tous les maux du monde, toutes les responsabilités dans les malheurs qui nous arrivent. Tout est excuse à médire, à se défouler sur l’autre.
Ce récit paraîtra peut-être dépourvu d’intérêt à d’autres lecteurs, parce qu’il ne s’agit après tout que d’une retranscription de ce que l’on peut croiser tous les jours. Ce n’est pas mon cas. J’ai trouvé au contraire sa construction intéressante, qui nous permet d’avoir les deux points de vue d’une même histoire. Et grâce à mon expérience de lecture audio de ce roman, c’était d’autant plus accentué puisqu’il y a deux lecteurs pour donner vie à cette histoire. C’est un tableau, une scène ordinaire, et c’est justement cela que le récit dénonce, la banalité de ce genre de choses, de cette xénophobie, ce racisme ambiant que certains alimentent au détriment d’autres et qu’en simples spectateurs, nous laissons faire en passant notre chemin, comme si nous étions extérieur à ce qui se passe devant nos yeux. J’ai vraiment été emballée par cette histoire, je regrette juste une fin en happy end théâtral pas vraiment crédible à mes yeux.