Alors, j’ai aimé, vraiment; mais j’ai aussi passé mon temps à me dire : “mais… pourquoi tu t’arrêtes là ? Vas-y, nomme-le !”
Le livre met en lumière, de façon très pertinente, de nombreuses problématiques liées au quotidien des femmes (charge mentale, inégalités domestiques, injonctions sociales… ) Pourtant, j’ai eu l’impression que plusieurs enjeux structurels restaient en suspens.
Chaque exemple me semble avant tout être un micro-symptôme d’un système beaucoup plus large, qui s’appelle le capitalisme, ce brave générateur de misère mentale qui colore absolument tous les problèmes évoqués dans le livre. Elle amorce le truc, et puis hop, elle freine. J’aurais adoré un chapitre en mode : “bon les meufs, le vrai souci, c’est le capitalisme, donc voilà : anticapitalisme = solution (en partie).” Fin du game.
Et puis il y a ce point qui me frustre particulièrement : on parle beaucoup du fait que la société valorise des comportements “masculins”, et qu’on demande aux femmes de s’y conformer, ce qui est évidemment absurde. Mais du coup… pourquoi ne pas aller au bout du raisonnement ?
Genre : “Et si on mettait les qualités dites féminines sur un piédestal aussi ? Et si la patience, le soin des autres, la douceur, l’empathie, c’était en fait des master skills que tout le monde devrait viser ?”
(Edit : Elle touche à ces questions du bout des doigts, mais sans jamais appuyer dessus, alors que pour moi c’est littéralement the point.)
Après, j’ai aussi eu une petite impression “Paris 11e – brunch vegan – céramique artisanale”. Très blanc, très bobo, très “je raconte ma vie et celles de mes copines”. Typiquement son propos sur les "maisons instagrammables" : qui IRL se préoccupe de faire en sorte que l'intérieur de sa maison rende bien en photo? Personne, en vrai, encore moins les mères ??
Ce n’est pas désagréable, hein. J’aurais juste bien aimé sortir un peu de mon miroir sociologique. Voir d’autres expériences, d’autres classes sociales, d’autres réalités. Mais bon, ce n’est peut-être pas son rôle non plus de parler à la place des autres.
Et puis il y a le petit choc générationnel. Je sentais un féminisme très millennial, très ancré dans les années 2010, avec certaines préoccupations qui me parlent moins. Ça m’a donné l’impression que certaines problématiques avaient un peu vieilli — ce qui est plutôt rassurant, finalement : ça veut dire qu’entre-temps, les choses ont bougé, les perceptions et postures ont changé Merci les anciennes, vraiment. Vous avez mâché le travail, on arrive plus tranquilles.
Je me suis aussi demandé de quelle égalité on parle exactement : égalité des chances ? égalité en mode 50/50 des tâches ? égalité en tous points ? Ce n’est jamais très clair, alors que ça change complètement le sens de ce qu’on appelle “libération”.
Bref, ça fait beaucoup de critiques, mais en vrai elles viennent surtout du fait que je suis déjà convaincue. Je lis un truc féministe mainstream en 2025, forcément je vais vouloir que ça aille plus loin, plus fort, plus radical.
Mais au fond, je suis surtout reconnaissante. Titiou Lecoq et toutes celles avant elle ont fait un énorme boulot de vulgarisation et de transmission. Sans elles, je serais sûrement encore en train de me demander si c’est normal d’être énervée en permanence.