Frankenstein est de mes livres préférés (je pense que je risque la combustion spontanée si je ne le dis pas au moins une fois par an) et j'ai toujours voulu en apprendre plus sur son autrice, fille d'une des pionnières du féminisme moderne et d'un anarchiste-éditeur-libraire. J'avais regardé son biopic, sorti il y a quelques années avec Elle Fanning dans son rôle, mais le cinéma sait toujours romantiser les choses, et j'en étais restée sur ma faim.
Ce journal d'affliction est un véritable crève-coeur. Je ne sais pas si c'est parce que je suis dépressive (à ce stade, je pense que c'est chronique), mais je suis énormément rentrée en résonance avec les entrées de Mary, les pensées noires, les sautes d'humeur, le manque d'énergie... J'ai eu l'impression de me lire aussi dans les différentes trahisons, les entrées plus factuelles, déconnectées, les volontés de remettre les événements à plat, pour se prouver, et éventuellement prouver à d'autres, sa version des faits. Je bouillais de rage quand je la lisais se diminuer pour déifier un mari qui ne la traitait franchement pas si bien de son vivant, mais peut-on vraiment juger le processus de deuil de quelqu'un ? C'est certain que Mary Shelley a connu une vie pénible, et j'avais envie de tendre la main à chaque page pour la serrer dans mes bras, et lui apporter ce qu'elle réclamait toujours à haute voix dans son journal, mais a priori jamais à ses pairs : une épaule compatissante et une présence tendre.
La lecture ne m'a apportée que plus d'admiration pour cette autrice, à la maturité remarquable, véritable esprit libre de son époque, qui a dû se battre majoritairement seule, et qui n'a jamais oublié d'être généreuse et d'aider ses proches. J'aurais aimé pour elle un peu moins d'abnégation, et probablement un peu plus de chance, ou un meilleur entourage, mais j'ai de fait très envie de découvrir ses autres écrits, maintenant que je connais un peu mieux la personne qu'elle a pu être, et nos sensibilités qui se répondent à travers les siècles.
Un grand merci aussi à la traductrice et aux notes de bas de page, la postface et les notes bibliographiques, ça sent le gros travail de recherche et c'était franchement pas superflu.