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La langue des bêtes

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Au fond des bois, vit une communauté d’anciens membres d’un cirque. Depuis très longtemps ils ne donnent plus de spectacle. Un jour, de grands travaux grignotent le territoire autour d’eux, et on oblige l’enfant de la famille, La Petite, à rejoindre l’école du village. Dans la continuité de son roman précédent, Le Cœur des louves, Stéphane Servant raconte une fable contemporaine, sur la perte de nos origines primitives, le rapport aux animaux et à la nature dans notre monde contemporain.

448 pages, Kindle Edition

First published August 1, 2015

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Stéphane Servant

60 books11 followers

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Displaying 1 - 8 of 8 reviews
Profile Image for Béatrice Payet.
238 reviews3 followers
May 21, 2017
"Quand tu connaîtras tous les mots, tous les mots qui sont dans les livres, le monde n'aura plus de secrets pour toi. Alors à ce moment-là, tu seras grande. Lis, Petite, ne t'arrête jamais de lire. Les mots sont la soupe de l'âme."

"A quoi est-ce-que cela ressemblerait si elle plongeait ses doigts dans le duvet sombre des nuages ? A la fourrure d'un animal ? A de la pâte de fruits ? Est-ce-que les nuages ont des os eux aussi ? Eux qui se transforment à volonté. En animal ou en homme. En rêve ou en cauchemar. Est-ce-que les nuages connaissent la vérité de toutes choses ? Savent-ils ce qu'il y a par-delà la mort ? Quand le corps cesse d'être le corps. Quand la chair cesse d'être la chair. Quand il ne reste plus des os fins et délicats. Quand ce qui faisait de nous des êtres vivants à cessé d'être."

"Nous rugissons tous, à pleine gorge, à pleines dents, parce qu'un lion, un frère, un ami est parti. Nous rugissons parce qu'un autre est revenu. Nous rugissons entre des carcasses rouillées parce que c'est ici la vie retrouvée."

"Cette nuit-là, dans son lit, la Petite comprend qu'un homme peut parfois étrangement ressembler à ces marionnettes aux mécanismes brisés. Il faut du temps. De la patience pour démêler les fils et en renouer certains. Et personne d'autre que des frères, des amis, ne peut faire cela. C'est pour ça que nous rugissons, pense la Petite en sombrant dans le sommeil. Parce que nous sommes une famille, une tribu, une bande de bêtes sauvages faite pour l'amour et la guerre et les victoires et les défaites."

"Les mots peuvent tuer oui, la Petite en est persuadée, ils peuvent tuer plus certainement qu'un coup de fusil."

"Alors elle a décidé de l'ignorer. Parce qu'on ne peut rien pour un chien qu'on a libéré de sa laisse mais qui se voudrait toujours enchaîné."

"La Petite en est persuadée : les mots survivent aux os et à la chair et s'il y a un secret, il se trouve là, dans les mots, depuis toujours. Les mots ont le pouvoir de plier le monde à notre volonté. De le faire s'élever ou de le détruire. Les mots sont les fils de l'âme. Qui connaît leurs secrets peut faire naître la joie ou la peine, faire éclore la vie ou invoquer la mort."

"Elle confiait tout son poids, celui de son corps meurtri et vieillissant, celui de son esprit encombré de tant de nuages lourds, elle confiait tout son poids à la rivière. Et la rivière s'alourdissait des regrets et des peines de la femme. Mais que pèse les blessures d'une femme pour une rivière ? Trois fois rien. Moins que deux poissons. A peine plus qu'une feuille d'automne. La rivière supportait tout cela sans que rien ne change dans le paysage tant ces blessures étaient infimes pour ce paysage. Mais cela changeait tout pour elle. Pour un instant, elle se sentait enfin libérée."

"Parce que parfois les mots s'imposent à notre esprit comme des augures et que dès lors nous sommes soumis à leur seule volonté. Et c'est peut-être là qu'ils acquièrent leur vraie magie : quand nos propres mots nous submergent et font de nous des marionnettes de papier."

"Chers spectateurs, il y a la naissance. Et il y a la mort. Avant ? Après ? On ne sait pas. Alors, entre l'avant et l'après, on essaie de deviner ce qui se cache de l'autre côté. Certains ont inventé des histoires. Ils ont donné le non de "religions" à ces histoires. Et on se rassure à grand renfort d'encens et de prières et d'autels et de clochers et de minarets, en se disant qu'à tant se rapprocher du ciel on finira bien par y entrer. D'autres ont mesuré, classé, cartographié, étiqueté, listé. Tout. Tout ! Des plus hauts sommets jusqu'au moindre atome qui compose nos corps, notre identité même, le code secret qui est resté caché durant des milliards d'années. Tout est connu. Et, croyez-moi, la réponse n'est dans aucune de ces cases savamment rangées. Non."

"Pourtant, une chose échappe à toute mesure. Et c'est peut-être là que se trouve la clé du mystère de l'avant et de l'après. Cette chose, on l'appelle "amour". Personne ne peut créer l'amour entre deux êtres. Non, personne ne peut recréer cet état où on s'abandonne complètement à l'autre, cette insouciance d'hier et de demain. Même le plus dévot des prêtres, le plus futé de tous les scientifiques, le plus rusé des publicitaires. L'amour a ce pouvoir-là ; faire naître la joie, insuffler le courage et dissiper la peur. Oui, le mystère est là ; dans ce moment infime où nous oublions qu'un jour nous nourrirons la terre. Dans cette équilibre où nous sentons la vie bien présente en nous et autour de nous."

"Il ne restait plus rien à dévorer dans le cœur de ces hommes car ils avaient depuis longtemps abandonné tout espoir. Que s'était-il passé ? Où étaient les fêtes et les rires, la rage et les pleurs ? Où étaient les oiseaux et les fleurs ? Comme pris de folie, les hommes avaient d'eux-mêmes ravagé les bois, abandonné leurs bêtes, oublié leurs histoires et enterré leurs amours, leurs colères et leurs rêves. Ils s'étaient enfermés dans des cages de béton avec pour seule fenêtre l'écran des télévisions. Des paradis colorés, bruyants, artificiels. On aurait dit qu'ils s'étaient sciemment condamné à la laideur. Et leur indifférence éteignait le regard de leurs enfants qui bientôt leur ressembleraient. Des enfants jetés dans la vie comme on jette une portée de chiots encore aveugles sur le bas-côté d'une route, à l'orée de la forêt. Non par méchanceté, mais parce qu'on ne sait que faire de toutes ces bouches, de toutes cette vie. A quoi bon la vie quand on est soi-même si peu en vie ? A quoi bon la vie ? A quoi bon ? Ces hommes ne croyaient plus en rien. Ils semblaient épuisés. Ils étaient pareils à des nids désertés. Des coquilles vides. Des fruits stériles. Ni joies, ni peines, ni rêves. Des âmes délavées. Si pleins de vide. Dès lors, qu'est-ce que la Bête aurait pu leur ôter ?"

"Les mots ont se pouvoir-là. Ils peuvent être un refuge, une protection. C'est grâce à eux que j'éloigne la Bête du Père. Mais les mots peuvent aussi être le plus cruel des miroirs et nous conduire à notre perte."

"La résignation n'épargne personne, ni les hommes, ni les monstres, ni les dieux. Nous sommes pareils à des comètes esseulées, toutes filant dans le même ciel, toutes promises à la même éternité. Alors pourquoi ne pas se rassembler pour éclairer plus fort un instant ce ciel désolé ? Ce sont les brins tressés des histoires qui relient nos vies."

"La Petite pense que, oui, les animaux ont ce pouvoir-là. Cette force de résister à tout. Et ce n'est même pas du courage. C'est une simple question de survie."

""Oui, la vérité est là", se dit la Petite. Dans cet espace où les mots sont superflus, où les visages et les corps savent mieux dire que la parole. Elle devine que les mots servent qu'à ordonner le chaos. A lui donner une forme. Ils sont inutiles quand on admet que tout n'est que chaos. Le secret de la langue des bêtes se trouve dans la chair même. Nos corps sont pareils à des livres ouverts. A qui sait les lire, ils racontent des milliers d'histoires."

"Et cette idée que la vie ne se résume qu'à ça : un point d'équilibre instable. Où tout peut rompre à n'importe quel moment. Un souffle d'air, un nuage, un éclair et nous voilà réduits à l'état de carcasses brisées, implorant la mort comme une délivrance."

"Avoir oublié que le mystère habite le monde. Qu'il est une partie du monde lui-même et que les histoires ne sont qu'une façon de dire ce mystère. Les histoires habillent la vie et la vie donne naissance à des histoires."

"Les mots brûlent et se consument et s'envolent en flammèches vers le ciel et les mots sont pareils à des étoiles, à des comètes."

"Elle lève les yeux et regarde les mots s'échapper vers la page du ciel qui blanchit. Tous ces mots enfin libérés, qu'il faudra agencer autrement, sont maintenant plus vivants qu'entre les pages des livres. Parce que les livres ne sont que papier, pense la Petite. Et le ciel éternité. L'histoire s'écrit. Elle s'écrit maintenant."

"Le monde est d'une infinie laideur, d'une cruauté sans limites et nous sommes tous que des marionnettes promises à la mort et au chagrin."

"Ils ne connaissaient pas les frontières, ils ne connaissaient pas le temps. Ils étaient le mouvement, le passé et le futur mêlés. On ne voulait pas les entendre, on ne voulait pas y croire et pourtant, pourtant qui peut vivre sans nuages et sans histoires, sans peines et sans amours ?"
54 reviews1 follower
March 9, 2023
C'était chelou, je vais pas me le cacher. C'est l'ambiguité avec les livres de Stéphane Servant, je ne sais jamais si l'histoire est pour les enfants ou bien les adultes, certainement un peu des deux. Les personnages sont profondément gris, je n'ai pas réussi à m'attacher à eux (mis à part Petite qui est adorable) et il y a des passages que je n'ai pas compris, mais s'il y a bien une chose que l'on ne peut retirer à Stéphane Servant, c'est bien sa plume. Quelques extraits qui m'ont touché :
"Le savon court sur sa peau et change l'eau en lait"
"Quand il pleut et qu'il n'y a pas de nuages, c'est que les sorcières se maquillent avec des escargots"
"Il était plus facile de se protéger de la pluie que de la peine."
"Bientôt, la nuit s'étendit sur le monde"
"Les arbres s'ébrouent dans le ciel d'automne"
C'est pas grand chose, ce sont seulement des descriptions, mais c'est tellement beau et poétique que cela mérite toute l'attention, qu'importe le fond. Stéphane Servant a des doigts d'or et un esprit sans limite.
Profile Image for Catherine Allibert.
Author 1 book11 followers
January 3, 2019
Incroyable, époustouflant, beau, triste, cruel et merveilleux. Ce livre est tout à la fois. D'une écriture magnifique, l'auteur nous emmène dans une histoire quelque part entre le rêve et la réalité, entre les histoires et le fait divers. Nous suivons Petite, une jeune fille dont la famille est composée d'une mère rousse et extrêmement belle, d'un père-ogre et qui est entourée des anciens membres d'un cirque. Il y a longtemps que les spectacles sont terminés. Le chapiteau reste là. Petite va écouter les histoires, s'en inventer des nouvelles pour mieux comprendre le monde qui l'entoure.
Un livre que je recommande, un bijou à découvrir !
Profile Image for Bibliofeel Lydiane 🌻.
34 reviews35 followers
February 27, 2017
La langue des bêtes est la confrontation de deux mondes opposés : celui de la civilisation que l’on connaît, puis celui de Petite qui est peuplé d’histoires. Ces dernières, tout comme les mots ont une place centrale dans le livre : ils sont dotés d’une force qui leur est propre et qui en fait des personnages à part entière.

« Parce que parfois les mots s’imposent à notre esprit comme des augures et que dès lors nous sommes soumis à leur seule volonté. Et c’est peut-être là qu’ils acquièrent leur vraie magie : quand nos propres mots nous submergent et font de nous des marionnettes de papier. » p.245


J’ai mis presque deux semaines pour achever ma lecture, non pas parce que je n’arrivais pas à accrocher à l’histoire, mais parce que c’est le genre de livre que l’on prend le temps de savourer pour s’imprégner des personnages si atypiques et de l’univers qui mêle réel et merveilleux. La première chose qui frappe dès les premières pages, c’est le style d’écriture -riche, très imagé et poétique- qui est un des principaux points forts du livre. Personnellement, j’ai immédiatement été happée par l’histoire grâce à la plume de l’auteur, grâce à laquelle il est très facile de s’imaginer mentalement les personnages et l’environnement qui nous accompagnent durant un peu plus de 400 pages.

Le second point fort est sans aucun doute les personnages : ils sont imparfaits, un peu décalés et différents. Ce sont ces caractéristiques qui les rendent si attachants et leur différence est centrale dans le récit : c’est à cause d’elle qu’ils risquent d’être chassés du terrain où ils vivent, à cause d’elle s’ils sont mal perçut et rejetés par les habitants du Village, et c’est à cause –ou plutôt grâce- à elle que j’ai tant aimé les personnages. Un certain mystère plane au-dessus d’eux : pourquoi ont-ils arrêté de faire des spectacles ? Pourquoi ont-ils décidés de vivre en marge de la société ? Toutes ces interrogations trouvent progressivement des réponses et nous permettent dans un même temps de découvrir le passé des protagonistes et les secrets qu’ils cachent. Toutefois, il faut savoir qu’il ne s’agit pas d’un récit rempli d’action : certes il y a des interrogations et des situations qui nous tiennent en haleine, mais c’est avant tout un « livre-conte » infiniment doux et dont l’histoire se déroule et s’étoffe lentement, mais sûrement. Il serait d’ailleurs difficile de vous parler des personnages sans spoiler, alors je ne parlerais que de Petite, et brièvement : au début de l’histoire, elle est avant tout une enfant insouciante et qui croit dur comme fer aux contes qu’on lui à toujours raconté, progressivement, elle grandit, mûrit sans pour autant changer radicalement. Ce livre c’est aussi ça, la confrontation du monde rationnel des adultes, à celui fantaisiste et merveilleux des enfants, et autant vous dire que du haut de mes 20 ans de jeune adulte, durant ma lecture, j’avais vraiment envie de me prendre au jeu et de croire à nouveau à ces belles histoires qui ont bercées mon enfance.

C’est dur de parler d’un livre aussi dense et aussi riche, mais s’il fallait le résumer en une simple phrase, ce serait qu’il s’agit d’un récit doux, poétique et réconfortant, qui mêle à merveille monde réel et fantastique, et qui aborde avec douceur et justesse la différence.
Profile Image for Ortie.
23 reviews
January 31, 2016
Découverte complète et ô combien gratifiante ! Je ne connaissais pas du tout cet auteur, mais je vais m'empresser de lire le reste de sa production ! À voir les dates, on se rend bien compte que j'ai vite terminé le roman, presque aussitôt après l'avoir entamé.
Un récit qui m'a vraiment parlé, qui m'a tenue en haleine. Le récit se tient dans un univers tissé de contes, de cirque, de nature et d'amour auquel je n'ai pu qu'adhérer. Peut-être parce que cela me rappelle ma propre histoire... et d'autres univers, tels que la saison 4 d'American Horror Story "Freakshow", "La caravane de l'étrange", "La petite fille aux araignées" de Gudule ou bien le film d'animation "Le jour des corneilles", le "Labyrinthe de Pan" etc.
Des œuvres qui ont eu sur moi un impact similaire, ont provoqué en moi un effet proche, comme si toutes ces sensations en nuances prenaient leur source dans la même gamme de couleurs. Il s'agit d'œuvres capables de produire en nous un sentiment d'émerveillement et aussi une impression dérangeante de malaise, de remise en question. Des œuvres capables de nous faire voyager tant dans notre enfance que dans notre inconscient, qui nous font prendre conscience de nos différences et de nos ressemblances... à travers l'exploration de thèmes comme la différence, les pathologies psychiatriques, les modes de vie alternatifs que certaines personnes choisissent et pourquoi, les marginaux de la société, les enfants sauvages, la destruction de la nature en vue d'urbanisation, le macabre et les superstitions, l'enfance et sa naïveté qui permet de croire si fort aux histoires, la fin d'une époque et le début d'une autre...
Enfin bref, que ce soit pour l'écriture (excellente), pour l'atmosphère particulière, semi onirique, présente tout du long ou pour l'univers riche et foisonnant, je ne peux que recommander ce livre. Ses personnages sont vivants, vibrants, touchants. Ils sont palpables, avec leurs sentiments, leurs vies, leurs histoires. Ce livre est rempli de poésie et de forêt. Et il nous permet de porter sur le monde un regard autre, celui d'une petite fille pas comme les autres...
Profile Image for Cham.
65 reviews9 followers
February 15, 2017
Oh, comme j’avais adoré « Le cœur des louves »… C’est dire à quel point il me tardait de lire ce roman ! Pourtant, il a longtemps séjourné sur l’étagère des livres en attente, avant que je n’ose me lancer dans cette aventure. Peut-être par crainte d’être déçue, peut-être aussi parce que l’univers du cirque a toujours eu pour moi un je-ne-sais-quoi de lugubre et dérangeant.
Hélas, ça n’a pas manqué ! La plume reste pourtant belle, brute, poétique et animale. Mais il y a quelque chose de maladroit dans cette surenchère de fureur et de macabre. Certains passages sont d’une justesse et d’une beauté folles (cette scène avec le faon, bon sang…), quand d’autres sonnent terriblement faux, comme surjoués.
Je ne peux cependant m’empêcher d’avoir de l’affection pour l’univers atypique de Stéphane Servant, pour ses histoires qui bousculent, et pour son écriture organique.

https://labouquineriedecham.wordpress...
Profile Image for Olivia La couleur des mots.
56 reviews7 followers
Read
August 15, 2016
j'ai abandonné cette lecture et pourtant j'ai vraiment essayer mais je n'ai vraiment pas accroché à cette histoire !
Displaying 1 - 8 of 8 reviews

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