Alors que son père l’encourage à devenir pharmacienne, Marisol s’inscrit à la maîtrise en création littéraire. Elle travaille depuis cinq ans sur le roman Fleuve malin lorsqu’elle en arrive à conclure qu’il est préférable de tuer cette œuvre. Elle se lance alors dans une écriture plus libre, introspective, un peu comme si elle tenait un journal intime dans lequel elle livre ses réflexions sur ce que représente l’acte d’écrire et le plaisir qu’apporte la lecture.
Cela m’a rappelé le livre Un écrivain en pyjama, de Dany Laferrière, dans lequel il expose nonchalamment sa vision de ce qu’est un écrivain, de comment on le devient et comment la littérature est entrée dans sa vie. Marisol Drouin exprime plutôt ici le côté sombre, l’angoisse et les luttes reliées à la création littéraire. Pour elle, ce processus est une opération tumultueuse, angoissante, obsédante, parfois décevante et lourde à porter, jour après jour. « Si l’écriture m’a sauvée de la force attractive des trous noirs, l’écriture, elle, m’y pousse. Je n’écris pas en paix. L’écriture me calme, mais je ne suis pas calme quand j’écris. L’écriture déterre, agite, influence mes humeurs. Me rend triste. Moi qui m’étais promis de ne jamais être cet écrivain malheureux d’écrire » p. 105. Bref, un livre qui permet au lecteur d’avoir un peu plus accès à l’envers de la médaille…
Citations :
« J’entends déjà les princes du libéralisme nous exhorter de retourner travailler (consommer) et nous menacer de toutes sortes de fin du monde. En ce sens, lire est une action immensément violente, dissidente.... Donc, ce luxe de retourner au lit un lundi matin et d’ouvrir un livre emprunté à la bibliothèque. De lire. De penser. D’imaginer. D’être tout à fait improductive. Ça vous gonfle la vie intérieure, la ravitaille, l’entretient. Et puis, ça fait un gros fuck you aux hommes de Silicon Valley. » p. 32-33
« Lire me permettait de combler le temps. De ne pas être grignotée par la solitude, de ne pas être rongée par l’angoisse. De passer le temps sans le perdre. Je parle du temps gonflé et flottant. Qui n’est pas compté, n’appelle pas de tâche précise, de moment, de jour, de semaine ou d’année. N’a rien à voir avec la naissance et la mort. Pas de début ni de fin. En continu. Avoir un livre ouvert en permanence. » p.85
« Je peux imaginer une vie sans écrire, mais pas une vie sans lire. » p. 96
« En fait, les nouvelles technologies de communication nous volent du temps d’introspection. Notre espace de conscience. L’intériorité. La profondeur. » p. 97