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« Le lundi 17 juillet 2017, dans la solitude de mon bureau, après mûre réflexion,   je viens de prendre la décision de quitter ma fonction de chef d’État-major des armées. Cette démission, que rien n’annonçait quinze jours plus tôt, était devenue pour moi un devoir.  J’ai désormais une responsabilité, celle de dire la vérité sur les menaces auxquelles nous devons faire face et sur les défis de nos armées. Ainsi, les Français pourront mieux comprendre.  Ce livre est un appel. Oui, nous pouvons être fiers de notre beau pays et de son armée. Oui, cette nation est fidèle à son histoire quand elle est rassemblée.  Je veux parler de nos forces, de nos fragilités, de notre courage, de notre honneur. Je veux servir. »    Pierre de Villiers a été chef d’État-major des armées de2014 à 2017, concluant quarante-trois ans d’une grande carrière militaire, au service du succès des armes de la France.   

246 pages, Kindle Edition

First published January 1, 2017

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Pierre de Villiers

43 books4 followers

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Displaying 1 - 9 of 9 reviews
Profile Image for Lola D..
400 reviews59 followers
July 17, 2020
Pourtant écrit postérieurement à un évènement très médiatisé, à savoir sa démission du poste de Chef d’État-major des armées, le Général Pierre de Villiers réussit un tour de force à notre époque : éviter toute polémique et tout ressentiment. Ce qui caractérise cet ouvrage tient en quelques mots très simples : humilité, simplicité, pédagogie et reconnaissance.

Humilité d'abord, d'un grand chef militaire, qui aurait pu faire de ce livre une biographie élégiaque et qui en a fait un ouvrage de référence sur l'armée française actuelle.

Simplicité, également, parce que la grande force du Général de Villiers est de fournir des connaissances accessibles à tout un chacun, de la vulgarisation sans vulgarité, avec le rappel aussi des valeurs fondatrices de l'armée, ainsi que l'apport de sa vision, de ses espoirs, de ses vœux pour celle-ci, sans jamais tombé dans la grandiloquence, toujours avec le mot juste.

"Je me réfère souvent aux trois principes chers au maréchal Foch : la liberté d'action, l'économie des forces et la concentration des efforts. Il existe en effet des vérités fondamentales susceptibles de régir la conduite de la guerre, des règles d'action tirées de l'infinie variété des situations rencontrées aujourd'hui et hier. Ces trois principes révèlent leur absolue nécessité, en nous préservant de bien des erreurs fatales, même si, bien sûr, il faut toujours tirer le meilleur parti du terrain, des conditions météorologiques et du rapport de forces tels qu'ils se présentent à l'instant t, à tel endroit, face à tel ennemi. [...]"

"Loin de moi l'idée de dire que tous ceux et celles qui portent l'uniforme militaire sont parfaits. Loin de moi l'idée de donner une quelconque leçon à quiconque. Je ne souhaite qu'expliquer et faire comprendre à nos concitoyens qui nous sommes. Il y a dans notre société des traditions estimables, des évènements mémorables, des instants de grâce, mais aussi le mensonge, la trahison, la cupidité. A chacun de faire son choix. Dans l'armée, une volonté de maîtrise des comportements met en avant la confiance, la cohésion, la solidarité, la loyauté. Cet état d'esprit exige considération et respect, surtout lorsqu'un devoir de réserve censure l'expression des uns sans interdire les critiques des autres."

Pédagogie donc, qui permet de comprendre les réels enjeux et contraintes qui se posent à l'Armée. Des répétitions nécessaires à tout apprentissage jalonnent ce livre, notamment sur la dichotomie entre violence et force. On sent également le souhait du Général d'engager et de continuer des réflexions sur la notion de guerre juste, le développement des pays en guerre, l'écologie, la souveraineté, l'identité et le rayonnement de la France etc.

Sur la dichotomie violence / force :
[En évoquant la guerre au Kosovo] "Il n'y avait plus rien, plus d’État, plus de cadre. La guerre avait tout ravagé. Nous intervenions par la force, en patrouillant, et parfois une dizaine d'hommes suffisait à calmer la situation. Car la force fait reculer la violence. Même si seul le temps, une fois la paix revenue, peut dissiper des haines si profondes."

" Le débat entre la force et la violence est fondamental sur ce plan. A la lumière du terrorisme, la violence est un déni de l'autre, alors que la force implique une retenue de la puissance. La force se refuse à la cruauté, à laquelle la violence conduit souvent. La force peut être affirmée, quand la violence se déchaîne. D'un côté, il s'agit d'une passion raisonnée ; de l'autre, d'une passion dévastatrice. La période de paix - sans précédent dans l'histoire - que nous avons vécu a fini par chasser de notre vision de l'avenir la possibilité d'une guerre au sens classique du terme. Mais dans le même temps se développe une idéologie qui récuse l'idée même de paix et ne voit le monde qu'en état de guerre permanent. Restons donc convaincus que la violence recule là où la force avance. Le maintien d'une force militaire en capacité de s'opposer à la violence est une responsabilité collective. [...]"

Sur la notion de "guerre juste" :
"Les Romains n'avaient qu'un seul et même mot, virtus, pour désigner la force et la vertu. Peut-être est-ce parce que les deux concourent, à parts égales, à la victoire. La force la rend possible ; la vertu la rend juste et durable. Alors oui, l'espérance brille dans la victoire qui respecte l'ennemi vaincu et reste fidèle à ses valeurs. Cette espérance retrouvée est le véritable laurier de la victoire, son unique récompense."

Sur l'aide au rétablissement de la paix et au développement des pays en guerre :
"Car la paix ne va pas de soi. Il faut la conquérir et, une fois conquise, la préserver. L'idée que, dans ce combat, la force serait dépassée est évidemment erronée. Mais croire que la force seule pourrait relever ce défi immense est une dangereuse illusion."

"Car nos interventions ne se limitent plus à livrer et à gagner des batailles ; elles visent à rétablir la paix dans des terres lointaines avec des populations très différentes, face à des conflits dont les causes nous sont étrangères. C'est alors qu'il faut appréhender les situations sur le plan humain et pas seulement sur le plan stratégique."

Sur la souveraineté :
"La souveraineté est l'attribut essentiel d'une nation, véritable communauté humaine, issue d'une patrie - la terre des pères ; elle s'exprime, avant tout, à travers l'autonomie de décision et d'action de l’État qui ne provoque pas un syndrome isolationniste conduisant au renfermement sur soi, mais, au contraire, à un engagement affirmé dans la marche du monde. Un État qui ne prendrait pas toutes les mesures pour garantir et protéger sa souveraineté face aux menaces s'exposerait inévitablement à perdre la maîtrise de son destin et à subir la volonté - possiblement violente - de l'étranger. La finalité même des armées réside donc dans la protection de la France, de son autonomie de décision et d'action ; en un mot de sa souveraineté."

Reconnaissance, enfin, des forces armées sur le terrain, des blessés de guerre (physiques et/ou psychologiques), des munitionnaires et des ouvriers d'industrie, des familles d'engagés, des réservistes etc. On ressent sincèrement le profond respect que le Général leur porte, sa volonté d'envisager l'Armée via les hommes et les femmes qui la composent, face à une approche financière technocratique qu'il dénonce, tout en estimant nécessaire l'analyse et la stratégie financière au bon fonctionnement des missions de l'Armée (son parcours académique en finances publiques lui ayant grandement servi semble-t-il !).

Une mention spéciale pour le dixième chapitre intitulé "Aimons notre jeunesse, elle nous le rendra" que j'ai trouvé très émouvant.


> Éléments intéressants :

- Je retrouve l'analyse faite par Pierre Servent dans Extension du domaine de la guerre à savoir que les deux principales menaces actuelles sont d'un côté l'islamisme radical et, de l'autre, les nouveaux États-puissances armant des milices communautaires susceptibles de servir leurs intérêts nationaux (Turquie, Russie, Chine etc).

- Nouveau visage de la guerre se traduit, selon le Général De Villiers, par les 7 D : Durcissement des conflits, Durée prolongée des engagements (environ une quinzaine d'années), Délai amoindri (médiatique et politique), Dispersion des théâtres d'opération, Dissémination des milices armées communautaires, Désinhibition des pratiques (non-respect du droit de la guerre et des valeurs humanistes par les nouveaux ennemis qui souhaitent même pousser l'Armée à la faute éthique imposant de lutter contre un mimétisme des pratiques), et Digitalisation (essor de la cybercriminalité). On assiste donc à une déterritorialisation de la défense, en dehors d'une défense des frontières.

"Tout nous tire vers la tactique et l'action immédiate au détriment d'une vision stratégique et d'un effet à obtenir dans la durée. C'est un des points majeurs qui expliquent que l'on ait gagné des guerres et perdu des paix ces dernières décennies. Avant chaque nouvel engagement militaire, le chef d’État-major des armées doit poser son autorité politique la question de l'effet final recherché, plutôt que celle du traitement à court terme de la violence immédiate inacceptable dans nos sociétés, où l'émotion l'emporte souvent sur la réflexion. Sans bonne stratégie, la meilleure des tactiques est d'un faible rendement. Sans supériorité tactique, la meilleure stratégie est défaillante."

- 1996 : fin de la conscription et choc de la professionnalisation, décidée par le Président Jacques Chirac.


> Ressources à consulter :

- La politique de défense au travers des lois de programmation militaire : https://www.vie-publique.fr/eclairage...

- Budget de la défense : 5,4% du PIB en 1962, 2,9% en 1982, 1,6% en 2002 et 1,4% en 2017. Annulation en 2017 d'un apport de 850 millions d'euros au budget de la Défense.
Pour comparaison, en 2017, les Etats-Unis investissent 3,3% de leur PIB dans le budget de la défense, et la Russie 5,4%.

- Création en 2017 d'un Centre national du contre-terrorisme : http://www.academie-renseignement.gou...

- Création en 2017 d'un commandement de la cyberdéfense : https://www.defense.gouv.fr/portail/e...

- Audition du Général De Villiers devant l'Assemblée nationale le 12 juillet 2017, à l'origine de son différent avec le Président de la République qui a conduit à sa démission : http://www.gaullisme.fr/2017/08/13/ce... ET http://www.assemblee-nationale.fr/dyn...#

- Échec du logiciel de paiement Louvois : https://www.franceinter.fr/emissions/...
Des retombées finalement maîtrisées fin 2019 : https://www.latribune.fr/entreprises-...

- Le Haut comité d'évaluation pour la condition militaire (HCECM) réalise tous les ans un rapport thématique ainsi qu'une revue annuelle de la condition militaire, accessibles en ligne : https://www.defense.gouv.fr/portail/v...

- Compte-rendu de l'ouvrage par le Général De Villiers lui-même : https://youtu.be/h233uvpFx-k
Profile Image for Jle Bck.
22 reviews
May 11, 2018
Une belle plume pour un regard « objectif » sur l’Armée française. Des explications concrètes sur l’engagement de nos militaires de nos jours.
Profile Image for Océane S.M..
12 reviews
May 2, 2019
Très complet si l’on souhaite en savoir davantage sur le fonctionnement/l’organisation de l’Armée française.
9 reviews
October 6, 2021
Un bel hommage à la France par un homme qui aime profondément son pays
32 reviews1 follower
June 19, 2022
Au départ, il y a eu cette rupture retentissante au coeur de l’été 2017 entre le chef des Armées (E. Macron) et le chef d’Etat major des Armées, le Général de Villiers. Quelques mois plus tard, le général démissionnaire rédige un long texte sous forme de témoignage plus que d’un plaidoyer pro domo.

Le texte est limpide, nourri par l’expérience personnelle de l’auteur. L’ouvrage se veut au dessus de toute appartenance politique et son écriture présente l’équilibre et la pondération d’une pensée classique. A noter aussi que les amateurs de citation (et ils sont nombreux dans le personnel militaire) apprécieront les références laissées ici et là.

Nulle polémique dans ce livre, nulle aigreur, mais plutôt l’intention de présenter un état des lieux sur le système militaire actuel ; rappeler les menaces qui visent le pays ; alerter sur son impréparation morale, financière et stratégique.

D’accord, les temps ont changé : la guerre de position n’est décidément plus à l’ordre du jour. Cependant le danger persiste. Maintenant il s’agit d’apprendre aussi à combattre des ennemis disséminés au coeur du pays, une menace digitalisée et agissant avec des combattants pilotés à distance, intervenant par surprise. Ce que l’auteur appelle des « combats de basse intensité ».

D’après lui, les moyens sont-ils à la hauteur ? Chiffres à l’appui, il décrit l’état des armées et ses engagements en France et dans le monde. Il démontre l’état de surchauffe des moyens humains et matériels et déplore l’inadaptation du système de défense.

Derrière toute armée, il y a aussi les hommes. C’est un point essentiel du dispositif car ils sont appelés à un engagement plein et entier. Or, la gestion de ces hommes cimentés par la discipline et un ensemble de valeurs ne s’accommode pas facilement des règles politiques. Voilà peut-être ici une des clés de cette décision prise au coeur de l’été par le Général de Villiers, lui qui pourtant avait su travailler jusque là avec les trois autres présidents.

Au final un ouvrage éclairant. Rapide à lire. Essentiel pour comprendre les enjeux de notre société. Une réussite.

Alors pour Servir 5 étoiles, comme le Général.
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