Alors qu'elle obtenait des droits formels et une reconnaissance étatique, la « communauté gay » aurait peu à peu glissé vers la droite, jusqu'à céder aux sirènes du nationalisme et du racisme. C'est ce paradoxe qu'interroge Alain Naze, non pour le réfuter mais pour en préciser les causes et les conditions. Il revient sur les débats autour du pacs et du « mariage pour tous », le combat contre le sida, l'essoufflement des mouvements LGBT, et met à jour la puissante lame de fond de la normalisation gay. En acceptant le modèle hétérocentré, pour des bénéfices limités et très inégalement répartis en son sein, la soi-disant communauté gay a abandonné ce qui précisément la constituait en communauté politique : ses luttes émancipatrices - et s'est rendue perméable aux idées réactionnaires. Pour Alain Naze, il est urgent de renouer avec l'élan révolutionnaire des premiers mouvements de libération homosexuelle et de « rendre à l'homosexualité son devenir-plébéien, c'est-à-dire de faire en sorte que nous réapprenions à entendre et à désirer les appels au dévoiement, les incitations au détournement, à la dérive ».
Un roman au titre ambigu, mais je précise : ce n’est pas un titre homophobe. Alain Naze soutient plutôt la thèse que le mouvement LGBT actuel stagne, se nuit à lui même et tend vers la droite — c’est à dire s’éloigne des autres luttes telles que le racisme.
C’est un sujet auquel j’avais réfléchi par moi même par le passé, j’étais donc très contente de voir que je n’étais pas la seule à penser qu’on voyait de plus en plus une élite gaie qui se permet de délaisser les personnes bipoc ou les lesbiennes ou les trans ou les gens handicapés etc etc etc. En gros une droitardisation de ceux qui sont les plus acceptés par la société… surprenant…. n’est ce pas? (à noter qu’il faut ici déceler l’ironie. évidemment qu’on se conforme à la logique capitaliste occidentale quand on peut s’approprier un peu de ses avantages)
Quelques points intéressants et pertinents : - le coming out nuit à l’intégration, car il marque une différence et insinue que la norme est straight - on mise désormais sur l’indifférence plutôt que l’égalisation, ce qui mène à la conformisation au modèle hétéro, effaçant et empêchant les autres modes de vies possibles - les occidentaux sont adeptes du white saviorism version arc en ciel, mais ça finit par nuire dans les autres pays (vous connaissez la comptine sur le néocolonialisme idéologique je vous la rechante pas) - on assimile l’homosexualité à la logique hétéro pour la rendre acceptable - la communauté gaie vise tellement l’universalisme qu’elle passe à côté de réalités (et de sa lutte) Et plusieurs autres. Il faut quand même lire le livre
Cependant je trouve parfois que Naze est flou…. Imprécis…. Avons nous des exemples de modes de vies alternatifs à la logique hétéro? Je m’imagine bien qu’on parle de polyamour, de relations non exclusives, de relations platoniques peut être? Pas besoin de tout nommer, mais quelques exemples seraient utiles parce que là je navigue dans le noir (comprendre : seulement avec ce que je peux m’imaginer. Plutôt barbant quand on lit un essai pour savoir ce que l’auteur veut dire)
Par ailleurs il remet énormément en question le mariage gay qu’il considère comme un ajout de droits (à savoir que sa thèse soutient qu’il n’y a que la levée d’interdictions qui sont utiles). Bon, ok, il n’est ultimement pas CONTRE. Mais… il n’est pas pour pour non plus. Je ne comprends juste pas pourquoi il ne voit pas le mariage pour tous comme… la levée de l’interdiction du mariage homo. D’ailleurs, on peut avoir l’institution du mariage, certes, tout en ne faisant pas de celle ci la seule façon d’exister en société. Ce n’est pas mutuellement exclusif, naze. Et aussi, pourquoi autant d’obsession sur le mariage? Ce n’est pas le seul enjeu LGBT. On se répète, on aurait pu raccourcir ce livre de beaucoup.
Petit souci supplémentaire : pourquoi tant d’attention sur les homos? Pourquoi pas les autres sexualités? Je comprends qu’il est contre l’étiquetage outrancier, et moi aussi d’ailleurs, mais on ne va pas aller nier les réalités différentes des lesbiennes ou des bis. C’est pas pareil du tout… sans parler que l’auteur parle constamment de la communauté LGBT sans mentionner les trans. Pour quelqu’un qui soutient une thèse contre le suprématisme des gays… plutôt étrange de ne mentionner que les hommes homosexuels. Je dis ça je dis rien.
Enfin, je doute beaucoup de l’éloge de la clandestinité homosexuelle. Je suis pour la continuation de la culture gaie. Mais de là à dire que les gens LGBT vivent leur meilleure vie dans les racoins qu’ils ont pu s’approprier au fil du temps, bof. Pas besoin de crier à tout le monde avec qui on couche. Mais continuer à vivre dans l’ombre, ça n’aide pas à faire changer les mentalités à ceux qui en ont le plus besoin…. c’est à dire ceux qui sont dans la lumière. On irait pas dire aux femmes de lutter dans la cuisine, je crois.
Pour finir : Alain Naze est fan de l’écriture cryptique. Beaucoup de grands mots compliqués pour dire des choses simples. En gros, une lecture que j’apprécie pour certains points mais que je critique aussi beaucoup pour sa pensée. À lire pour la discussion!
Super pertinent, j'aime bcp aime le passage où Naze cite Massad pour parler d'impérialisme gay + la critique générale du livre est SUPER IMPORTANTE : sortons des logiques consuméristes et hétéronormées pour construire une nouvelle forme d'existence ! (ça fait rêver dis comme ça mais c'est pas simple du tout)
Le titre ressemble à celui d'un livre homophobe qui serait contre l'avancée des droits des homosexuels, bien évidemment il ne s'agit pas de ça, l'auteur étant lui-même homosexuel.
Sauf qu'il s'agit bien de ça.
Pendant tout le livre on comprend que l'auteur est contre la reconnaissance des homosexuels, et en particulier contre le mariage homosexuel. Pour l'auteur, la sexualité homosexuelle est forcément, sinon illicite, au moins déviante. Que deux hommes puissent et veuillent vivre en couple, plus encore se marier, c'est forcément devenir hétérosexuel (oui oui). La sexualité gay n'existe que dans les plages naturistes, les parcs nocturnes, les saunas gay. On passera sur le fait que les femmes homosexuelles sont complètement exclues de ce schéma de pensée. J'imagine aussi que les hétérosexuels qui fréquentent des lieux de rencontre libertins se comportent comme des homosexuels, je ne sais pas.
L'auteur fantasme sur une époque et un interdit à la Jean Genet. Il aime que les homosexuels vivent cachés, il trouve ça très bien que dans certains endroits les homosexuels se "débrouillent", malgré les interdits dont ils sont victimes. D'ailleurs, dire que certains pays, certains gouvernements sont homophobes ce serait raciste et islamophobe. Les personnes homosexuelles dans les pays arabes par exemple ne souhaitent pas être reconnues et vivre leur sexualité au grand jour (c'est pour ça qu'on a tant de demandes d'asile, mais ça il n'en parle pas bien sûr). Il parle même de GÉNOCIDE CULTUREL. Oui oui, reconnaître les homosexuels dans certains pays reviendrait à un génocide culturel (reprenant une expression de Pasolini).
Je passerai aussi sur le fétichisme de l'homme arabe (les "folles" à arabes c'est la quintessence de la sexualité gay bien sûr). L'auteur est complètement déconnecté des combats actuels de la communauté, de son état actuel. Il ignore apparemment que les lieux de rencontres gay existent toujours, les saunas comme les plages naturistes. Et si la majorité des gays aujourd'hui, du moins en Occident, souhaite être en couple, c'est une forme d'hétérosexualisation. J'ajouterais que le mariage n'empêche rien, nombreux sont les gays mariés et en couple ouverts. Un élément est totalement absent de sa réflexion : l'amour entre deux êtres.
Extreme cultural relativism, nostalgia for a past of illicit, or hidden, homosexual relationships, often substantiated by disparate stories from newspaper articles. If putting "queerness" at the centre of the LGBTQ agenda, means stepping back into the past, we must envisage other ways forward, possibly questioning the deeper reasons behind the success of the gay marriage cause, and how non-heteronormative "families" can find just recognition within the institutional framework.
Je ressors de ce livre avec la tête un peu embrouillée, je trouve difficile de se faire un avis global tant le livre abonde de sous-entendu et de formules abstraites.
Le cœur du propos consiste à mettre en avant les faiblesses d’une lutte LGBT centrée sur la reconnaissance juridique et civile, ce qui m'a semblé très juste et pertinent. L’auteur fait de la mobilisation et du lobbying en faveur du mariage homosexuel la ligne directrice de son argumentation, en naviguant à travers toutes les conséquences de cette situation. Il réfléchit à l'appauvrissement des socialités gays à travers l’adoption du modèle de couple dominant, patriarcal et hétérosexuel (mariage, famille, etc.) et la globalisation de ce modèle sous l’effet de la domination impérialiste. Les exemples choisis sont assez drôles et saisissants, comme le boycott des pâtes Barilla suite à une déclaration du patron du groupe.
En revanche, je reste perplexe face aux modèles alternatifs proposés (ou pas proposés) par l’auteur contre l’assimilation des gays. Il ne les nomme jamais vraiment, ou seulement à travers des formules évasives type des relations mouvantes : des coups d’un soir ? des couples libres ? des relations polyamoureuses ? des relations cachées qu’on se restitue par le souvenir, comme le suggère Foucault ? À la lecture de la conclusion, je suis un peu mal à l’aise face au quasi fantasme de relations contraintes à la marginalité. Si l’assimilation à la société bourgeoise hétérosexuelle appauvrit les relations (gays ou hétéros, et même tous types de relations d’ailleurs), l’auteur semble y opposer un temps passé où les homosexuels vivaient leurs relations dans le secret et subissaient la stigmatisation et la violence de l’État. Il me semble pourtant possible de désirer autre chose que l’institutionnalisation de nos luttes et l’intégration bourgeoise, sans pour autant idéaliser la clandestinité.
Dans la deuxième partie du texte, il s'attèle à une critique de l’instrumentalisation des luttes gays par les États impérialistes afin d'accroître leur domination sur les pays semi-coloniaux. Alain Naze explique comment le centre impérialiste hiérarchise le degré d’avancée d’une civilisation (et donc sa respectabilité et son droit à vivre) à travers l’extension des droits LGBT, imposant ainsi ses modèles culturels aux populations non occidentales. Cette seconde partie m'a particulièrement passionné, le propos est clair, argumenté et toujours d'actualité aujourd'hui face aux tentatives de pinkwashing d’Israël et de ses complices qui bombardent le Moyen-Orient.
Pour autant, lorsque l’auteur évoque la libération gay dans les pays sous domination impérialiste, je trouve qu'il tombe dans l’écueil d’un relativisme culturel abstrait. Il évoque des subjectivités gays différentes, des sociétés où la dualité hétéro/gay n’existerait pas et où les frontières du genre et de la sexualité seraient plurielles, sans jamais vraiment préciser son propos. S’il est vrai que l’Occident a imposé ses normes, notamment dans la définition et la condamnation de l’homosexualité, les modèles patriarcaux étaient déjà largement dominants et je ne crois pas qu’on puisse romantiser des subjectivités précoloniales comme si elles pouvaient être retrouvées intactes aujourd’hui.
Au final, le livre ouvre sur peu de perspectives concrètes et la mise en place d’un modèle alternatif à "l’homosexualité respectable" reste vague. Cela amène selon moi au principal problème du livre : son cadrage et l’absence de réflexion stratégique. Le livre prend pour objet la normalisation gay. Si le premier terme est relativement clair, le second l’est moins. Tout au long de son argumentation, Alain Naze parle principalement des hommes homosexuels, a fortiori cisgenres (plusieurs allusions aux "bites" le rappellent explicitement) sans jamais vraiment justifier cette délimitation. Le fait de se concentrer sur ce groupe n’est pas absurde dans la mesure où c’est probablement celui qui a le plus vécu l’intégration sociale et dont on dit qu'il est passé à droite.
Pour autant, il me semble contradictoire de parler des catégories identitaires, de leurs limites, des dualismes qu’elles imposent et de l’universel masculin sans interroger plus profondément leur construction et les frontières entre elles. Je trouve ainsi dommage de ne pas davantage aborder la position des personnes trans, notamment migrantes, précaires ou travailleuses du sexe, qui sont placées à l'extérieur des frontières de la respectabilité tout en étant associés à une forme d’homosexualité. La terminologie elle même est assez peu discutée : gay, homosexuel, pédé ne renvoient pas exactement aux mêmes réalités, le dernier terme étant parfois mobilisé justement contre la respectabilité homosexuelle.
Quid également des homosexuelles, lesbiennes, gouines ? Si le livre choisit de se concentrer sur l’homosexualité masculine, pourquoi pas, mais il me semble difficile de ne jamais réellement interroger ce cadrage ni ce qu’il laisse de côté. Cette absence finit par occulter une partie du problème, notamment les différences de classe et de position sociale au sein même des communautés LGBT. En conclusion, le livre ouvre quelques pistes, mais pour un manifeste je reste sur ma faim. Alain Naze critique une transformation structurelle de l’homosexualité liée au capitalisme et à l’impérialisme, mais les alternatives qu’il esquisse restent principalement centrées sur les pratiques individuelles et inter-individuelles. Dès lors, une question demeure largement ouverte : quelle stratégie collective opposer à l’assimilation bourgeoise ? Faut-il penser une alliance des subalternes, pédés, gouines, personnes trans, travailleurs, immigrés, précaires, de tous ceux et celles qui ne profitent pas de cette intégration ? Au final, le livre analyse les logiques ayant rendu possible l’abandon de certaines tactiques et cultures constitutives de la communauté gay, mais aborde plus superficiellement les contradictions de classe qui ont contribué à cette évolution.
J'ai un avis mitigé sur cette lecture. Bien que j'aie compris son point de vue et son idée qu'il énonce dans ce livre, je ne suis pas complètement d'accord avec tout ce qu'il dit. En plus, il se répète beaucoup et le livre aurait clairement pu faire 50 pages. Il faut noter tout de même qu'il donne des exemples et des références intéressantes, notamment des ouvrages ou des auteurs auxquels je m'intéresserait peut–être plus tard.
Some interesting ideas. However, seeing everything through the lens of the "gay wedding" is kidn of narrow-minded. I would have liked the author to expand his horizons a little.
Le texte aurait gagné en matière si l'auteur ne passait pas son temps à se répéter. Malgré quelques remarques pertinentes j'ai trouvé qu'il manquait pas mal de chose pour être exhaustif. Le mariage gay ne concernant pas QUE l'homosexualité masculine, il est dommage d'occulter totalement l'homosexualité féminine dans les exemples et théorisations.
De plus, l'auteur semble avoir une nostalgie d'une vision de l'homosexualité, quasi romancée, dans laquelle il est préférable de vivre caché : glorification de la déviance, des lieux secrets etc. Le texte arrive a paraitre dépassé en ayant moins de 10 ans. Certes il y a une grande assimilation, droitisation ,rationalisation et embourgeoisement d'UNE PARTIE des homosexuels.
Mais quid des prides radicales ? des tiers-lieux? des associations engagées quotidiennement contre tout ce que l'auteur dénonce dans le roman ?
Il prône très souvent dans le bouquin un mode de vie alternatif, à la marge, à rebours du couple traditionnel mais sans jamais en donner des exemples, qui pourtant sont de plus en plus visibles dans les milieux LGBT (fluidité, polyamour etc.)
Bref, c'était décevant mais je suis ravi d'avoir pu confronter mes idées à la thèse de l'auteur.
Livre génialissime. Clair et précis. Permet de se saisir des limites du combat gay et des risques de l'intégrer au monde social cishétéro. Homonationalisme qui se définit aussi à travers le livre. Très important à lire selon moi pour repenser la lutte queer dans son ensemble et peut être requestionner les acquis sociaux qui ont leurs risques