Un homme reprend connaissance dans une ambulance. C’est un habitué de ce genre de voyage. Car le mal dont il souffre est chronique, sourd ; son épilepsie l’entraîne régulièrement dans de violentes chutes jusqu’à le mener à l’hôpital.
Ici, son horizon se limite à une simple chambre blanche. Il devient le Patient, endossant cette condition, celle des « allongés » : infantilisante, impudique, à la merci des gestes et des décisions des soignants qui l’entourent. À son chevet, infirmiers, médecins, aides-soignants s’affairent. Et Roman, son ami, reste près de lui. Chacun prend la parole. Mais dans ce lieu où l’on ne fait que passer, les rôles s’inversent. Une infirmière endosse celui d’une mère, un inconnu rencontré à l’espace fumeur devient un confident. Et au jeu de l’amour, il faut réinventer les règles.
Dans ce roman polyphonique, Jérôme Lambert excelle dans l’art des contrastes. Avec une dérision parfois tendre, parfois désespérée, Chambre simple met au jour des souffrances intimes et invente un univers de sensations fortes, subtiles et nouvelles, d’où s’échappe un parfum d’humanité.
Faut que tu imagines chaque être humain comme une mosaïque. Un truc fait de chair et de bouts de verre pilés. Maintenant, faut que tu imagines cette mosaïque exploser sans que tu t'y attendes. Forcément ça pète dans tous les sens, ça coupe, ça crisse. Tout est passé aux cribles, y'a des bouts de toi partout, qu'on va vouloir recoller, rafistoler, passer à la loupe, observer jusqu'à tout connaître de ce que Tu es. C'est bon, t'as imaginé? Parce que c'est exactement ce que ce roman m'a fait. A l'intérieur, le cœur comme un puzzle bouffé dans les coins, ça a été la fête à l'explosif.
"Chambre simple" est un roman, la cartographie d'un amour passé, une mélancolie, une rage sourde, un hommage aux soignants, une étreinte aux patients, un orchestre dans le silence des couloirs. Tout ça, dans un si petit nombre de pages, forcément ça prend la forme d'un coup de poing.
J'ai lu ce roman comme on marche du bout des orteils pour ne réveiller personne. J'ai joué au lecteur voyeur, je me suis promené dans les couloirs, j'ai poussé des portes, écouté des discussions.
Et j'ai pas envie de t'en dire plus. Parce que c'est une sortie de janvier, que j'ai envie de préserver ta surprise. En attendant, fais comme moi. Avant de te plonger dans celui-ci, relis "Tous les garçons et les filles" et "La mémoire neuve." Me demande pas pourquoi. Je crois que tu comprendras.
"Y'a pas de diplôme pour écouter les gens. Faut juste savoir où poser sa main." Ça, c'est à la page 20. J'te laisse imaginer l'ampleur émotionnelle du reste.