1815: au lendemain de la Restauration, le " monde " parisien se définit par rapport à la cour. Or peu à peu le rapport s'inverse et les élites non aristocratiques se voient reconnaître une place au premier rang de la société. Une nouvelle mondanité se met en place: tout en restant profondément imprégné de la forme aristocratique, le monde cesse d'être la " bonne compagnie " pour devenir le " Tout-Paris ". Une définition qui restera valable jusqu'à la Première Guerre mondiale et Proust.
Sous la monarchie de Juillet, l'espace mondain n'est plus la cour mais l'espace marqué par le luxe: les beaux quartiers, les théâtres, les ambassades. Le monde rassemble désormais les hommes politiques en vue, les grands banquiers, les écrivains, les artistes... Malgré les prétentions d'un Guizot à traiter les affaires dans les salons, le temps des affaires politiques se sépare du temps consacré à la mondanité, entraînant celle-ci du côté du divertissement, sur le Boulevard, dans les cafés. Les " mondains " paradent sur les champs de course ou aux bains de mer au gré des saisons. Et le monde s'attribue aussi une mission culturelle: le raffinement.
Anne Martin-Fugier, historienne, est l'auteur de La place des bonnes (1979) et La Bourgoise (1983).
Anne Martin-Fugier est une historienne et historienne de l'art française, helléniste, qui, après son doctorat en histoire des cultures, des savoirs et de l'innovation soutenu à l'EHESS en 1979, s'est notamment intéressée à la naissance de l'art contemporain au début du XIXe siècle. Elle soutient aussi le travail des artistes. Elle applique à l'art contemporain ses méthodes d'historienne du XIXe siècle.
Excellente étude en histoire de la société sur les salons, sous la restaration puis la Monarchie de juillet. Après des débuts un peu poussifs, où on apprend quand même comment, surtout à partir de Louis Philippe, on est passés d'un cloisonnement complet entre la cour et le reste des élites (intellectuelle, des affaires, du spectacle...) à un monde plus panaché, des personnes extérieures à la noblesse commençant à fréquenter la cour, et la noblesse s'ouvrant sur le reste du monde, après ces débuts, donc, on entre à proprement parler dans les salons eux-mêmes, avec leur ambiance, le style propre à chaque maîtresse de maison, les soirées mémorables, le théâtre au chateau, les artistes, la fine férocité des chroniqueurs mondains... Malgré quelques maladresses de construction (on présente un personnage après l'avoir fait apparaître plusieurs fois), tout cela est aussi délicieux qu'instructif. Comme le dit très bien l'auteur, pas question d'avoir une nostalgie politique mais du point de vue des modes de vie, quelle époque, quelle époque...