1994 : c'est l'année où tout bascule pour quatre jeunes lycéens d'El-Harrach. Le pays est à feu et à sang lorsque ces adolescents décident de former, avec leurs propres moyens, un groupe clandestin de lutte antiterroriste.
2004 : on retrouve deux d'entre eux, Amin et Sidali, dont les pères, Fares et Zoubir (général au sein des services spéciaux), ont eux aussi fait partie, pendant la guerre de Libération, d'un même réseau de résistance. Amin, interné à l'hôpital psychiatrique de Blida, est placé sous surveillance, Sidali, arrêté par les services. Dix ans après les premières actions du groupuscule, leur cas intéresse encore Aybak, le terrifiant ex-coéquipier de Zoubir...
Au fil du récit construit autour de ces deux dates clés, le lecteur se laisse happer par le rythme effréné d'une ville en proie à la violence fratricide, où les âmes les plus sombres côtoient les coeurs les plus innoncents.
Dans ce roman dense et puissant, à travers des personnages aussi emblématiques que complexes, Adlène Meddi raconte les deux guerres qui ont marqué le pays et qui imprègnent encore si intensément notre présent.
lu d'une traite c'était brillant !!! le type de bouquin qui marque pour longtemps, un des meilleurs lu for now sur la décennie noire. Très bon récit sur la dualité de l'époque, que ce soit les deux timeline, l'histoire nationale et individuelle, la révolution et la guerre contre les civils, le terrorisme religieux et la dictature bref j'ai adoré, bravo
Comment parler d'une guerre qui n'était pas censée avoir lieu ? Comment parler d'une guerre qu'on ne nomme qu'avec une couleur, ou des frères tuent leurs frères parce qu'ils en ont marre que leurs frères les tuent ? Une guerre qui tue l'âge et la jeunesse à coup de cadavres qui s'entassent ? Comment parler d'une guerre sale, dégueulasse, qui pue le sang, la pisse et la merde, où nous sommes les moutons et nous sommes les bouchers ? C'est le défi relevé par Adlène Meddi dans 1994 par une plume sublime et un texte qui se construit telle une pyramide, où on tient son souffle telle une ascension vers la vérité. Les vérités. Car chacun avait la sienne. Dans chaque camp, dans chaque quartier, à chaque coup de feu. Y compris celui qui scella à jamais le destin de 2 jeunes lycéens (Amin et Sidali), héritiers de leurs pères (Zoubir et Farès), combattants héroïques de la grande guerre de la révolution. À coup de dates clés (1962, 1994 et 2004), nous suivons l'acheminement de la violence, de la haine, du meurtre, des cris, de la nuit vers la grande nuit qui éteint tous les jours qui suit et tous ceux qui ont précédé. Avec une précision unique et un sens remarquable du sublime, Adlène Meddi nous emmène au fin fond du tourbillon d'horreur qui mit Alger à feu et à sang pour ses années les plus sombres.
Ce fut un des meilleurs roman sur la Décennie noire et meilleur roman algérien d’espionnage (genre tabou) pour moi. 1994 creuse les cendres de la longue Nuit -métaphore très resplendissante dans le livre- pour nous livrer un goût historique exceptionnel. C'est l'histoire de quatre lycéens en phase terminale, témoins de l'anéantissement d'une jeunesse et d'une patrie.
Personnages principaux (contient spoils) : Zoubir Sellami : Colonel au DCE (Direction de Contre-Espionnage), un des acteurs chargés de coordonner l'action du DRS. Personnage très réussi, aussi par la terreur qu'il souffle que par son dévouement professionnel et familial. Amin Sellami : Fils de Zoubir, lycéen, amoureux de Kahina, il perd ses repères et son groupe en participant à la guerre. Sidali : meilleurs ami d'Amin, constituant avec Nawfel et Farouk le groupe d'amis lycéens, il sera contraint à l'exil après sa participation au meurtre. Farès : Père de Sidali et compagnon de Zoubir pendant la guerre de libération. Il choisit la vie civile après l'indépendance.
Points forts : * La documentation très précise : cartographie, organisation militaire, équipements.. qui offre au roman une visualisation magnifique. * La description très poétique de la cruauté de la guerre. * L'injection de l'oralité dialectale très crue parfois, bande sonore réaliste de la violence.
Points faibles : * 2004 : Bien qu'on regarde à travers cette période le devenir des personnages, leur réponse -future-face à la violence (folie, exil...) c'est une période lourde qu'il fallait pas mettre au début de roman, elle entrave le lecteur de se mettre directement dans le bain. Houda, la psychologue d'Amin, est un personnage que je trouve inutile et sans actes clairs ou positifs, elle sert peu à la métaphore du peuple concordé qui essaie de fouiller sa mémoire sous une pression, et qu'on lui vole les enregistrements. * Les détails opérationnels au sein des services de sécurités, ils sont à mieux serrer. L'idée même des innombrables réseaux clandestins pourraient faire perdre le fil au lecteur. * La motivation de meurtre que commets Amin, sa première participation à la guerre (à cause d'une histoire d'amour d'ado mal finie). Pour son ami Sidali c'est plus clair, il voit un cousin très cher se faire assassiner .
Le début du roman nous entraine dans la décennie, la guerre civile de l'Algérie qui a généré plusieurs victimes, familles, enfants, parents, jeunes, étudiants et militants. Ce roman présente pour moi plusieurs distinctions par rapport aux autres que j’ai lus, tant dans son contenu, que dans sa forme.
De prime abord, l’histoire du roman commence dans un cimetière où le jeune officier Amine enterre son père « Zoubir » un puissant de service de renseignements national qui avait mené la lutte antiterroriste, l’auteur nous donne une description poétique sur ce cimetière d’El-Alia, qui regorge de défunt·es, on ressent à travers ce portrait que l’auteur nous reflète, un prélude d’une histoire tachée du sang, et pleine de déboires, une histoire qui ressemble ou qui était notre passé.
Puis, quand on avance un peu notre lecture, on se retrouve dans les bribes du passé d’un jeune interné dans un hôpital psychiatrique, ce jeune homme est cet officier Amine, qui nous parle de sa jeunesse ratée, qui essaie de nous mener vers sa trajectoire qu’il a tracée, vers les raisons de ses maux, vers ses moments au lycée avec ses amis, et ses souvenirs avec sa bien-aimée « Kahina » on constate souvent une question redondante dans ce roman : comment un jeune innocent qui vient encore à la vie, pourrait se confronter à une guerre qui n’a pas des adverses, une guerre d’un peuple contre lui-même ? Affronter et assumer la responsabilité ? s’exiler ? ou perdre la raison ?
Tout compte fait, ce roman finit dans un cimetière, l’on voyant cette répétition de scène on pourrait en tirer qu’on n’a pas pu faire le deuil à notre passé douloureux.
P.S : À titre d'infos, l'auteur Adlène Meddi né le 16 août 1975 à El Harrach, banlieue Est d'Alger, est un journaliste, reporter et écrivain algérien d'expression française. Il est depuis 2009, le rédacteur en chef de l'hebdomadaire El Watan weekend1. Il est aussi collaborateur au magazine Le Point et au journal en ligne Middle East Eye (en), son roman 1994 reçoit le prix Transfuge 2018 du meilleur polar francophone7.
A l'opposée de ce que la promotion qui a accompagné la parution du roman a avancé, 1994 n'est pas un roman qui traite la décennie noire en Algérie, mais c'est un récit dont les événements ont eu lieu lors de cette période tragique pour tout un pays.