Durant plus d'un siècle et demi, l'empire colonial français fut un espace de contacts entre les religions du Bassin méditerranéen. Comment instaurer la coexistence ? Comment réguler, dans un cadre français, les relations entre islam, confréries musulmanes, chrétiens et juifs ? Ces interrogations furent le souci quotidien de générations d'officiers et d'administrateurs, sous la houlette des gouvernements successifs. Cet ouvrage retrace l'histoire des pratiques mises en oeuvre dans le coeur battant de l'empire colonial, ses terres « arabes » et « arabo-berbères ». Il raconte la découverte de l'islam au début du xixe siècle, les aléas de la protection des chrétiens d'Orient, la relation au judaïsme, les missions et la politique du « royaume arabe ». Il analyse la manière dont la République « laïque » a piloté les religions et les réactions suscitées en Afrique du Nord, notamment la montée du salafisme à l'aube de la décolonisation. Souvent ignoré, l'héritage colonial pèse sur notre présent. En saisir les complexités ne peut qu'aider à affronter les problèmes de notre temps, en particulier la question religieuse, qu'on croyait à tort apaisée. À cet égard, ce livre est une contribution essentielle.
Historien français spécialiste des sociétés maghrébines
Né en 1966 à Verdun, normalien et agrégé d’histoire, Pierre Vermeren a enseigné pendant six ans au Lycée Descartes de Rabat (Maroc). Sa thèse portant sur la formation des élites maghrébines a été distinguée par le prix Le Monde de la recherche universitaire 2001. Il a également vécu en Égypte et en Tunisie, ses travaux de recherches portent sur le Maghreb contemporain. Pierre Vermeren est aujourd'hui maître de conférences en histoire du Maghreb contemporain à l'Université de Paris I Panthéon-Sorbonne, et membre du Laboratoire CEMAF (Centre d'études des mondes africains).