" A qui veut définir Jean Amrouche, je demande que l'on retienne cette double religion, celle du langage et celle du mythe ou réalité de deux faces. Et cette religion s'appelle poésie ", écrivait naguère Aimé Césaire. Plus que dans Cendres, son premier recueil, Amrouche a, en effet, dévoilé dans Etoile secrète une aspiration religieuse d'une singulière finalité. Il s'agirait, pour lui, de renouer avec " des Maîtres Mots, un langage primordial ", afin de se délivrer de son démon. Afin de renaître à l'innocence première. Le langage est ainsi envisagé comme une sorte de thérapie de l'âme et, plus encore, comme un intercesseur entre l'homme et les puissances surnaturelles, et Dieu. Cette aspiration donne à l'art poétique d'Amrouche une tonalité qui le rapproche des Psaumes.
au poete , au prophète , notre Maître en vie spirtuelle , et , par lui , à tous ceux qui nous ont donné d'entrevoir la grandeur du destin de l'homme , en hommage d'admiration et de gratitude .
Je suis figure de mystère et de sanglante destruction. Je suis absent á moi-même et je serai jugé comme si j'étais présent.
Me voici rempli de présence, me voici l'épouse du vent, me voici forêt chuchotante, me voici répandu sur la mer. Toutes les saveurs de la terre s'éxaltent dans ma bouche sèche, toutes les sèves de la terre montent en moi comme un printemps..
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J'ai respiré la chair du monde et le monde dansait en moi, j'étais à l'unisson de la sève, à l'unisson des eaux courantes, de la respiration de la mer. J'étais plein de rêves des plantes, des collines ensommeillées comme des femmes après l'amour. Mais j'ai perdu l'esprit d'enfance, l'accord parfait aux Rythmes Saints. Ma bouche s'est emplie de l'âcre saveur de la connaissance et la musique du monde qui ruisselait au printemps de l'enfance peu à peu s'est évanouie dans le pas solitaire du sang. Entre les choses solitaires où flotte un souvenir de lumière s'est épaissie la nuit de l' homme..