Une jeune adolescente, née obèse, mange, grossit et s'isole. Sa mère s'enfuit, horrifiée par son enfant. Ses camarades de classe la photographient sans répit pour nourrir le grand Œil d'internet. Son père, convaincu qu'elle aurait dévoré in utero sa jumelle, cuisine des heures durant pour nourrir ses princesses. Seule, effrayée par ce corps monstrueux, elle tente de comprendre qui elle est vraiment. Quand elle rencontre par accident l'amour et fait l'experience d'autres plaisirs de la chair, elle semble enfin être en mesure de s'accepter. Mais le calvaire a-t-il une fin pour les êtres différents ?
Conte de la dévoration et roman de l’excès, Manger l'autre est une allégorie de notre société avide de consommer, obsédée par le culte de la minceur et de l'image conforme.
Avec force, virtuosité, et humour, Ananda Devi brise le tabou du corps et expose au grand jour les affres d'un personnage qui reflète en miroir notre monde violemment intrusif et absurdement consumériste.
Ananda Devi is a Mauritian writer. Her novel, Eve de ses décombres, won the Prix des cinq continents de la Francophonie in 2006, as well as several other prizes. It was adapted for the cinema by Sharvan Anenden and Harrikrisna Anenden. In 2007, Devi received the Certificat d'Honneur Maurice Cagnon du Conseil International d'Études Francophones.[1] She has since won other literary prizes, including the Prix du Rayonnement de la langue et de la littérature française of the Académie française. During 2010 she was bestowed with Chevalier des Arts et des Lettres by the French Government.
With an ending worthy of a New French Extremism film (I’m looking at you, Marina de Van, especially Dans ma peau), the novel is clearly designed to shock and awe. While it certainly sent a shiver or two down my spine, it also put me in a reflective mood. I found myself wondering what kinds of signifiers we use to talk about embodied power relations and socio-political phenomena in our academic work and in art—and what sort of cultural labour those signifiers perform.
When we use an (extremely) fat body as a signifier for something other than itself, what does that practice reflect back onto such a body? Do we not, in some sense, misuse it? And with that misuse, do we not also violate it? I feel a similar unease when animals, plants, and other more-than-human or non-human entities are deployed as metaphors, symbols, or any other kind of linguistic material. What I’m trying to get at here goes far beyond the human body and its (often rather petty) identity claims.
I suppose I must have liked the novel quite a lot, given that it prompted all of this—so I can’t help but recommend it.
Haunting story of a morbidly obese teenage girl who is both defined and trapped by her weight. She was born a 22 pound baby. Her mother left, her father believes that she absorbed her twin in the womb and that she eats for two; he refers to her as “my girls.”
This was dark dark dark, but so well done. Recommended.
3,5/5. Un livre très perturbant, qui secoue, qui interroge. Une fin horrible mais incroyablement forte. C'est quelque chose d'attaquer l'année avec un tel récit !
On dit que l’anorexie est la faim du père. La boulimie serait-elle la faim de la mère ?
La jeune fille qui est l’héroïne de ce roman, et qui n’a pas de prénom (tiens ?), est née obèse. Songez, un poupon de 10 kilos… Sa mère américaine au physique de star les quitte vite, elle et son père.
Son père qui est persuadé qu’elles sont deux, qui fait à manger pour deux, qui leur parle au pluriel.
La jeune fille nous décrit les humiliations verbales qu’elle subit, les regards blessants et vengeurs des professeurs, les photos volées et postées.
Puis un jour, elle ne peut plus quitter son lit et sa chambre.
L’auteure nous décrit cette irrépressible faim que rien ne rassasie dans notre société basée sur l’image et le contrôle (de soi, de son corps).
J’ai aimé suivre cette jeune fille à l’obésité morbide, ses réflexions sur ceux qui l’entoure, y compris son pauvre père. Car si son corps n’est pas dans la norme, son cerveau, lui aussi, sait s’affranchir de la norme. Mais que veut-elle, au juste ?
J’ai aimé que la jeune femme rencontre l’amour sous le regard bienveillant de son père.
Même si la fin m’a horrifiée, il ne pouvait y en avoir d’autre.
Une lecture qui m’a poursuivi une fois le livre refermé.
Un roman qui interroge sans discriminer, ce que j’apprécie toujours.
L’image que je retiendrai :
Celle du rouleau de tissu que réserve pour elle la couturière pour pouvoir la vêtir.
Quelques citations :
« Les individus des autres espèces se sacrifient pour la survie du plus grand nombre ; nous, nous ferons tout pour survivre, au prix du plus grand nombre. » (p.32)
« A la conversation que toutes les mères doivent un jour avoir avec leur fille adolescente : tu dois apprendre à aimer ton corps » (p.79)
« … comment ni les parents ni l’école n’ont su inculquer des principes fondamentaux à cette génération d’exhibitionnistes. (…) Ce que l’on appelle les phénomènes viraux sont nos nouvelles divinités : ils savent capter nos passions éphémères. » (p.138)
« L’image ne pardonne pas. » (p.141)
« Pauvre père. Il ne mesure pas l’étendue du monde virtuel. On ne peut pas en sortir. Il est éternel. Il est partout. infini. Il n’y a pas d’outil possible puisqu’il est hors du temps et de l’espace. Nous avons inventé l’enfer. » (p.144)
« Dès que les commentaires publics ont été autorisés, le monde s’est lâché. Le pire est remonté à la surface comme une écume nauséabonde. Pourquoi n’est-ce pas le meilleur de nous qui en est ressorti ?Les voix bienveillantes, les voix mesurées, les voix raisonnables ? Elles ont été étouffées par les autres. Ce qu’on entend, c’est la cacophonie de notre époque, celle de nos âmes, celle de nos consciences. » (p.153)
This was genius. Disgusting and horrifying. Gross in the best way I can say this. The book's a great psycological body horror like representation of such a huge hate towards different complexions that can't fit "perfectly" inside what others see good. Dilemas with food and a perfect fucked up plot.
(Thanks to the publisher and NetGalley for the e-ARC.)
Such a unique, genius, hilarious and interesting book about the double standards of women’s bodies, excessive consumption, and beauty. This was relatable on so many levels. The way it’s written is so poetically beautiful and the narrator is absolutely fascinating. At times I gasped, others I laughed, and others I shook my head in agreement. I’ve never read a book quite like this one but I am SO GLAD I did. I received an advance review copy for free, and I am leaving this review voluntarily.
Un récit perturbant tellement il est criant de vérité et d'émotions sincères. Tour à tour, je me suis demandé si l'autrice avait soit : - vécu elle-même le harcèlement scolaire - vécu elle-même l'obésité - été grossophobe ou harceleuse - détesté devenir mère Car ici la barrière entre la fiction et la réalité est assez infime, quiconque ayant malheureusement expérimenté le mauvais regard des autres ainsi que le sien propre pourra considérer ce roman comme un témoignage plutôt qu'une fiction.
Une expérience littéraire presque nécessaire à lire, qu'on soit dans un "camp" ou dans l'autre qui apportera autant de réconfort que de malaise.
Tout le vocabulaire de l'obésité, de la démesure et de l'orgie s'empare de ce court roman. C'est puissant et souvent, dérangeant. Une histoire très contemporaine qui choque et bouleverse, mais qui remet aussi en question notre humanité.
J'étais donc persuadée de tomber dans le mille avec cette lecture mais dès les premières pages, la noirceur que dégage ce livre m'a glacé le sang. du début à la fin, nous nous retrouvons face à de l'autoflagellation. le personnage principal ne se fait que des reproches et encore des reproches, sur son corps, sa personnalité, la vie… C'en est à devenir dépressif… ! C'est certainement voulu par l'auteur mais je pense qu'un peu de positif aurait fait du bien à ce roman. Le harcèlement scolaire, la haine sur les réseaux sociaux sont bien traités, on ressent très bien son désarroi face au harcèlement qu'elle subit au quotidien. Mais cela développe en elle une haine inconsidérée sur les personnes de corpulence « normale ». Les jugements corporels m'ont énormément dérangés, qu'une personne soit maigre ou ronde, les jugements ne sont pas les bienvenus, cela va dans les deux sens… Le seul point positif est le style d'écriture de l'auteur, je l'ai trouvé très bien écrit, certains paragraphes sont très beaux. Mais encore une fois, le côté glacial est perturbant. Je n'avais qu'une seule envie : fermer ce livre avant de finir complètement déprimée… ! Pour résumé, ce n'est pas un livre que je vous recommanderai… les différents messages que cherche à faire passer l'auteur sont très bons mais cela n'a pas du tout fonctionné sur moi, bien au contraire, cette lecture m'a agacée…
Honestly, this is one of the grossest and rawest books I've ever read — in a good way. The discomfort I've felt during all of it stayed with me for a while after finishing it.
It's not just that the story is gruesome and psychologically heavy, it's also Devi's writing. She masterfully delves into the psyche of this teenage girl whose body is the centre of everything, while also tackling other societal issues besides the morbose interest of people for others' bodies and the constant need to judge the body. Moreover, the prose is wonderfully poetic and grotesque at the same time, making the story and the description both appealing and appalling, like when you're watching something horrid and yet you can't look away.
The introduction of René twists the story in an unexpected way, making it darker and lighter at the same time - but light, I mean it brings a small light to the life of this young woman. And yet, the final twist reverses it back to even darker shades.
My rating isn't higher mainly because I think that some part to be a bit repetitive, thus I lost a bit of interest at times. Still, this was a great read!
Thanks to the author, the publisher and NetGalley for the ARC!
À la naissance, elle pèse déjà 10 monstrueux kilos, ce qui fait fuir sa mère. Elle est donc élevée par son père, excellent cuisinier, aux p'tits soins de son appétit gargantuesque et qui l'appelle "mes chéries", excusant son obésité par le fait qu'elle ait mangé, in-utéro, sa jumelle. Son enfance est marquée par le rejet, les rires moqueurs et les quolibets des enfants de son âge auxquels la société a déjà inculqué le culte de la minceur et qui la surnomment "la Couenne". Mais elle ne peut que céder à cette faim débridée et à 16 ans, l'adolescente aux bourrelets himalayesques ne quitte plus sa chambre, gavée par ce père bourreau dans tout son dévouement à la rassasier. Elle y découvre pourtant l'amour dans toute son abondante sensualité. C'est une fable dont les mots sont tout aussi savoureux que les mets que cette ogresse truculente ingurgite. Je l'ai dévoré ce petit livre qui condamne la tyrannie des hommes quand elle s'aiguise, sans modération, contre l'autre. Il est aussi question de cyber-harcèlement. C'est un miroir qui nous est tendu, à peine déformant et ça fait mal!
Note: 3.5 Une belle réflexion sur la grossophobie ! Un livre bouleversant sur le regard cruel de la société sur les personnes en surpoids et obèses. C'est le récit d'une personne qui naît en surpoids, dont la mère fuit pour ne pas faire face à cela et dont le père rationalise la situation en prétendant qu'elle a mangé sa sœur jumelle dans le ventre de la mère et s'adresse ainsi à elle au pluriel tout en la nourrissant pour deux. Ceci ne fait qu'aggraver sa situation en la laissant perplexe de l'amour absolue que son père tend à lui donner. Histoire glaçante mais écrit dans un style ludique qui arrive à décrire crûment le ressenti de cette personne. Cependant, alors que le livre semble être une dénonciation de la grossophobie, de l'obsession pour la minceur et du cyber harcèlement, il y a par moment un malaise du choix des mots et des expressions qui semble desservir la cause initiale.
TW trouble du comportement alimentaire, cyber-harcèlement, suicide, schizophrénie.
Lecture très poignante, assez horrifiante parfois. Je l’ai lu rapidement et de manière fluide. J’ai ressenti un paradoxe entre compassion et malaise par rapport au personnage principal, émotions qui ont suscitées de l’intérêt chez moi. Cependant, le vocabulaire autour de la grosseur est très imagé, et bien que je pense que ce soit voulu, il y a une exagération qui tend vers des propos grossophobes. Je crois que le but était justement d’interpeller. Le sujet de la maladie mentale chez le père est également abordé, bien que je l’ai trouvé trop superficiellement pris en compte.
Cette lecture me reste en tête, comme une macération.
This entire review has been hidden because of spoilers.
i think this just wasn't really for me. while there were parts i found interesting like the family dynamic and the myth of the twin sister, overall i just didn't vibe with this. the connection between the protagonists body and the ever-expanding consumption and demands of capitalism/modern life often felt forced and overall just not really compelling. often, the parts about the internet and even the thoughts of the protagonist felt like an adult had written them rather than thought up by a 16 yr old.
the ending (like the last 5 pages) were so interesting though!!! wish that had come sooner or was developed more!
Je ne sais pas quoi penser de ce roman. C'est très bien écrit, mais il me semble assez contradictoire d'à la fois dénoncer le culte de la minceur et de montrer l'obésité comme une forme de monstruosité. Et cet "amour" que l'héroïne vit avec René n'est jamais remis en question, alors que la rencontre et la différence d'âge sont franchement glauques. Ce n'est pas parce qu'un livre est choquant qu'il est profond.
Ce livre se lit comme un conte satirique sur la vie moderne; l'oeil tout puissant ou l'oracle qui nous surveille en permanence. Tres beau livre mais qui fait réfléchire.
The writing in this was DELECTABLE, and I was always hungry for more. It was evocative in a way that truly made me feel absorbed in the character's thoughts and feelings.
The story itself was very fascinating and disturbing, and so utterly thought-provoking. I read this a while ago, and this book still comes to mind when I think about overconsumption and obesity. A theme that really stood out to me was the relationship between self and the body - how much of who we are as people is linked to our physical bodies?
I'm glad I read this :)
A big thank you to the publishers for my NetGalley copy!
Près d'un mois après avoir tenté sans succès de me frayer un chemin dans cette jungle de soliloques verbeux, je repose avec gratitude ce roman vorace. Moults sentiments se sont succédés, ont pris en otage mon esprit et mon âme tour à tour: l'intérêt sincère pour cette adolescente de 16 ans dont l'égo excessif la catapulte au rang de Messie inavoué des martyrs modernes, la montée persistante d'indigestion face cette flopée laborieuse d'invectives et d'agressions toutes plus horrifiques les unes que les autres à l'égard de l'héroïne et de nous autres spectateurs, la doucereuse poussée d'intolérance face à ce récit qui s'enlise dans ses propres diatribes à mesure que l'héroïne et le rythme s'immobilisent inévitablement, et enfin la franche terreur lors de l'excipit, face à la renaissance monstrueuse de la protagoniste. Si je suis étonnement appréciative du refus continu et effronté de l'autrice d'abaisser son héroïne au misérabilisme commun, je suis ostensiblement rebutée par ce déferlement de sermons moralisateurs, frénétiques et grandiloquents autour de la grossophobie, du rejet maternel, des violences morales silencieusement infligées aux femmes afin de les plier à des standards esthétiques obscurs et vils, enjeux qui ne manquent pas de "constiper" l'esprit déjà embrumé et comateux des lecteurs. Et même si là n'est pas la responsabilité de l'autre, je crains que ce type de réquisitoire fantaisiste mettant en scène des personnes obèses ne rende pas service à celles-ci, mais participe activement à leur fétichisation et à leur ostracisation.
this is unlike anything i’ve read before. from the first pages, its concept is startling and unsettling in a way that feels both daring and necessary.
the prose lives right on the edge of poetry: beautiful, sharp, and unflinching. Devi writes pain with such precision. this novel is filled with contradictions, tenderness and cruelty, desire and disgust, love and destruction, and those tensions are exactly what make it so powerful.
nearly every character inspired conflicting emotions in me. there were moments when i wanted to drag them out of the pages and lecture them, to shake them for their complicity and cruelty. but that discomfort is part of the book’s honesty. the humiliation, obsession, and casual violence inflicted on the protagonist feel horrifyingly real, and Devi never softens them for the reader’s comfort.
what surprised me most was how much i enjoyed the experience, if that’s even the right word. this is not a comforting novel, but it is a thrilling one in its boldness and originality, its confrontation with bodily autonomy and societal hypocrisy, and its refusal to offer easy moral relief all contribute to something deeply memorable.
it was a rare, electric reading experience that challenged me, unsettled me, and lingered long after i finished. it’s a special book, one i can imagine returning to, not for comfort, but for its fierce clarity and fearless voice.
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i think i'll always read books talking about the beauty standards of women
L'objectif est de choquer et de faire parler. De pousser un point de vue à l'outrance : celui de présenter l'obèse en inadéquation avec le monde, rejeté par la société et ces acteurs.
On est plongé dans l'esprit d'un personnage physiquement et mentalement malade et l'on suit l'évolution de sa pensée. De ce point de vue c'est très réussi. Cependant, le lyrisme omniprésent n'est peut être pas le style le plus adapté pour traiter de ces sujets. Et on se retrouve souvent à poser le livre de vertige provoqués par les envols de l'auteur.
Bien que le sujet du roman mérite qu'on le développe, il y a de nombreuses prémisses qui désservent le message sous-jacent, pourtant assez simple : la société se ligue contre les personnes en surpoids. On a du mal à ressentir de l'empathie pour le narrateur qui se complait parfois un peu trop dans un état de maladie avancée dont elle n'est que trop consciente. On se retrouve presque avec des excuses et diversions parodiques des obèses de comédie qui ont "l'ossature lourde" et aucun début de volonté d'agir sur eux-même. Cela pourrait aller si l'entièreté du roman n'était pas un mélange d'apitoyement et de rancune.
Moralement, ce livre développe un point de vue ambigu, et nous avons presque l'apologie de la gourmandise extrême et morbide... Une gourmandise qui ressemble plutôt au péché capital, telle qu'on peut la retrouver dans Seven.