« J'ai perdu la vue à Jérusalem. Ça n'a rien à voir avec Dieu, je n'y crois pas. Mais c'est arrivé là-bas, comme ça, d'un coup. Et je n'ai pu m'empêcher d'y chercher un sens ». Condamnée « au noir jusqu'à la fin de ses jours », Marceline Loridan-Ivens regarde en elle, se souvient et se livre. Avec son amie et complice d'écriture Judith Perrignon, elle ouvre sa « valise d'amour » - où, depuis 1946, à son retour des camps, Marceline range, cache, oublie des mots passionnés, des petits papiers tendres, des pensées pour un homme, des lettres douloureuses, des dessins... Une vie d'amour et de sentiments, tandis que le passé ne se laisse jamais enfouir. Peut-on aimer, désirer et jouir après les camps ? Ou reste-t-on à jamais la « fille de Birkenau » ? Au fil des pages, merveilleusement libres, sensuelles et âpres, on plonge dans le Paris d'après-guerre, où les femmes se cherchent une liberté de corps et d'esprit. On découvre un mari, Francis, aimé puis delaissé aux anciennes colonies ; des amants joyeux, en colère, pleins d'espoir, tel Georges Pérec, dont le portrait trône chez Marceline ; des hommes de passage ; le plus cher et le plus tendre des amis, Jean-Pierre ; et bien sûr le grand documentariste Joris Ivens, qui partagea trente ans de sa vie, rue des Saints-Pères.
Marceline Loridan-Ivens was a writer and film director who was married to Joris Ivens. Her memoir But You Did Not Come Back details her time in Auschwitz-Birkenau.
Adorei este livro de Marceline Loridan-Ivens. Escrito em colaboração com Judith Perrignon, nele evoca a sua deportação, aos 15 anos, para campos de concentração (1944) e narra a sua vida como sobrevivente. Foi-lhe muito difícil aceitar que era uma das que tinha ficado para contar a sua história. Marceline é uma mulher de garra, forte, atenta ao seu tempo, lega-nos um testemunho intenso quer na escrita quer no cinema como realizadora, primeiro ao lado do seu segundo marido, o realizador Joris Ivens, depois em nome pessoal (La petite Prairie aux Bouleaux, 2003). Neste pequeno livro, a autora com oitenta e nove anos, através de cartas de amor, bilhetes, apontamentos, recordações que vai tirando de uma mala que manteve fechada durante 50 anos, conta-nos a sua vida, apresenta-nos os seus amigos, os seus amantes, fala-nos dos filmes que realizou e produziu, dos livros que leu, … mas o que é verdadeiramente marcante é a forma como nos descreve a sua lenta reconstrução, a difícil aceitação do seu corpo seco, murcho (“je suis asséchée”) e afectado pela violência e pela nudez vividas e presenciadas nos campos, mas também a descoberta do amor e do verdadeiro prazer. Gosto do seu estilo frontal, sem pudor, livre, irónico. Só uma mulher de espírito aberto que integrou e marcou uma geração, em Paris, ousaria viver como ela o fez. Namorou muitos, muitos mesmo, (e nunca o escondeu), mas não foi feliz até um certo dia. Viveu sem medo, numa interrogação constante, sem se preocupar com a opinião dos outros. Para ela o amor, era não fazer o outro sofrer, era viver o dia-a-dia, aproveitar as ocasiões. Quando uma amiga, também sobrevivente, lhe telefona e pergunta o que está a fazer? Marceline responde: trabalho sobre o amor (“je travaille sur l’amour”) (p. 144), o amor após [campos de concentração]. É um livro emocionante e perturbador. Que recomendo! Falta-me ler o anterior, Et tu n’es pas revenu, dedicado ao pai que não regressou.
Au fil de ses livres, Marceline Lotidan-Ivens dévoile sa vie sous plusieurs aspects et c'est vraiment passionnant. Non seulement le témoignage de son expérience des camps est essentielle mais tout ce qu'elle a vécu après vaut largement le détour vu le nombre de personnalités artistiques et politiques qu'elle a rencontrées. Je trouve que ses textes justifient le texte autobiographique qui permettent non seulement de découvrir une personnalité mais également de percevoir une époque où une société révolue.
Je dois admettre que j'étais dubitatif en lisant le résumé sur "l'utilité" d'un tel ouvrage mais son témoignage au sujet des personnes qu'elle a aimées est bien plus que cela. C'est le témoignage d'une génération et d'une époque qui a construit celle de nos parents puis la nôtre mais qui en même temps s'éloigne de plus en plus de nous. Voir les noms de Simone Veil ou Georges Perec éveille à la fois un émerveillement et une sorte de tristesse nostalgique d'une époque (peut-être un peu fantasmée de ma part j'en conviens) où l'on partait du pire et on essayait maladroitement de construire une société meilleure plutôt que de se renfermer dans un conservatisme rassurant.
Marceline Loridan-Ivens évoque dans ce livre une thématique peu abordée sur l'après, sur le retour au quotidien après avoir survécu aux camps de concentration, sur l'amour et la sensualité. Loin du happy end que l'on souhaiterait tous face à l'insoutenable, elle évoque cette impression de connaître un "rabe" de vie dans ce corps voué à être détruit, mais qui vit, est désiré, aimé. Cette vie qui s'inscrit dans notre histoire française (sa liberté annonciatrice de Mai 68, son engagement lors de la guerre d'Algérie, ...) et qui reste hors du temps pour celle dont le compteur "s'est arrêté à 15 ans" (au moment de sa déportation) est saisissante et pousse la lectrice de 20 ans et quelques années, la lectrice qui a grandi dans une société la laissant apparemment libre à se poser beaucoup de question sur la représentation que l'on se fait des relations humaines... La figure de Marceline Loridan-Ivens m'a dans tous les cas marquée.
J’ai lu ce livre juste après celui de Ginette Kolinka dans lequel elle mentionne la rousse pleine de vie appelée Marceline, ce qui m’a rendu curieuse d’en savoir plus. Qu’est ce que ça m’a laissé comme goût? Beaucoup de mélancolie dans ce récit. Au début, je n’ai pas été touchée par l’histoire car pourquoi ça m’intéresserait les histoires d’un coup d’un soir de cette dame inconnue à mes yeux. Mais au fur et à mesure, je m’y suis fortement attachée à son style d’écriture très engageant. Chaque sentiment ou souvenir sont brillamment exprimés par l’auteure, ce qui m’a permis de lire ce livre sans même me rendre compte du temps passé. J’ai bien aimé sa fraîcheur, son indépendance d’esprit et son désir explosif de liberté. C’est une femme courageuse et franche, avec la même envie de vivre à 89 ans qu’à 20. Prochaine lecture: « et tu n’es pas revenu »
J’ai beaucoup aimé lire ce livre. Comprendre l’amour comme une évidence, un parcours de vie. Et ponce non sans forcément comprendre le chemin que peux parcours ces personnes au destin unique et tragique! Une image m’a beaucoup touché! Elle reproche à un ami d’avoir voulu être incinéré après l’horreur des camp de concentration... il y a des choses auxquels on ne pense pas. Des évidences qui ne le sont que pour ceux qui l’ont vécu!
Quelle énergie se dégage de ce récit! alors même que Marceline est quasiment aveugle à près de 90 ans et qu'elle ne sort plus de chez elle. Sa voix résonne comme un guide dans la nuit, et je regrette de ne pas pouvoir rencontrer cette femme puissante qui est morte l'année dernière.
Livre remarquable, une ode à la vie, et un exemple de survie (au régime Nazi et aux camps de concentration). Comment aimer à nouveau avec un corps nié dans les camps. MLI est décédée depuis que j'ai fini ce livre et son message est un message de vie, d'énergie, d'espoir.