Classique québécois, premier roman psychologie et un des premiers romans d'une femme francophone du Québec, Angéline de Montbrun est à la fois un roman épistolaire et un roman-journal, avec un bref interlude en narrateur omniscient pour faire la transition.
On y assiste d'abord à l'évolution des sentiments de Maurice Darville pour Angéline, section durant laquelle l'héroïne est passive, observée, discutée. La figure paternelle a une grande importance dans les propos de Maurice et de sa soeur Mina, avec qui il correspond.
Survient le drame, le décès du père, relaté en narrateur omniscient, et les impacts sur les trois protagonistes: Angéline, Maurice et Mina. Le coup sera très dur pour Angéline, qui dépérira jusqu'à devenir malade et la maladie lui ravira sa beauté, ce qui refroidira les ardeurs de Maurice - selon elle - malgré les propos de Maurice lui-même, qui tient toujours à elle.
Par la suite, les extraits de journal intime et quelques lettres d'Angéline nous raconterons son tourment, sa résistance aux tentatives de rapprochement de Maurice, sa recherche d'une paix intérieure.
Si la première partie est sympathique, bien écrite, même si un peu mièvre, les personnages du père et de Mina rachète la partie plus fleur bleue qui concerne Maurice et Angéline.
Par contre, suite au décès du père, l'enferment d'Angéline dans son propre malheur agace. J'ai eu de la difficulté à trouver de la sympathie pour cette jeune fille qui se lamente. Le ton du roman avait à l'époque été encensé pour ses réflexions religieuses et la progression d'Angéline vers le sacrifice de son amour terrestre pour des visées plus élevées. Avec le recul, pour une lectrice athée (ou simplement modérément religieuse), c'est lourd, ça relève presque de l'auto-martyre. Peut-être le format 'Journal intime' met-il trop l'accent sur les tourments intérieurs, sans jamais les contraster réellement avec une activité quotidienne qui nous ferait comprendre que la vie continue? Tout cela laisse une impression désagréable d’autoapitoiement, et on a juste le goût de lui dire 'suck it up', en bon français. Elle parle parfois de ces femmes qui ont des malheurs et continuent à s'acharner, les admire car elles n'ont 'pas le choix', mais elle? Il en ressort une enfant gâtée qui tombe un peu sur les nerfs.
Demeure que l'auteure a une belle plume et ses nombreuses citations - parfois un peu trop présentes - font montre d'une érudition évidente.
Mais bon, une chance que le tout n'était pas très long.