Tu es dans cette salle de classe, remplie de bruits, d’éclats - de rires et de lumières. Tu n’as pas envie d’être ici, non tu préférais être ailleurs, derrière la fenêtre, là dehors, peut-être sous cet arbre, et tu peux déjà sentir la mousse sous tes doigts et les côtes des feuilles qui se brisent sous ton poids. Des squelettes d’automne sous tes godasses. Soudain, plus rien n’existe, tu n’entends pas ton nom, tu n’entends pas les autres, tu es sous cet arbre, tu fais partie de la terre, le vent te chatouille l’oreille, te raconte des histoires - des secrets que tu gardes au creux des tempes. Tu l’as vécu, ce moment, n’est-ce pas? Cette fuite de la réalité, la fugue dans ta tête, le refus d’appartenir aux vivants. Tu ne l’as peut-être jamais formulé, mais il est là cet instant, dans chacune de tes absences, quand tu sembles regarder ailleurs, que tu es déjà parti.e. Le court texte de Conrad Aiken, contemporain de Freud et T.S. Eliot, te capture dans les impitoyables griffes de la folie, de la recherche de l’enfance, de cette envie, bouleversante et maladive, de préserver l’innocence. Toi qui a déjà voyagé loin, très loin dans ta tête, tu te prendras ce texte en plein dans l’estomac. Car sa poésie, la justesse de chacun de ses mots, la folle exactitude du style, ne fera que te renvoyer à cette question : si tu devais partir, le ferais-tu?