Excellent petit livre, clair, précis et synthétique sur les violences sexuelles. Noémie Renard déconstruit les stéréotypes courants : non, un "vrai viol" n'a pas nécessairement lieu de nuit, dans une ruelle sombre et étroite, par un inconnu armé d'un couteau ; non, la victime d'un viol n'a pas à se débattre et hurler pour être reconnue comme non-consentante ; non, le viol n'est pas le fait de "pulsions" masculines naturelles et non-maîtrisables.
C'est la dimension sociale du viol qui est ainsi mise en avant : le viol est un outil de domination. Ce que montrent en effet les nombreuses études mentionnées par l'autrice, c'est que les violences sexuelles traduisent un désir de pouvoir et une volonté de contrôle disciplinaire. En ce sens, elles sont facilitées par des inégalités structurelles de nature sociale et économique, auxquelles s'ajoutent des facteurs intersectionnels (race, handicap, âge, etc.) qui rendent femmes, enfants et personnes marginalisées plus vulnérables à la coercition masculine. Par exemple, la discrimination des femmes sur le marché du travail et l'écart de revenu entre hommes et femmes qui en résulte rendent ces dernières plus vulnérables à la coercition économique masculine (les hommes en situation de pouvoir peuvent exercer une pression sur des femmes dans le besoin pour obtenir des faveurs sexuelles).
C'est la raison pour laquelle s'attaquer à la culture du viol ne passe pas uniquement par un changement de paradigmes culturels, même si un tel changement (notamment par l'éducation des jeunes) est primordial, mais bien par une lutte contre toutes les formes d'inégalité. Comme le conclue avec justesse Noémie Renard, la lutte contre les violences sexuelles est en effet une lutte globale qui s'inscrit dans un ensemble de combats contre toute forme de domination et d'injustice.