Forme brève, mais moins abrupte que le haïku, le quatrain ne s'en tient pas au lapidaire, il sait donner du rythme à la pensée, à l'émotion, à la surprise, il sait initier un questionnement, amorcer une méditation, esquisser un chant. A la suite des poètes chinois des origines, mais aussi d'Omar Khayyam et d'Emily Dickinson, François Cheng atteste ici du pouvoir singulier de ce mode d'expression resserré, pourtant si peu enclos, si ouvert aux résonances, aux errances fertiles, voire à une manière salutaire d'envoûtement simple.
François Cheng is a French academician, writer, poet and calligrapher. He is the author of essays, novels, collections of poetry and books on art written in the French language, and the translator of some of the great French poets into Chinese.
Born in China and taking French citizenship in 1973, he was elected to the Académie française in 2002, and was the first person of Asian origin to be a member of the Academy. He was the winner of the 1998 Prix Femina for Le Dit de Tianyi ("The saying of Tianyi")
When Cheng arrived in France in 1948, on a study grant, he did not speak a word of the language. He subsequently adapted quickly and profoundly. In his speech to the Académie française, he explained, "I became a Frenchman in law, mind and heart more than thirty years ago [...] especially from that moment when I resolutely went over to the French language, making it the weapon, or the soul, of my creative work. This language, how can I say everything that I owe to it? It is so intimately bound up with the way I live and my inner life that it has proved to be the emblem of my destiny." It took many years before he became a novelist. His first works were on Chinese poetry and painting. Later he began to write works of poetry himself, before finally turning to the writing of novels.
Un recueil de quatrains, emprunté à la médiathèque du coin. Je suis content de cette habitude prise d'emporter un livre de poésie "pour tenter le coup" à chacun de mes passages.
C'est d'abord le format qui a orienté mon choix : les quatrains. C'est une forme assez brève pour exiger une grande efficacité dans l'expression, et assez longue pour autoriser des images qui dépassent la pure abstraction.
Ce qui m'a retenu de mettre un cinq : Certains jeux de mots un peu faciles, par endroits des images éculées, une euphonie tantôt absente tantôt futile, quelques quatrains empruntés.
Thèmes : L'espace, l'idée de la mort, la perte d'une forme d'infini, le plein et le vide, la réinvention de soi que permet le vide, le pouvoir de la parole, rencontres inespérées et révélation, l'apologie du véritable don.
Citations:
'Nous ne te suivrons pas jusqu'au bout, ô chemin ! Le soir nous tient auprès du feu couleur de vigne L'horizon des oiseaux migrateurs est trop loin, Vers l'ouest nous irons, où un lac a fait signe.'
'La vague revient, fidèle chienne, Lécher tes pieds de sa langue amère. Flairant soudain la peur millénaire, Longuement elle aboie dans tes veines.'
'Bâtir le royaume à mains nues Au fond de la nuit abyssale Sur les cailloux entrechoqués De l'habitable étincelle.'
'Au bout de l'automne, nous parviennent encore les échos de la grande cascade, Ravivant le sang, ravivant le chant, au creux de la roche fêlée.'
Survivre sans répit aux désirs, Porter la soif plus loin que l'oasis.
'Consens à la brisure, c'est là Que germera ton trop-plein De crève-cœur, que passera, Un jour, hors de l'attente, la brise.'
'Nous rions, nous trinquons. En nous défilent les blessés, Les meurtris; nous leur devons mémoire et vie. Car vivre, C'est savoir que tout instant de vie est rayon d'or Sur une mer de ténèbres, c'est savoir dire merci.'
'La mort qui rend tout unique est l'unique accès À la transformation. Face à elle, on laisse tout, Gardant seul ce que Dieu même ne peut remplacer : L'amour inachevé d'une âme singulière.'
'La nature, en nous, ouvre ses métamorphoses, Lys s'éveillant nuage, et dragon phénix. Monts et mers, vaste réserve inépuisable, Qu'englobe pourtant ce cœur nôtre, infime.'
J’ai bien aimé ce livre de François Cheng. Une poésie courte, contemplative, qui rappelle un peu le haiku. Sans avoir été renversé, certains passages m’ont touché, j’aimerais revisiter, relire, un jour, ici et là et cela m’a également donné le goût de poursuivre l’exploration de cet auteur. Un bon livre!
Malheureusement une déception : la forme (le quatrain) n'est peut-être pas pour moi, ou bien c'est la manière dont François Cheng l'utilise.
J'aime pourtant les formes courtes (haïkus par exemple) mais là j'avais presque toujours l'impression de rester sur ma faim : la chute m'apparaissait souvent plate (idée évoquée ou plus souvent vocabulaire choisi pour conclure trop commun, qui fait "retomber le soufflé") et la longueur des vers, souvent irrégulière sur le dernier, m'empêchait de trouver un souffle pour clore le poème. Le choix récurrent de rimes pauvres me perturbe également et rend la lecture à voix haute presque caricaturale. Enfin, les images utilisées et les thèmes abordés sont souvent beaux, mais sans rien de révolutionnaire.
Tout cela est très subjectif, que cela ne vous empêche pas d'aller découvrir ces poèmes !
Un recueil de quatrains au style clairement inspiré d'une poésie asiatique proche du haiku qui paraît des fois un peu trop envolée, symbolique ou même un peu des fois caricaturale à mon gout. Je ne suis pas certains de la pertinence de cette forme de poésie lié au registre qu'emploi l'auteur. Cela reste tout de même assez agréable à lire et quelques poèmes se distinguent.
Une de mes premières collections de poèmes. J’ai trouvé cet ouvrage superbe, certains poèmes m’ont plus touchés que d’autres , par exemple :
« Plaisir d'amour, comment le préserver sinon en aimant d'amour; Chagrin d'amour, comment le surmonter sinon en aimant l'Amour ? »
« Cherche l'éclair, celui qui frappe d'un coup de foudre, Ou qui ébranle jusqu'aux entrailles, d'une simple caresse. »
« Au bout du chemin aux herbes sauvages, Vide est la cabane qui cachait l'amour. Restent en nous d'anciens mots échangés; La vie ne cesse, elle, de tourner la page. »