Ce roman m'a donné du fil à retordre dans sa première partie. Je trouvais que l'auteur semblait déconstruire son récit volontairement certes, mais d'une manière malhabile. Car il ne suffit pas, me semble-t-il, de déconstruire un récit pour en faire de la littérature.
Contre toute attente, c'est au moment de la fuite dans «les îles» en bateau entre le protagoniste et Mamie, qui coïncide aussi avec l'arrivée de Mary que tout s'est mis en place, du moins, dans ma tête. Ces répétitions qui sont récurrentes dans le récit, au départ m'irritait. Or, elles ficelées et elles aboutissent. À plusieurs moments dans le récit le protagoniste insiste sur le fait qu'il est «le plus grand menteur de la ville de Québec» et il répond, peut-être d'une manière inconsciente par le fait qu'il répète toujours après une phrase : «...», pour être honnête. Ce genre de contradictions force le lecteur à douter du récit, est-il pure fiction, est-il idéalisation ou simplement la vérité?
Je crois que Jacques Poulin porte attention aux jeux phonétiques omniprésents dans son texte dont les plus notables sont : pilote et pilotis (deux figures cruciales dans le récit) ainsi que Mary et Mamie(les deux personnages les plus influents chez le jeune protagoniste).
Une toile de fond, peut-être mise en abyme du récit, de la Littérature ou de la vie... Cette cabane repose sur des pilotis pourris, il y a donc toujours cette menace de partir à la dérive... Tout comme «Tu commences une histoire ordinaire, puis tout à coup tu pars à la dérive, (...)» (p.93). Cette menace de ruine, de fondations effritées atteint son paroxysme avec la fin où on se retrouve à cause des pilotis à piloter ni plus, ni moins que l'Arche de Noé à la dérive.
Ce roman faisait parti du corpus de mon cours Littérature et psychanalyse. En effet, dès les premières pages, la figure de Mamie semble statuesque et érotisée. L'érotisme se développera aussi avec la figure de Mary et cette quête du continent féminin sensuel s'achève lorsque l'arche de Noé échoue sur l'île Madame.