Roman total par son ampleur, son ambition et sa puissance d’évocation, Il est à toi ce beau pays est la fresque tragique et monumentale de la colonisation de l’Afrique. Livrée aux appétits d’une Europe sans scrupules, elle est le théâtre d’un crime qui marque au fer rouge le XXe siècle. Sur trois continents, chefs d’Etat, entrepreneurs avides, explorateurs intrépides et missionnaires idéalistes agissent sous prétexte de civilisation. Au fil d’un récit où se croisent héros inconnus et figures historiques, dont Léopold II, le « saigneur » du Congo, le pasteur George Washington Williams, l’aventurier David Livingstone, Joseph Conrad, Henry Morton Stanley ou encore Pierre Savorgnan de Brazza, Jennifer Richard nous donne le grand livre noir de l’Occident colonialiste. Et restitue, de la ruée vers les terres d’Afrique à l’instauration de la ségrégation aux États-Unis, le terrible destin d’une humanité oubliée.
Je crois que dans l'histoire des populations noires, qu'elles aient été esclavagisées ou non, on oublie souvent l'impact des pays fondateurs de l'UE. Si vous parlez racisme, on pense États-Unis, mais personne ne pense réellement à regarder ce que l'Europe a fait à l'Afrique, et croyez-moi, on n'est pas au bout de nos surprises.
Aujourd'hui encore, dans les espaces de commentaires houleux sous des posts qui parlent de racisme en France, vous aurez une petite armée de blanc·hes qui viendront vous expliquer que sans nous l'Afrique ne connaîtrait pas tous les progrès modernes, et que bon, hein, ils pourraient être redevables un peu.
Et les bases de ce raisonnement, on les voit là, dans le roman de Jennifer Richard. Dans cette histoire chorale, on suit les points de vue de plusieurs hommes entre les États-Unis et l'Europe, et on s'implique dans une politique internationale comme on l'a rarement vue. Sous couvert de libération et de civilisation, les pays européens se sont arrachés les territoires africains pour en extraire les ressources si rares dont ils regorgent. Alors que les grands dirigeants faisaient croire à l'opinion publique à la portée humanitaire de ces missions, la réalité est toute autre : pillages, massacres, effondrement des écosystèmes, abus des ressources, et aliénation de la population. Qu'on ne perde pas de vue que cette situation perdure encore aujourd'hui : les crises au Congo et au Soudan (et même ailleurs) nous le prouvent.
Et au milieu de tout ça, des êtres humains. Jennifer Richard aborde plusieurs concepts : de l'abolition de l'esclavage et des questions de déracinement et d'identité, à la colonialisation et tout ce qu'elle implique (sentiment d'impunité raciste, désillusion des quelques pauvres gus qui pensaient vraiment faire changer les choses). Et évidemment, le white-saviorism, le racisme, le sexisme, le capitalisme.
Je ne pense pas avoir besoin de vous prévenir qu'il s'agit d'une lecture difficile. Vous pouvez y trouver tout ce qu'on fait de pire : racisme, sexisme, crimes de guerre, esclavage, travaux forcés... Mais c'est aussi une lecture importante et très bien documentée, qui permet de se rendre compte (même si on s'en doutait déjà plus ou moins) à quel point l'Afrique a été mise à mal depuis des siècles par des pays qui se targuaient d'être "plus civilisés".
La plume de l'autrice est assez simple, peut-être un peu scolaire, mais a l'avantage de se lire bien, surtout pour les plus de 800 pages de la version poche. J'ai cela dit été assez irritée par la présence de certains mots (même si je comprends pourquoi ils étaient utilisés dans ce contexte, par la voix des différents personnages que l'on suit tout au long du roman), et j'avoue ne pas trop avoir compris la censure du mot "cul" (à au moins deux reprises), alors que certaines descriptions font place à des horreurs bien plus graphiques.
Un roman ambitieux par la pluralité et l'importance capitale des sujets abordés : l'esclavage et la colonisation de l'Afrique centrale. Je crois que le défi que s'est posé l'autrice n'est qu'en parti relevé. Les connaissances sont là, la réflexion politique autour de ces connaissances est là et vraiment , ce livre est une ébullition intellectuelle. Si le savoir est une arme, j'en suis ressortie armée. Le gros point faible est le traitement des personnages (personnes non fictives pour la plupart) : racisme, misogynie, classisme...
Magistral. Jennifer Richard nous livre une fresque glaçante du Congo, des premières expéditions jusqu'à l'Etat indépendant du Congo avec des ramifications qui entrainent le lecteur dans toute l'Europe de l'époque ainsi qu'aux Etats-Unis où l'histoire nous fait découvrir le sort de l'homme noir dans ce pays fraichement sorti de la guerre de sécession qui a mis fin à l'esclavage. Si on connait en grande partie déjà les horreurs, crimes contre l'humanité, massacres, ... de cette période, ce livre remet les personnages de l'époque et leurs actions dans leur contexte et offre une vue globale de la situation historique, politique, économique de l'époque. Très bien documentée, Jennifer Richard manie également superbement la plume ce qui rend ces presque 800 pages agréables à lire et impossibles à lacher.
Je l'ai fini hier et je ne sais toujours pas bien situer tout les émotions que ce livre a sucité en moi. Je suis ravie d'avoir commencer mon année avec cet ouvrage qui, j'espère, sera bientôt un classique qu'on lira en secondaire. L'histoire de l'abolition de la traite esclavagiste racontée par différents prismes : les Etats-Unis segregationistes, la Belgique 'civilisatrice et le Congo colonisé de façon brutale. On suit différents personnages et on découvre la brutalité banale, la colonisation vu depuis une multitude de perspectives et surtout, surtout une ligne chronologique du début du 20ème siècle en ce qui concerne la dernière fase de colonisation : la colonisation du peuplement.
Ce roman fait 724p mais se lit assez vite. Il est très bien écrit, sans tournure de style lourde et inutile. Je pense que ça peut être un bon point de départ, même si ça reste un point de vue très Européen (cf. c'est confirmé par la bibliographie). C'est également très masculin, et très blanc.