J'ai beaucoup aimé l'atmosphère de ce livre, qui n'est pas un roman, mais plutôt la chronique d'une citadine tokyoïte décidant de passer une année dans sa maison de campagne bâtie sur une péninsule escarpée. L'auteure découvre l'almanach ancien de la région qui partage chaque mois en deux pour établir avec une précision incroyable tous les travaux nécessaires au jardin et dans la vie quotidienne. Alors ce n'est certainement pas l'énumération barbante de recettes de jardinages, mais plutôt d'une réflexion à la fois poétique et philosophique, sur l'environnement de falaises, la mer, la nature, le temps qui s'écoule. On sait peu de choses sur l'auteure elle-même, quelques allusions discrètes, on sent que ce n'est pas le sujet. Par contre un très joli passage sur les ruches et les abeilles des voisins qui possèdent la Fabrique à Miel, et une réflexion que j'ai retenue dans le passage où l'auteure décrit la vie si simple de l'abeille : "Féconder, pondre, travailler, leur vie se résumait à ça" suivie par cette constatation tellement d'actualité aujourd'hui : "Nous autres, êtres humains, ne saurions imaginer une telle vie, prisonniers que nous sommes de nos désirs, de notre soif d'aimer, de nos passions.(...) l'homme qui ne peut oublier la jouissance de l'amour charnel(...)"J'ai aussi beaucoup aimé les passages sur la forêt, dont l'atmosphère à la fois paisible et mystérieuse est si bien décrite... Et aussi le marais proche de la maison où elle a découvert un bateau enfoui dont seule émerge l'étrave, marais où dansent les lucioles que sa mère venue en séjour adore regarder...
Plus je me remémore ce livre pour en parler ici plus je comprends combien en fait il m'a imprégnée, d'une façon si douce, si persistante comme un parfum. Et pour un pays aussi peuplé que le Japon, ce livre donne pourtant la sansation profonde de la solitude, non la triste solitude des ville, mais celle choisie où quelques voisins aimables et la beauté de la nature apportent toute la nourriture nécessaire à la pensée et à un bonheur paisible. Cependant, il faut bien savoir qu'à la fin, l'auteure retourne à Tokyo, et que c'est sans doute sa qualité de citadine profondément enracinée qui lui a permis de jouir aussi parfaitement de son année dans la péninsule. Je conseille, mais si vous attendez l'amour ou l'aventure, vous risquez de bâiller de temps en temps. ^_^