Comment devient-on anorexique ? La sociologie a-t-elle quelque chose à dire à ce sujet ? On invoque fréquemment la " dictature de la minceur ", les représentations médiatiques du corps féminin, les transformations des comportements alimentaires, pour expliquer la multiplication des cas d'anorexie chez les adolescentes. Plus généralement, l'anorexie est très souvent étudiée à travers les discours médicaux, psychanalytiques ou journalistiques qui détiennent sur ce sujet une sorte de " monopole de la parole légitime ". Muriel Darmon a choisi, au contraire, de se tenir au plus près de l'expérience des personnes concernées par la maladie, de leurs propriétés sociales et culturelles, et s'efforce de reconstituer précisément les conduites et les processus qui font que des adolescentes en viennent à être diagnostiquées comme anorexiques. À partir d'entretiens avec des jeunes filles anorexiques hospitalisées ou non, avec leurs enseignants et avec des adolescentes du même âge, elle montre que l'anorexie peut être décrite comme un véritable " travail ", une entreprise de transformation de soi qui requiert des dispositions spécifiques et qui s'organise en différentes phases composant une " carrière " anorexique, depuis l'engagement dans un régime jusqu'aux effets de l'hospitalisation et à la sortie de la maladie.
A truly groundbreaking work, I can't stress enough how much this has helped me in my coursework this semester. Obvious content warnings apply; I didn't expect to be as affected/effected by the contents of this book as I was. Proceed with caution, but if you're able to and interested in psych-critical work, especially at the intersection of pathologization and patriarchy, it's a must-read.
Un travail tout à fait exemplaire. On reprocherait sans doute à cette approche de ne pas traiter telle ou telle question, de ne pas exploiter tel ou tel groupe d'acteurs. Ce sont des critiques faciles qui peuvent s'appliquer à toute étude, sociologique ou non. Pour une seule personne et avec les moyens dont elle disposait, ce travail devrait être reconnu comme à la fois révolutionnaire dans son approche et rigoureux dans sa méthodologie. Très impressionnant ! Un très grand livre.
C'est sans doute mon ouvrage de sociologie préféré à ce jour.
L'approche de Muriel Darmon (considérer l'anorexie comme un travail de transformation de soi) chamboule : dans un premier temps de part l'originalité de l'objet étudié, dont on ne soupçonne pas forcément l'intérêt d'une approche sociologique et sur lequel on se retrouve finalement à apprendre énormément et à changer de regard. Mais aussi dans un second temps par la rigueur du travail de M. Darmon. Son analyse est extrêmement fine, dense et riche, et nous permet vraiment de saisir en détail les mécanismes sociologiques étudiés.
It's a shame that Darmon's book hasn't been translated into English yet. Her work--a qualitative study on anorexia patients--is a ground-breaking exploration of the interaction between sociability and mental illness.
Dans cet ouvrage, Muriel Darmon aborde d’une façon sociologique un objet qui est communément analysé en termes psychologiques. Pensé comme pathologique et foncièrement personnel, l’anorexie semble a priori relever du seul champ d’expertise des psys. La sociologie peut tout au plus éclairer le cadre social (environnement) et mettre en lumière des facteurs contribuant à ce phénomène (comme le recrutement socialement marquée: écrasante majorité de jeunes femmes de classe moyenne et supérieure) mais par delà ces points contextuels, elle doit céder la place à l’expertise psy seule en mesure de comprendre ce qui se joue dans l’anorexie. C’est d’ailleurs la critique que lui adresse frontalement un psychiatre lors de la négociation de son accès au terrain: chacun doit rester à sa “place”, la sociologie étant incompétente et illégitime pour aborder cet objet.
Toute personne ayant une connaissance un tant soit peu sérieuse de la sociologie ne peut que sourire face à ces divisions de sens commun - ancrées dans le division individu/société - et à la “place” assignée à la sociologie comme examen des facteurs environnementaux, qui témoignent surtout d’une profonde méconnaissance de la discipline critiquée.
Muriel Darmon montre avec brio de quelle façon la sociologie peut s'emparer de tels objets. Pour se faire, elle mobilise l’approche développée par l’interactionnisme symbolique et plus particulièrement la notion de “carrière” appliquée aux phénomènes de déviance (Becker) pour aborder l’anorexie comme un travail de transformation de soi. Elle ne cherche pas à élucider la vérité de l’anorexie, mais à décrire, d’une façon processuelle, les pratiques qui l'incarnent. Autrement dit, pour devenir anorexique il faut faire certaines choses et c’est la mise en lumière de ces pratiques dans leur dynamique temporelle et sociale (étapes d’engagement en lien avec d’autres personnes qui y réagisent), plutôt qu’une nature psychologique sous-jacente, qui est au centre de son analyse. Une telle approche rompt avec la vision centrée sur l'individu et surtout avec l’opposition normal/pathologique - au centre des discours sur cet objet - en intégrant ses évaluations (étiquetage) à l’analyse comme objet d’assignation et d’imputation sociale.
L’auteur expose les différentes étapes de la carrière anorexique, de l’engagement initial jusqu’à la prise en charge hospitalière. Cela sera l'occasion de montrer les pratiques et transformations qui s’y jouent du point de vue des individus concernés. Mais cela sera également l'occasion, notamment lors de la phase hospitalière, d’analyser les discours psys sur cet objet en les intégrant à l'analyse sociologique (Je précise que l’auteure à réaliser des observations et entretiens au sein de deux institutions d’orientation médicale différentes (cognitive/analytique) se reflétant dans des interprétations, pratiques et objectifs différents). Elle souligne, dans un second temps, de quelle façon cette carrière est liée à un ensemble de conditions sociales de possibilité.
En résumé un excellent ouvrage qui expose clairement en quoi consiste l’approche sociologique et de quelle manière elle est pertinente et légitime pour aborder des objets qu’a priori on pense lui être extérieurs. Tout particulièrement friand de ce genre de travaux appliqué aux objets “psys”, je ne peux que recommander cet ouvrage qui excelle dans cette entreprise.
c'était probablement une mauvaise idée de choisir ce bouquin pour commencer à s'intéresser aux écrits sociologiques- c'est ultra dense (surtout les premières parties, qui posent les bases de l'enquête de la sociologue avant de vraiment rentrer dans le vif du sujet) mais qu'est ce que c'était passionnant !
La dernière partie, vraiment sociologique, était la plus intéressante pour moi, et n'a, à mon avis, pas été suffisamment creusée. Je comprends que le reste était nécessaire mais la façon d'écrire de l'autrice en a rendu la lecture laborieuse : répétitive et superficielle.