Роже Шартье (р. 1945) - один из виднейших представителей современной французской исторической науки, руководитель исследований в Высшей школе социальных наук в Париже. Его обобщающие работы вносят ценный вклад в изучение истории XVIII века, обозначая новые пути развития знания о прошлом. В настоящей книге прослеживается формирование общественного сознания, сделавшего возможным Великую французскую революцию 1789 года.
Roger Chartier is a French historian and historiographer who is part of the Annales school. He works on the history of books, publishing and reading. He teaches at the École des Hautes Études en Sciences Sociales in Paris, the Collège de France, and the University of Pennsylvania.
Un livre passionnant qui pose des questions renversantes et fait totalement repenser la manière dont on peut avoir l'habitude d'appréhender la Révolution.
C'est la Révolution qui a causé les Lumières et non l'inverse. En d'autres termes, Chartier avance presque l'idée que la Révolution a inventé les Lumières.
Plusieurs chapitres m'ont paru fondamentaux :
Les livres ne font pas les révolutions (chap. 4). Le livre le plus conservateur peut être révolutionnaire s'il est lu de manière critique. (Sans doute l'enseignement le plus fort du livre.) En s'attachant à aller au-delà du "simple" inventaire des bibliothèques ou des listes d'imprimeurs (tout en rappelant de manière fort utile comment le commerce des livres était organisé au XVIIIe siècle), Chartier réfute quelque peu Darnton : la sédition n'est pas le résultat du succès des Lumières ou des "Rousseau du ruisseau" mais la condition de leur succès.
L'un des chapitres essentiels (chap. 5) est celui qui traite de la déchristianisation et de la laïcisation. L'affaiblissement de la prégnance morale de l'Eglise vient de ces divisions et notamment de la crise janséniste qui reste sans doute sous-étudiée (ou en tout cas trop méconnue). En mobilisant le pouvoir laïc dans ses querelles, l'Eglise a elle-même montré que la religion était affaire de conflit politique et donc entre dans l'ordre de l'opinion, de la sphère publique, et donc de ce qui peut être discuté tandis que le catholicisme tridentin ou le jansénisme, par leur intransigeance commune, se coupaient des fidèles. De fait, la déchristianisation révolutionnaire s'inscrit dans un temps plus long commencé au moins dans les années 1770. Cette déchristianisation a accompagné la désacralisation du roi (chap. 6). Dès lors, en 1789, le roi est toujours cette figure du père mais il est moins sacré.
Dans le chapitre 7, Chartier décrit la nouvelle culture politique, dans laquelle la violence baisse et le droit devient prépondérant, qui se diffuse dans l'ensemble de la société y compris jusque dans la paysannerie au point qu'on la retrouve dans les cahiers de doléance, bien plus marqués par ce langage juridique que par l'esprit des Lumières. Le passage sur les salons me semblait moins nouveau et, cependant, les quelques lignes sur les loges maçonniques étaient passionnantes, entre culture de la liberté et recrutement élitaire.
Chartier conclut alors en deux temps (chap. 8 et conclusion) : les révolutions ont des origines culturelles en ce sens où il existe des facteurs culturels qui rendent pensable sinon indispensable la rupture. Comparant la Révolution française selon le modèle de l'historien anglais Lawrence Stone élaboré pour la révolution anglaise, Chartier en déduit qu'elles se ressemblent. S'inscrivant dans la continuité de Furet à propos du lien entre les loges maçonniques et les clubs jacobins, Chartier réfute néanmoins Keith Baker pour qui, dans le courant du linguistic turn, la Révolution n'aurait été qu'un évènement discursif (ce qui est très burkéen, soit dit en passant...). Plus intéressant encore : pour Chartier, comme pour Richet avant lui, la Révolution vient également de ce que plus l'absolutisme se renforce plus il s'affaiblit et en s'imposant il a déchiré le tissu social qui structurait l'Ancien Régime. La division entre la raison d'Etat et la morale s'est finalement retournée contre le prince en forçant les individus à faire preuve de jugement critique alors que, parallèlement, la monarchie absolue instituait et donc autonomisait le champ littéraire. De fait, Chartier s'inscrit tout de même dans la continuité d'Habermas contre Cochin et Furet en reprenant Kant : la Révolution pourrait trouver son origine dans l'usage public de la raison par les personnes privées. L'émergence de la "bourgeoisie" n'est en d'autres termes que l'émergence d'un espace de jugements et de débats soustraits à la sphère du pouvoir.
L'ouvrage se termine alors sur une question aussi passionnante que difficile : comment articuler la conscience historique des contemporains et les contraintes qu'ils subissent pour expliquer que les actions, c'est-à-dire, en fin de compte, l'histoire qu'ils font, sont autre(s) que celle(s) qu'ils croient faire ?
Cette question montre bien que cet ouvrage a inspiré des travaux depuis et qu'en ce sens, il est un classique incontournable qu'il était largement temps que je lise. Mon seul regret : beaucoup des analyses sont esquissées et j'aurais aimé des démonstrations plus étoffées (mais ce n'était pas le format choisi pour cet essai) notamment via des comparaisons dans d'autres pays. Lorsque Chartier compare la France révolutionnaire avec l'Angleterre révolutionnaire il est extrêmement éclairant et ce n'est pas un hasard si l'historiographie actuelle revient sur cette parenté entre ces deux évènements. Le jansénisme lui aussi mériterait d'être étudié dans une perspective plus large et relié, peut-être, aux pré-Lumières et aux Lumières car ces deux mouvements contemporains semblent dialoguer (cf. Thomas O'Connor et Jonathan Israel). Mais c'est en fait le défaut de la qualité intrinsèque de cet essai : donner envie d'en (s)avoir plus.
Roger Chartier, nagu selgub raamatu lõpus olevast intervjuust, on peamiselt oma uurmistöödes huvitunud raamatutest. Just nimelt, raamatutest kõige laiemas mõttes, ilukirjandusest üleüldise kirjanduskultuurini. Ka raamatute praktilisem roll inimühiskonnas näib olevat talle südamelähedane teema: kuidas inimesed raamatuid loevad, kes raamatuid loevad, kuidas raamatud inimesi (täpsemalt ühiskondasid ja kultuure) mõjutavad. Ühesõnaga, huvitab Chartieri raamatukultuur kõige laiemas mõttes.
Tema huvi n-ö number üks intellektuaalse infokandja vastu avaldub ka väga laiaulatuslikult antud raamatus (kuid mitte ainult raamatud, vaid ka nt mitmed sotsiaalvaldkonnad leiavad põhjalikku käsitlemist). Chartier ei ole vaid empiiriline fakte ja andmeid analüüsiv ajaloolane, vaid ka vaimse analüüsiga tegelev filosoof. Filosoofina on ta kahtlemata osa prantsuse strukturalistlikust (kuid ka poststrukturalistlikust) koolkonnast, mistõttu mitmes kohas lähevad arutluskäigud kaunis teoreetiliseks ja on raskesti jälgitavad (võib-olla on ka probleem kohmakas tõlkes).
Chartieri mõtted ja kirjeldused on kahtlemata huvitavad ning annavad ka faktiliselt hea ülevaate prantsuse intellektuaalsest kultuurist 17. saj. lõpul ja 18. sajandil. Põhiline seisukoht ja hüpotees, mida ta püüab tõestada, on vaade, et revolutsioon ei tekkinud mitte võimuvastaste ideede kulmineerumise tulemusena, vaid pigem olid võimuvastased ideed, mis järjest enam 18. sajandil pinda leidsid, revolutsiooni tingimuseks (väide, mis täpsemaks mõistmiseks nõuab kindlasti raamatu enesega tutvumist). Chartier ei taha panna revolutsiooni ja valgustusajastut omavahel suhtesse, ta tahab neid pigem näha osana suuremast nähtusest. Seda suuremat nähtust kirjeldab ta ajaloolase Alphonse Dupronti sõnadega: "Valgustusajastu ja Prantsuse revolutsioon on kui ühe suurema protsessi kaks ilmingut (või kõrvalnähtust): tegemist on sõtumatu, see tähendab müütidest ja religioonidest (selle mõiste traditsioonilises tähenduses) vaba inimühiskonna määratlemisega, "modernse", see tähendab mineviku ja traditsioonideta, üleni tulevikku suunatud olevikuühiskonna määratlemisega. Tegelikud põhjuse-tagajärje seosed nende kahe vahel moodustabki nende ühine sõltuvus ühest laiemast ja terviklikumast ajaloonähtusest kui nad ise".
Having read Darnot right before this, a lot of the ideas that Chartier pondered on were already familiar. I would recommend the chapters on secularization of the society and desacralization of the king but I would stay away from public sphere and public opinion because whatever point Chartier is trying to make there is very hard to grasp (imo). I do think that putting derivation sign from Enlightenment to French Revolution is, well, a thing of past at this point and Chartier's book definitely adds its own arguments to why it is so.
It's interesting information and an important work in the field, but oh GOD it is boring. I think the arguments were interesting too, but it was difficult to figure out what they even WERE. I'm still not sure in some cases whether he was arguing for or against particular explanations.
Le bouleversement politique de la France en 1789 n'est pas un événement isolé. Pendant le siècle avant, la société française a changé: la position du roi était désacralisée, beaucoup de Français avaient quitté la campagne, la réligion devenait moins important pendant la vie quotidienne.
Contrairement à l'Angleterre, la politique et 'l'opinion publique' n'est pas le même. Ecrivains comme Voltaire, Rousseau et Diderot ont préparé la voie vers la Révolution française. On a constaté que les Français commençcaient à lire plus qu'avant. Même les aristocrates lisaient Rousseau.
La franc-maçonnerie jouait une rôle cruciale à relier le niveau philosophique et politique.
How do you rate a book like this? This is certainly not a pop history book or a book for mass consumption. I don't know if it's the translation, a difference in french style, or what, but I found this book hard to follow at times. That said, it's a classic in its field for a reason. The research and information really is top notch and covers the big questions that still (and perhaps always will) remain unanswered about the origins of the French Revolution.
Brilliant. Not only forces you to rethink the Enlightenment & the French revolution, but all historic concepts. As my professor said, it makes you know so much more but at the same time, know nothing.
An interesting addition to the origins historiography. Rejects the intellectual origins hypothesis and depicts France as a society culturally ready for revolution thanks to the infiltration of books and criticism and the rising power of public opinion.