Une claque !
Une autre fois, Cordélia demanda à Marie Jeanne pourquoi elle ne recevait pas Busard plus souvent.
« Et quand donc dormirai-je ? » protesta Marie-Jeanne.
Elle piqua l'aiguille dans le linon qu'elle était en train d'ajourer et compta sur ses doigts:
« ... le vendredi je me couche tôt, parce que je sais que le samedi j'irai au cinéma et le dimanche au bal... le lundi, parce que c'est le lendemain du dimanche... le mercredi, parce que Busard est resté tard la veille... tu vois bien qu'il ne peut pas venir plus souvent.
— Tu ne penses qu'à toi, dit Cordélia.
— C'est vrai, dit Marie-Jeanne. Moi aussi...
— Tout comme un homme...
— Je n'y avais pas réfléchi. »
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« Qu'est-ce que je fous là ? » demanda-t-il à voix haute.
Il continuait de réfléchir, aidé par l'effet persistant des deux pastilles de maxiton et peut-être par la fatigue dominée. Il réfléchissait qu'il coûtait moins cher qu'un dispositif d'automatisation. D'un côté le peigne éjecteur et l'œil électronique, de l'autre côté Bernard Busard, son grand corps maigre, ses muscles de coureur, son cerveau, son amour pour Marie-Jeanne Lemercier ; c'était Bernard Busard qui valait le moins.
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Ils se trouvaient l'un et l'autre, ouvriers à Bionnas, ville ouvrière, où l'on s'était battu pour Sacco et Vanzetti, d'où des volontaires étaient partis pour défendre l'Espagne républicaine, dont les murs avaient été couverts d'inscriptions contre le général Ridgway, ils se trouvaient l'un et l'autre aussi ignorants des événements de leur temps que Paul et Virginie dans leur île. De telles singularités étaient encore possibles et même relativement fréquentes dans la France de ce temps-là.
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