Réellement excellent roman. Je comprend que le style d'écriture est soutenu, et formel, et qu'il puisse déplaire à certaines personnes, surtout des gens qui trouveraient que ce style serait "trop soutenu" par rapport à l'histoire. Je peux comprendre cet opinion, même si je ne le partage pas.
J'ai trouvé ce roman merveilleusement bien écrit, vivant, et incroyablement riche. Y-a-t'il une intrigue particulière? Non, pas vraiment. Est-ce que ça suit les schémas narratifs populaires de nos jours? Absolument pas.
On peut classer ce roman parmi le genre du bildungsroman. Il ne faut cependant pas y réduire. Si j'étais étudiant en littérature, je me plongerais dans une étude détaillée des thèmes du roman; ils sont si nombreux, si vifs. Pourtant, ils apparaissent tous sous la forme, presque de "détailles qui en disent long". Je crois qu'il y a peut-être du symbolisme religieux, mais je n'ai pas assez de connaissances en mythologie chrétienne pour pouvoir en dire plus.
Toutefois voilà ce que j'en retiens pour ceux que ça intéresse:
Le héros, qui a été envoyé étudier dans les écoles des colonisateurs, se retrouve dans un village de paysans, de "péquenauds", et alors que ces gens de la campagne tombent en admiration devant ce jeune homme, récompensé par les blancs, avec qui il y a d'évidents complexes d'infériorités pour divers raisons, ce jeune homme est lui-même confronté à ce que ces gens savent, ou possèdent. Ils sont à l'aise avec leurs corps, ont plus de liberté dans ce qu'ils font, ils ont une culture vivante, alors que d'où il vient cette culture plus traditionnelle est diminuée, vue comme "rustre", comme moins que rien.
C'est à la fin que nous arrivons dans ce qui me semble comme une parabole assez claire du colonialisme, ou de l'autoritarisme, comme on veut le voir. Le gars rentre chez lui, et confronte de façon passive son père très autoritaire, tout en sombrant lui-même dans certains problèmes comportementaux, d'abus d'alcool, et en laissant tombé ses acquis d'une certaine façon. À force d'avoir été aliéné de sa culture traditionnelle par un model de croissance capitalisme, sans but, sans fin, et sans motivation, il s'est retrouvé - justement, aliéné - dépourvu de certains traits les plus importants. La libération ; ni colonisé, ni authentique dans sa peau, sa culture.
En voilà ma lecture en tout cas, et ce fut une lecture très agréable. Peut-être vous verrez vous des choses très différentes, et c'est justement pourquoi ce roman me semble si riche ; il provoque des pensées, des réflexions, il fait voir des actions, des conséquences... c'est un très bon roman!