« J'avais une tête de Juif, d'islamiste, de Portugais, d'Iranien et de con. J'avais un gros nez, une tête de footballeur brésilien et de fils à papa saoudien milliardaire. Je n'avais pas une tête de Français, ni d'Allemand. J'avais une tête de Turc et aussi d'Arménien. J'avais une tête de loubard sicilien. Je n'étais pas dans la merde. J'avais un appareil photo, un pied de caméra et un fond noir. J'allais m'amuser. » page 93.
Je donne Le Nez juif 4/5 étoiles parce que le livre en soi était intéressant, mais j'avoue être d'accord avec ceux qui ont préféré Beyrouth-sur-Seine. Tu vois l'esprit jeune, obstiné, du type « rebel without a cause » dans Le Nez juif, alors que dans Beyrouth-sur-Seine, Ghoussoub est un peu plus honnête (c'est assurément un narrateur plus fiable) et on sent que c'est plus brut, plus mature et, j'oserais dire, plus autobiographique. Ou peut-être que ce n'est pas juste de dire que l'une des œuvres est plus autobiographique que l'autre, mais dans Beyrouth-sur-Seine, on voit le côté du traumatisme collectif, les émotions plus brutes, un regard blasé et à la fois mature.
Par contre, Aleph, le narrateur de Le Nez Juif semble plus rebelle et « edgy » (ou, il veut s'imaginer comme ça). Ça m'a fait penser au Holden Caulfield de The Catcher in the Rye. Cet aspect ne me parle pas trop...
La prémisse centrale, que toutes ces recherches et son infatuation avec le Judaïsme soit le résultat des insultes de ça mère, me paraissait un peu faible, mais paradoxalement, je me suis beaucoup identifié avec certaines parties de cette description. Ma mère ne ma jamais dit que j'avais un nez « juif », mais toute ma vie, je suis pris pour « juif » et puis « arabe » (et forcement « musulman»), alors que je ne suis ni l'un, ni l'autre.
Dans son ensemble j'ai apprécié ce livre : il était amusant, court et agréable. Ce n'est pas pour tout le monde, mais si vous connaissez un peu les cultures libanaise, juive et palestinienne, ça pourrait vous intéresser.