Poursuivant l'exploration de l'oeuvre dramatique de Hanokh Levin, figure majeure de la scène israélienne contemporaine, ce volume rassemble trois pièces choisies pour la diversité de leur écriture et l'intérêt de leur thématique. Le Soldat ventre-creux, variation sur le thème d'Amphitryon... sans Amphitryon Après Plaute, Molière et d'autres, Levin revisite le personnage de Sosie pour poser la question de l'identité volée, bafouée, revendiquée. Dans un style tour à tour grotesque, tragique et finalement lyrique, il tisse une fable sur la guerre, sur l'identité confisquée et sur cette obstination qui résiste, envers et contre tout, à la raison du plus fort. Funérailles d'hiver, conte cruel et fantastique où deux familles, voulant fuir une mauvaise nouvelle pour sauver un événement joyeux, se dévoilent dans leur égoïsme le plus féroce. Au fil de situations de plus en plus burlesques, Levin dépeint l'horreur d'une société prête à enjamber des cadavres pour atteindre un but finalement dérisoire. Sur les valises, l'une des pièces les plus mélancoliques de Levin, déroule la vie de tout un quartier, dont les habitants ne supportent plus la petitesse de leur existence. Comédie chorale où le désir d'autre chose ne peut se concrétiser que par une valise que l'on fait et que l'on défait... jusqu'au jour où l'on se retrouve emballé dans son linceul. Qu'il situe l'action dans le microcosme de la famille ou du quartier, à Tel-Aviv ou dans un ailleurs géographique improbable, dans un espace abstrait ou symbolique, Levin invente une forme de tragi-comédie moderne, mélange de provocation, d'humour et de poésie, mais aussi de cruauté et de compassion pour le genre humain. Un théâtre qui parle du monde d'aujourd'hui, à la manière d'aujourd'hui
Hanoch Levin (1943-1999), one of Israel`s leading dramatists, was born in Tel Aviv. He grew up in a religious home in the Neve Shaanan neighborhood in southern Tel Aviv. As a child, he attended the Yavetz State Religious School. In the 1950s, his brother, David, who was nine years older than him, worked as an assistant director at the Cameri Theater. Hanoch attended Zeitlin Religious High School in Tel Aviv. After ninth grade, he left school to help support the family. He worked as a messenger boy for the Herut company and took classes at a night school for working youth at the Ironi Aleph middle school. There he joined a drama club. After serving his compulsory military duty, Levin began to study philosophy and Hebrew literature at Tel Aviv University (1964-1967). At first he wrote poetry, but later concentrated on the theater. He became resident playwright of the Cameri Theater in Tel Aviv and also worked with Habimah, Israel`s national theater. Levin wrote 50 plays, 34 of which have been staged. His work includes comedies, tragedies and satiric cabarets, most of which he directed himself. In addition, he published five books of short stories and poems and a book for children. He received numerous theater awards both in Israel and abroad - most notably at the Edinburgh Festival -and his plays have been staged around the world. Levin was awarded the Bialik Prize in 1994.
Aujourd'hui je m'éloigne de la littérature jeunesse (quoique !) pour vous écrire quelques remarques sur un de mes auteurs préférés. Suivez-moi et d'abord : « Écoutez la triste chanson D'une maman mouche et de son p'tit moucheron La maman aimait tant son rejeton Que pour lui rien n'était trop bon […] Pendant trois jours il fit la fête Zoum–zoum, vol plané et pirouettes Brûla la vie par les deux bouts Zoum–zoum et puis vieillard devint Raide mort il tomba tout d'un coup De lui ne resta plus rien Car sa maman qui l'aimait tant Était morte depuis longtemps Telle est la triste chanson De la maman mouche et de son p'tit moucheron (pp. 29-30, extraits de la pièce « Le Soldat ventre-creux »). « Le Soldat ventre-creux » est une pièce que l'auteur (emporté par un cancer en 1999, à l'âge de 56 ans) n'a pas eu le temps de créer sur scène. Des trois pièces de ce tome IV des « Oeuvres complètes », c'est celle qui m'a le plus touchée, par sa simplicité et l'horreur de la guerre évoquée avec grande subtilité. J'adhère entièrement au propos de Linda Lê dans « Au fond de l'inconnu pour trouver du nouveau » (pp. 114-117) : « Soldat ventre-creux revêt l'aspect d'une parabole ou l'Amphitryon de Molière est revu par un Hašek rompu à cet exercice de salut public qui consiste à réveiller les consciences par l'entremise de paillasses accablées. [...] Ce sont les mandataires de la terreur qui l'emportent. Devant eux se tiennent, abasourdis, les spoliés. Soldat ventre-creux, dans la pièce éponyme, se souvient à peine de son nom, Sosie. Il rentre du front [après cinq ans de guerre] pour retrouver sa femme et son fils. Il se heurte, sur le seuil de sa maison, à Soldat ventre-plein, maître des lieux : c'est lui qui tient le gouvernail, lui qui s'appelle Sosie, lui qui décide si sa tendre et chère est autorisée à donner une caresse au revenant en train de revendiquer des droits, alors qu'il n'est qu'un imposteur. Arrive Soldat ventre-à-terre, dont les boyaux se « débinent », et qui se nomme également Sosie. Il cherche lui aussi sa femme et son fils, il ne demande qu'un simulacre de réconfort avant de rendre le dernier soupir. Dépossédé de tout, comme l'enfant qui rêve, privé de son père, de sa terre, de ses espérances, les deux conscrits, au corps meurtri, ne maudissent même pas la fatalité. Ils se contente de la portion congrue.[...] Hanokh Levin manie toujours l'ironie avec l'acuité d'un témoin au fait des ressorts cachés qui commandent nos manigances. » La guerre « c'était très dur, très très dur » (p. 12) et seuls les arbres (p. 47) et leur charme secret peuvent encore (mais c'est également un échec) momentanément le [l'Homme, le soldat de la vie] sauver du « désespoir ». Emplis du désir de se réaliser, les personnages de « Sur les valises » (comédie en huit enterrements) font et défont leurs valises pour partir en quête d'un ailleurs, sans aucun doute souhaité « meilleur ». Mais indécis, fainéants, incapables de communiquer, leurs valises restent vides, tandis les cercueils eux s'emplissent… L'omniprésence de la mort (« Funérailles d'hiver » parle déjà à travers son titre) dans ces comédies réellement mais délicieusement « grinçantes » de Hanokh Levin ne rend son humour que plus corrosif et ne doit pas vous dissuader de le lire. Il a aussi écrit de brillantes nouvelles. Je vous conseille de découvrir son univers, si vous en avez l'occasion.