Après les miniatures persanes et la peinture du quattrocento, Jean Dytar cède à la magie de la cartographie et ses promesses de découvertes. Il saisit l'occasion pour présenter avec subtilité sa carte de l'âme humaine. Fin du XVIe siècle. Jacques Le Moyne, jeune cartographe, intègre une expédition française pour la Floride. Le projet, initié par les Huguenots, est un échec. Une fois installé à Londres avec sa famille, Jacques ne confie son expérience à personne, pas même à son épouse. Mais de nobles anglais rêvent d'un avenir colonial pour l'Angleterre et sont prêts à toutes les manipulations pour y parvenir...
Janvier 2026. C’est un récit bouleversant qui est représentatif (encore) de la manipulation de l’information pour obtenir du pouvoir. Ça donne froid dans le dos. Comme toutes les histoires de colonisation. C’est épouvantable en fait.
J’ai beaucoup aimé qu’on donne la parole à Éléonore, qu’on parle de ses rêves. La fin m’a laissé perplexe par contre.
Le travail artistique m’a plu sans être transcendant.
The research and art are fantastic and the storytelling is deep, both on the intimate, micro (family story) and epic, macro (historical narrative) level. It calls us to reflect upon how narratives are constructed, and to ask if true stories are ever really true. And on that micro/macro scale again, we see how someone's lies can become another's truth through the desire to create a legend.
It's amazing how a story so rooted in the history of France, colonisation, the wars of religion, etc is also able to draw our attention to personal struggles. Sometimes we want something so bad, our partner can feel it and tries to satisfy our need to their own detriment. Eleanore and Jacques' relationship and the opportunities (or lack) available to each of them call the reader to question men's and women's place in society and shows us that PTSD has been around long before there was a name for it. Of course we can say that things have changed but there are still men and women living out society's/someone else's idea of who they are...
We are living through a time with information shifting so fast it seems we don't know what's real and we have to be very aware of the source of our info. Sometimes we forget that other times were just as confusing, with information coming from conflicting sources, viewpoints, regions/religions, etc. Whose lens had the the sharpest focus then? And now? Could a drawing be more real than a map or a text? Could a tweet be more real than a news report?
4,25/5. A Londres, Eleonore est en train de préparer le repas quand arrive Walter Raleigh avec de terribles nouvelles de France : l’amiral Coligny est mort, en même temps que de nombreux Huguenots lors du massacre de la Saint Barthélémy. Pour la famille Le Moyne, eux-mêmes Huguenots, c’est une tragédie car c’est Coligny qui les avait aidés à fuir la France vers l’Angleterre. Mais Raleigh a aussi envie de savoir ce qu’a vécu Jacques Le Moyne lors de son séjour en Floride il y a plusieurs années, périple colonial qui s’est très mal terminé … C’est un album qui m’a tout de suite attirée vu que cela parle de la Floride et de son histoire coloniale, sujet qui m’intéresse car on a vécu un moment dans la ville de St Augustine, là où le premier explorateur européen a accosté le futur territoire américain en 1513 et qui fut fondée par les Espagnols en 1565. Et puis, la couverture est bien plaisante aussi ! Le récit mêle deux histoires en utilisant de longs flashbacks reconnaissables à leurs tons bleus et verts, contrastant avec les tons beiges de l’époque anglaise. On découvre Jacques Le Moyne à Londres, où il s’est exilé depuis qu’il est devenu Huguenot, sa femme Eleonore, qui s’est toujours intéressée à la cartographie mais que son statut de femme a empêché de se réaliser dans sa passion, et leurs deux filles mais il y a aussi le père de Jacques, qui est resté un Catholique fervent et qui est un serviteur proche de Mary Stuart. Mais par le récit que Jacques fait à son épouse, on découvre aussi le temps que Jacques a passé en Floride (mais dont certains lieux qui sont maintenant situés en Caroline du Sud) lors de l’expédition menée par Jean Ribault et René de Laudonnière en 1564-1565 et où la découverte d’un monde inconnu, des tribus indiennes et la rivalité avec les Espagnols ont rythmé les mois passés là-bas. Employé comme cartographe et illustrateur, il était censé témoigner de leurs découvertes mais les évènements tragiques l’ont laissé traumatisé à jamais. L’album met la vie de cet homme dans un contexte historique où la rivalité entre Anglais et Espagnols est à son apogée, l’envie de conquérir le Nouveau Monde, les guerres de religion qui opposent Catholiques et Protestants, le début de la transmission de la connaissance au plus grand nombre grâce à l’imprimerie, la condition des femmes alors que l’Angleterre avait pourtant une Reine à sa tête. Le graphisme est réaliste et soigné mais un peu flou lors des flashbacks, comme peut l’être la mémoire. Une postface explicative est intéressante et vient éclairer un peu plus un récit déjà bien mené et très intéressant. Voilà une lecture éducative comme je les aime, qui nous apprend des choses tout en nous divertissant !
Quelle claque ! Je ne m’attendais pas à un récit si juste historiquement. « L’épopée de l’échec ». On aborde tellement de choses, le récit est riche en faits historiques.
On a la mention des guerre de religions, des conflits avec les puissances européennes en Amérique avec les Espagnols. On évoque également le fait que le pouvoir français (Charles IX) pratique la censure et à supprimer les écrits des découvertes des Huguenots en Floride, ou ne les publie pas. On mentionne les grands noms d’explorateurs comme Colomb, Magellan, Vespucci, L’as Casas, Theodore de Bry, etc. On parle aussi des intérêts de coloniser le territoire entre Français et Anglais : conquête de la Floride, de la Virginie. On suit ces récits à travers un homme traumatisé, un cartographe embarqué sur place, qui partait avec une vision idyllique du voyage. Surtout on fait un récit de ces explorations réalistes sur les atrocités de ces épisodes : ne pas avoir assez de nourriture sur le bateau et se nourrir de cadavre de camarade, les sauvages qui se battent, le pillage, la brutalité, etc. La faim qui pousse les hommes dans leur pire retranchement et les traumatismes psychologiques et physiques de cette aventure. on suit les intérêts personnels à vouloir fonder des colonies sur des terres hostiles. Des troupes galvanisée par des riches, assoiffés d’avoir une reconnaissance, un prestige et de vouloir marqué l’histoire en oubliant les troupes. Vers la fin : récit modifié pour donner envie aux personnes de faire de conquête, vision coloniale européenne idéalisée, l’histoire refaçonnée par des regroupements de témoignages sans que les auteurs se soient déplacés sur place, omissions volontaires.
Bref cet avis est assez brouillon mais c’est dense pour une BD dont les planches sont belles!
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Excellent récit que propose ici Jean Dytar sur la puissance de la mémoire et comment les récits historiques et surtout les images qui les fixent sont des inventions. Le récit progresse subtilement, par petites touches, dans une intimité bouleversante jusqu'à atteindre un point cathartique mais qui n'offre aucun repos si ce n'est celui de la mort. Les premières expéditions de colonisation, dans le contexte des guerres de Religion, ont laissé une empreinte mythique mais floue sur ce que serait la perception de l'Amérique par les Européens. Cette bande dessinée donne à voir tout cela. Magistral. Je gardais la lecture de cette BD par devers moi depuis Blois en octobre 2018, et à présent que je l'ai lue, je suis époustouflée.
Je ne tiens pas à cœur les récits des conquêtes coloniales. Franchement, c'est un sujet qui me dépasse avec la déshumanisation qui ont été soumis les indiens d'Amérique, ainsi comme les africains, etc. Cette BD arrivé a nous faire un récit très réaliste avec la vision du colonisateur comme un tyran.