Céléno est une adolescente appartenant au peuple des Enges. Solitaire et incomprise des jeunes de son âge, elle espère comme les siens que ses ailes vont pousser afin de pouvoir voler. Tournés vers le ciel, les Enges ne s'aperçoivent pas de la haine que leur portent les humains, attribuant leurs malheurs à ceux dont l'essence est différente de la leur.
Claire Krust a commencé à écrire à l’âge de dix ans des histoires qu’elle ne terminait pas. Plus tard, elle découvre les littératures de l’imaginaire avec des auteurs de fantasy jeunesse (Pierre Bottero, Erik L’Homme, J. K. Rowling) puis à des auteurs adulte (Louise Cooper, Robin Hobb). Ces lectures lui ont permis de porter un regard critique sur son écriture et ses histoires. Dans une interview, Krust déclare avoir complètement réécrit Les Neiges de l’éternel, son premier roman, après avoir lu L’Assassin royal.
L’histoire de ce premier livre est née vers 2008, quand elle était au lycée, sous forme de nouvelle écrite pour un concours d’écriture. Quelques années plus tard, elle reprend l’histoire avec l’envie d’en raconter la suite et de développer d’autres personnages. Dans ses récits, les fantômes ont une place importante. En effet, Krust se passionne pour ces êtres morts mais toujours encrés dans la vie, pouvant être terrifiants ou amusants et dotés d’un point de vue particulier. Elle en fait une source d’inspiration inépuisable, pleine de potentiel.
En parallèle de sa nouvelle carrière d’auteure, Krust est rédactrice web chez Kreatic SAS.
C’est parti pour « la rentrée de la fantasy française » des indés de l’imaginaire (ouais, je sais, je suis à la bourre…). Comme tous les ans Mnémos, Les moutons électriques et ActuSF mettent en avant la fantasy du terroir avec chacun son champion. C’est par ActuSF que je commence mon exploration 2018 avec L’envolée des Enges de Claire Krust.
Oui, ça s’écrit Enge, et c’est un peuple qui vit tranquillement en haut de leur pilier géant. Ils sont en communion avec le vent et chaque jeune attend le jour de son « envolée » avec impatience, ce moment tant attendu où ils déploieront leurs « ailes » pour rejoindre leurs ainés dans les cieux. C’est en plein milieu de cette cérémonie sacrée que les hommes, ces petits cafards, se pointent pour faire le ménage en semant la mort chez le peuple céleste. Dans un geste désespéré, la jeune Céléno s’enfuit en se jetant dans le vide pour atterrir en bas du pilier. Avec l’aide de Sujin, un Être de l’eau, elle va tenter de libérer les derniers survivants Enges prisonniers des hommes.
Le début du roman se passe en haut du pilier des Enges, on découvre une civilisation étrange et fascinante dont tout le début de vie est concentré sur un seul but : préparer le jour de leur envolée. Bien sûr ça renvoie à l’imagerie angélique classique mais y’a quelques subtilités qui nous éloignent bien des machins bibliques (Amen). Leur relation avec le vent et le monde physique amène une vraie originalité à cet univers. C’était tellement chouette que j’ai été un peu déçu quand l’action a changé de lieu pour revenir dans le monde fantasy plus classique d’en bas, quand les Enges sont jetés de leur piédestal pour affronter le monde. Pour autant, ne me faites pas dire ce que je n’ai pas écrit, l’histoire globale reste d’un très bon niveau. On découvre un monde où les hommes partagent la place avec trois races « magiques », les Enges donc mais aussi les Elbes et les Êtres de l’eau. Les hommes étant des hommes, ces êtres différents deviennent vite indésirables et ces derniers ont souvent moins de droits, voire sont pourchassés.
La narration va passer par plusieurs protagonistes mais, contrairement à une tétra-chiée de bouquins du genre, Claire Krust ne fait pas du point de vue alterné à chaque chapitre. Le bouquin est divisé grosso modo en trois arcs différents qui suivent le scénario général. La première partie qui sert de prologue nous fait suivre Éole et Borée qui se préparent ensemble à leur Envolée. Puis on collera aux basques de Cénélo et Sujin suite à l’attaque du pilier, et enfin dans la seconde moitié du roman on change complètement notre fusil d’épaule pour raconter les évènements du point de vue d’Arhan, un jeune servant apothicaire qui trafique des trucs louches avec des gens peu recommandables. Ainsi, dans chaque partie, les protagonistes précédents deviennent plus ou moins des personnages secondaires. J’ai trouvé que ce procédé marchait vraiment bien, et je préfère ça à la sempiternelle girouette « George R.R. Martin-ienne », c’est bien moins frustrant.
Ce qui est frustrant par contre, c’est la fin en « accrocheur de falaise » qui nous laisse un peu en plan au milieu de l’action. En effet nous avons affaire à un diptyque dont la suite, Les Secrets d’Éole, sortira l’an prochain. Du coup j’ai été un peu surpris par la coupure, surtout vu l’état dans lequel on laisse l’action pour Arhan et les jumeaux ! Malgré ça j’ai beaucoup apprécié cette lecture, d’une part pour ces peuples étranges et fascinants qui se retrouvent confrontés au racisme primaire des humains, qui rappelle un peu les X-Men par moments, mais surtout pour ces personnages qui m’ont permis d’accrocher à l’ensemble. Chacun est bien mis en place avec ses préoccupations et son évolution propre, toujours crédible, toujours attachant. J’ai juste trouvé la relation qui s’établit entre Arhan et Ygil un peu cliché et rapide sur la fin, une approche un peu différente aurait peut-être fait plus naturel et profond (à mes yeux).
L’univers dans lequel se déroulent les évènements est intrigant et permet à quelques mystères de se mettre bien en place. Tout se déroule sur une péninsule qui a été isolée du reste du monde par un cataclysme survenu quelques décennies plus tôt, mais dont personne ne sait grand chose. C’est aussi cet isolement subit qui motive les humains à agir comme ils le font puisque quand il nous arrive une tuile, c’est très certainement de la faute de celui d’en face. C’est aussi ça qui est cool, on a un monde dans un certain état qui explique les relations entre les différents peuples, mais que personne ne comprend vraiment. Pourtant tout se tient. On en apprend un petit peu plus en fin de roman mais il reste beaucoup de zones d’ombres et de mystères encore à élucider. Puis Claire Krust se permet d’aborder d’autres problématiques sociales l’air de rien, par-ci par-là, juste ce qu’il faut, comme avec l’avortement en début de livre traité avec beaucoup de finesse.
Une belle histoire, de chouettes personnages, un univers intéressant et une narration maitrisée. La seule chose qui pourrait vous freiner dans l’achat de ce roman sera la sévérité de votre allergie aux cliffhangers (là vous pouvez attendre la parution du second pour tout lire), ou celle de votre allergie à la fantasy (mais je vois pas ce que vous foutez ici dans ce cas…).
Livre reçu en service presse de la part de l’éditeur ActuSF
Le roman nous raconte la crise qui accompagne la montée en puissance d'un royaume humain, qui passe par le génocide et l'exclusion presque totale d'une partie de la population, dotée de pouvoirs surnaturels. L'autrice n'épargne que peu de détails aux horreurs perpétrée par l'Homme, à travers le regard de personnages qui n'ont rien d'irréprochable non plus. Chronique complète et détaillée sur le blog. https://leschroniquesduchroniqueur.wo...
The French writer Claire Krust returns to the Fantasy-front, three years after her debut, Les neiges de l'éternel, which I liked very much, as you can read in my Dutch/French review of 2016.
L'Envolée des Enges (translatable as 'Flight of the Angels'; you don't really need the article 'the' here) is the first of two books in a same-titled duology. Book 2 is to see the light of day in 2019, if I'm not mistaken. Yes, Enges should be spelled Anges in correct French, but that's artistic freedom for you.
I was sent this book by Éditions ActuSF for review. Many thanks to them for the trust.
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The book is divided into two parts. While there is some world-building, the focus lies on the various characters: humans, Elbes, Enges, and Êtres de l'eau. The last three people were born out of the blood of Hélias Eleinargent. They are thus described as his children. All lived in peace with each other. Until that fatal moment.
The first part of the book focuses on the life and specifically a special moment in the lives of the Enges (Angels). Important to know, the Enges lived high in the mountains and always looked towards the sky, never towards the ground or valley. They didn't bother the humans, had no interaction with them, so why care about what goes on down there? Yes, you could say they're kind of arrogant.
With each generation comes a period of "Flight", leaving the nest, like muslims should once in their lifetime go to Mekka (in case you needed a comparison, but the muslims do return home). For that, the angels for whom that day draws near, must weave their own wings.
Not long after, or even during, this event, mankind strikes. Humans, living in the valley, attack the holy pillar on which the Angels (Enges) live.
One angel, who could not or did not weave her own wings, and was a sort of outcast, witnesses the slaughter and flees, taking the wings of the one she loved (Éole). However, the symbols and power of the woven pattern don't catch on, since they belong to someone else. Céléno thus descends more rapidly than a bird of prey and smashes to the ground. Fortunately for her, Sujin, an Être de l'Eau (roughly translated as Water-Being), comes to the rescue and helps her recover. Sujin can change shape and thus move around humans and other creatures, yet he does need a river or stream to recover, when needed.
Together they embark on a quest to find out what happened to the captive Enges and how to rescue them.
The second part of the book takes place ten years after the devastating wipe-out. Here, the focus shifts to a different cast of characters, which makes it a bit hard to get into. Where are Sujin, Céléno, ...? They do play a role, a major role, but only much later. It's a fairly tough hurdle to surmount, to be honest. The only solution is: read on.
One of the new characters is Erini Tyresias Dys Rania, the ruler of the city of Rania. He commanded the eradication of the Angels. Another suspicious character is Zhang Fei, a wealthy and powerful man (maffia?) who seeks to take out Erini. Of course, he'll leave that dirty job to someone else. Arhan, a servant working in the pharmacy of the priest-mage, is the central character in part two. His dark side, which concerns the captured Enges, will soon be revealed, albeit in bits and pieces. That side will also prove to be his demise.
The shop itself is run by Abel, the son of the priest-mage. He is another character about whom not much is known, except that he seems to be a man of influence. What will be revealed about him in the second book?
Right when you think there will be a sort of conclusion, there is none. The wind, an important factor in the lives of the Enges, makes a comeback and puts a new creature (human-like, a new Enge?) on the holy pillar, where every Enge has been wiped out. Much to the new creature's surprise, of course.
Oh yes, right, it was about a war between the humans and the Enges. Who started it? That is not clear at all, although you might think it's the humans, as they built the scaffold to invade Enges-land. However, the memoires of Erini Tyresias Dys Rania tell a different story. Obviously. Basically, a misunderstanding that lead to worse and had very serious consequences. Or what was really the cause of it all?
Why did the humans find it necessary to expand their already vast territory - the aforementioned populations (Elbe, Être de l'eau, and Enge) were already outnumbered as the humans procreated more than them -, whereas they could just have closed a deal, made an arrangement or similar?
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Claire Krust has a fluent way of writing, of feeding you enough crumbs to give you no other choice but to read on. The change in characters (part one vs part two) - another positive point: likeable characters - was a bit weird and demands your attention, even though the second part does say it takes place ten years later. Luckily, the focus doesn't change with every chapter, so you can read on for some time, until the spotlights are turned towards other characters and happenings. Each chapter also begins with an excerpt or quote in the context of the history of the world, its peoples, ... This detail brings the world of this story a little more to life. The tackled themes (racism, territorial expansion, ...) - at least, that's how I interpreted it, based on the described events - also give the story a contemporary touch, in the context of the Migration Pact 2018, for example.
There are enough unanswered questions and holes (about certain characters, about the world, etc.) to be filled - (no) thanks to the frustrating cliffhanger (!) - for the second book to answer and fill. So, bring it on!
See also this interview for more information on this first book.