Daria est la traduction française d'un roman publié en 2015 en Roumanie. Avec un puissant sentiment des mystères cosmiques et une certaine forme de sensibilité poétique, l'autrice dresse ici plusieurs portraits essentiellement féminins autour de celui de l'héroïne, une styliste perfectionniste que les épreuves de la vie ne découragent guère. Le lecteur français trouvera également dans ce roman polyphonique des descriptions d'une classe moyenne roumaine provinciale très contemporaine, qui voyage à l'étranger et dont les ambitions sont encore parfois ténébreuses.
Difficile d'expliquer en quelques mots toute la richesse de ce roman de Violeta Lăcătușu, racontant la vie de Daria, femme forte moderne et contemporaine une styliste de mode talentueuse rencontrant un succès certain, tout du moins d'un point de vue professionnel. Mais derrière ce succès, se cachent des blessures, une histoire d'amour tragique, des jalousies, des réflexions sur la vie entre philosophie et rencontres mystiques empreintes d'images poétiques et énigmatiques parfois. Certains chapitres sont écrits comme s'il s'agissait d'une scène de théâtre de boulevard, avec des dialogues drôles et savoureux (entre Relu et Licuța par exemple). D'autres chapitres mêlent la réalité au fantastique, d'autres encore sont dédiés aux monologues intérieurs des différents acteurs. L'auteure décrit en filigrane, racontant le destin de Daria, et avec justesse la Roumanie d'aujourd'hui, tout en composant des portraits détaillés de l'entourage de Daria, des personnages secondaires qui ne laisseront pas le lecteur/la lectrice indifférent/e. Enfin, avec les notes de la mère de Daria, elle aborde aussi l'Histoire de la Roumanie du début du XXème siècle jusqu'à nos jours. La Roumanie est un pays que j'aime beaucoup et j'ai une relation particulière depuis quelques temps avec ce pays, non seulement grâce à sa littérature que m'a fait découvrir Tandarica, mais aussi du fait que j'y suis parti plusieurs fois en voyage pour des raisons professionnelles (à Brasov en particulier). J'y ai aussi rencontré des gens formidables. Je vous invite à lire ce beau roman.
J'ai vu en 2017, le dernier film de Tonie Marshall, « Numéro Une » où la sublime Emmanuelle Devos incarne une femme à la fois fragile et victorieuse. La condition féminine a encore des combats à mener avant que la parité soit réellement atteinte, malgré le final optimiste (bien plus que d'habitude chez la réalisatrice que je suis depuis ses débuts et que j'apprécie tout particulièrement). Daria, ressemble à cette première femme à la tête d'une entreprise du CAC 40 (après un détour par les arcanes du pouvoir politique, économique et des cercles d'influence). Elle est styliste, la meilleure dans son domaine, mais sa vie est loin d'être un long fleuve tranquille, et l'écrivaine, sa créatrice, est une peintre (au propre comme au figuré) généreuse, mais surtout érudite (remarquable érudition aussi dans les dialogues de « Numero Une »). Elle invoque des grands classiques de la littérature universelle (Horace, Ovide) mais surtout de la littérature roumaine qu'elle a enseignée : Nicolae Filimon, pour n'en citer qu'un seul. Prénom d'origine perse, dérivé de Darius, Daria est aussi une série télévisée que je ne connais hélas pas, mais dont je n’exclue pas une éventuelle parenté avec le roman de Violeta ("Violette") Lăcătușu. Avec une habilité rare, la romancière insère même des évocations d'histoires vraies, mais je n'ai (à ce stade tout du moins) pas le droit de tout vous dévoiler. Si l'amour (de préférence partagé) et la réussite sont les maîtres mots de ce roman, la lucidité et la maturité de style sont les qualités indéniables de cette « Numéro Une » roumaine , dont le prénom renvoie dans l'original, à l'acceptation du don, de l'offrande (dar, ia !).