Pendant l'occupation de la Corée par le Japon lors de la seconde guerre mondiale, près de 200 000 Coréennes ont été kidnappées, déportées, violées, battues, tuées, abandonnées. Peu en ont réchappé, et les survivantes sont restées blessées, physiquement et psychologiquement. Jung Kyung-a, jeune auteure coréenne, raconte avec ce livre l'histoire vraie de ces «femmes de réconfort», envoyées dans les camps de l'armée japonaise pour y servir d'esclaves sexuelles. Les ouvrages abordant ce sujet douloureux de l'histoire commune du Japon et de la Corée restaient jusqu'ici des travaux académiques et universitaires s'adressant surtout aux chercheurs. Femmes de réconfort relate les destins poignants d'un médecin japonais chargé de la santé des détenues, d'une fille de colon hollandais et d'une jeune Coréenne, ces deux dernières étant toujours vivantes aujourd'hui. Tout en restant précis et documenté, ce récit expose désormais, par le biais de la bande dessinée, la réalité de ce drame au grand public.
Jung Kyung-a a été lauréate en 2001 du prix Korea Publishing Cartoon Compétition pour son premier manga Padam Padam, qui racontait la vie d'Edith Piaf. En 2003, le conflit en Irak la sensibilise à l'impact des guerres sur les femmes et elle commence à travailler sur Femmes de réconfort.
j'étais complètement choquée d'apprendre la manière dont l'État Japonais (puis américain) à rendu les esclaves sexuelles normalisées et institutionnalisées. j'étais chokbar parce que ce sont des femmes dont on n'entend jamais parler alors que c'était tellement commun.
les dessins sont super intéressants et toutes les histoires sont extrêmement bien vulgarisées <3
Afin de rétablir une forme de vérité morale toute personnelle, je m’échine depuis plusieurs mois à me documenter à nouveau sur des brèches de notre Histoire mondiale du XXe siècle qui a parfois été enseignée trop rapidement ou avec des trous dans la raquette quand j’étais encore aux études. Et je trouve, en la matière, ce genre d’ouvrage mi-BD (donc on pourrait croire divertissement), mi-documentaire, parfait pour faire de la vulgarisation de manière efficace.
Quand cette BD coproduite par Au diable vauvert et 6 pieds sous terre est sortie en 2007, j’étais pourtant en plein dans mes études d’Histoire, mais je n’en avais pas du tout entendu parler. Pire, la réalité qu’elle revêt m’a longtemps été cachée et même depuis que j’en ai entendu parler, j’étais loin de m’imaginer l’ampleur de ce qu’on a vulgairement et trop facilement appelé »les femmes de réconfort » et le travail de Jung Kyung-A permet largement de corriger cela.
Depuis que j’ai lu Filles de la mer, j’ai une idée de ce qu’ont pu vivre ces femmes mais je n’imaginais pas, naïvement, que le phénomène, le drame humain sordide, le terrible crime commis, avait d’autant dépassé les frontières de ce que je m’étais imaginée. En cela, l’oeuvre de cette autrice coréenne, qui est allée à la pêche aux témoignages des rescapés mais aussi des criminels, fut éclairante. Alors non, ce n’est pas une lecture facile à faire. C’est assez douloureux. On est estomaqué. On se prend un violent uppercut dans le ventre en le lisant. Quand on est femme, on se met aussi facilement à leur place et on se dit combien cela aurait / pourrait facilement être nous. C’est effroyable. Mais c’est une lecture nécessaire et l’autrice met les formes pour qu’on puisse quand même la lire malgré la violence de ce qu’elle raconte.
Elle fait en effet oeuvre d’historienne. Elle va à la racine des sources, en exploite des multiples, les cite toujours, les rassemble, les confronte et en tire le schéma explicatif de ce que fut ce phénomène à l’échelle du Japon impérial, c’est-à-dire avant, pendant et après la Seconde Guerre Mondiale, sur l’ensemble des territoires colonisés (Corée, Chine, mais aussi les nombreuses îles du Pacifique où ils étaient) et au Japon. Elle dresse ainsi le portrait de cette horreur : qui l’a pensé, quand, comment et pourquoi, comment elle a été mise en place, avec quels moyens, quelle »philosophie », quelles conséquences et quel devenir à la fin de la guerre. C’est très riche, très complet, étayé, documenté.
Narrativement, cela a beau être douloureux, cela se lit très bien, notamment parce que le ton et le dessin mettent une distance entre nous et les événements tragiques décrits. Certes, il y a de l’émotion. Comment ne pas avoir le coeur qui se sert lors des témoignages de ces femmes ou ressentir une colère immense devant ceux de leurs bourreaux. Mais, le trait de l’autrice étant proche du dessin de presse, personnellement, cela m’a aidée à rendre la lecture supportable et non insoutenable comme je le craignais. L’autrice va dans le fond du sujet mais avec pudeur, préservant justement ces victimes à la rencontre desquelles elle est allée. Et lorsqu’elle conclut ses chapitres, il y a toujours quelques pages de »débriefing » avec ses amis qui recadre encore les choses et permet de relâcher la pression. C’est extrêmement bien vu.
Je recommande donc avec force cette lecture à toute personne s’intéressant aux crimes de guerre, que ce soit pour se rendre compte de l’horreur encore plus vaste que fut cette Seconde Guerre Mondiale en Asie, ou pour réaliser que c’est une pratique qui malheureusement était antérieure et perdure encore, et contre laquelle il faut lutter. Non, réduire les femmes en esclavage, soumettre leur ventre, n’est pas acceptable même en temps de guerre. Non ne demandons pas à être réduit à des objets à conquérir, détruire pour leur basse idéologie viriliste militariste. On doit dénoncer tous ces crimes à travers l’Histoire, même récente, inlassablement pour qu’un jour ils cessent vraiment ! [Par contre, où est le tome 2 promis ? T.T ]
Merci à Jung Kyung-A et à toutes les femmes qui ont osé sortir de l’ombre pour témoigner, dieu sait que ce n’était pas facile. Il faut poursuivre le combat pour que le Japon reconnaisse et paie pour ce crime. Il faut dénoncer toutes les violences pour qu’elles ne soient plus tabous et cessent.
It's incredible that such events happened less than 100 years ago. I was also dumbfounded to learn that Korea was ranking second in the world regarding rapes numbers during the 2000's.. It demonstrates that women have a long way to go in this country. Thus, the taboo of the military sexual slavery by Japan...
I first heard about military sexual slavery by Japan watching a testimonial from an Hajuma on YouTube. (Asian boss_ comfort women).
What shocks me is the institutionalization of raping and their hygienic justifications. What triggered these military sexual slavery measures were infected prostitutes and STI deciming 10% of soldiers. They were also supposed eradicate rapes. Women were then considered as military ressources for war effort. Well.
History is written by the winners and I was surprised to learn about the US participation in a similar initiative with Japanese woman..