Aude semble se limiter à ses cousins et quelques invités rigoureusement sélectionnés, notamment en fonction de leur patrimoine culturel et de leur blancheur. Leurs fonctionnement quasi incestueux de cette classe élitiste garantit sa décadence interne, symbolisée par la grand-mère raciste, par un père absent qui n'a comme valeur que l'enrichissement, par le cousin bagarreur sans cerveau, la cousine collectionneuse d'hommes et superficielle, et surtout, par le frère Maxime, drogué, homosexuel, asocial, psychologiquement instable (déviance ultime, autodestruction confinant à la révolte).
La rencontre avec le Capitaine et avec le jeune Jameson, est censée provoquer une faille dans le système de pensée cloisonné, dans l'emmurement de la vision du monde d'Aude et ainsi la naissance d'une personne révoltée dans ce micro monde défaillant. Or le roman va se centrer sur les petites histoires du Capitaine, son mystérieux amour malheureux finalement anecdotique – et abracadabrant –, son personnage finalement un peu plat, sur les enfants terribles des rues, finalement bien gentils, également possesseurs de savoirs et de valeurs, idéalisés et sans réelle épaisseur. Jamais la jeune femme ne se confrontera avec sa famille, avec ses cousins, snobant au mieux l'enterrement de sa grand-mère, oubliant son grand frère qu'elle aime dans son coin – totalement mis de côté par le récit alors même que c'était le personnage le plus intrigant. Ainsi, Aude restera, comme ce dernier, un simple dysfonctionnement de la classe aisée. le ton du roman reste enjoué, naïvement positif et passe d'un début riche, notamment par le travail stylistique sur les voix (marqué par l'italique comme chez Faulkner) et le flux de pensée de la récitante, à une suite écourtée qui semble passer à côté de son sujet.