Tout un peuple se prépare à fuir, s’inventant un ailleurs à défaut d’un avenir. Partir est un mythe auquel personne n’échappe. Au Ayizan, chic restaurant de Pétion-Ville, se font et se défont les voyages. Lucie sert les clients le jour et vend son corps la nuit. Maritou fuit la haine de Jeannette et la pitié de Clémence ses demi-sœurs. Elle vomit son angoisse et sa solitude jusqu’à sa rencontre avec Lucie. Elles s’apprivoisent jusqu’à s’aimer. Un ailleurs à soi, miroir où se tissent illusions et vœux de départ.
Une magnifique découverte; cette autrice vaut la peine d’être lu. J’ai été grandement touchée par cette histoire sur la solidarité féminine et sur l’amour lesbienne comme un baume sur l’existence. Tellement de douceur en si peu de page, tellement de tristesse aussi. Je demeure marquée.
“Le 21e siècle est heureusement transparent, tout y semble à portée d’yeux, de doigts, de sens. On peut rêver de tout. Sur les belles côtes occidentales échouent des corps muets, terrassés par les traversées. La mer est indocile. Ah, l’ailleurs si désirable! Les villes d’eau, de gratte-ciel, de vastes campagnes, de péchés possibles.
Ma place est partout, sauf ici.”
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“Apprends-moi la nuit, apprends-moi à jouir, je suis au bout du chemin, je m’ouvre entièrement, je tremble, je leure. Je n’avais jamais pleuré avant, j’aime cette bouche qui plonge tout au fond de moi pour créer ce bouleversant désordre, ce chaos qui me manque depuis tellement d’années. Mon amour, je dis pour la première fois, cette nuit de toutes les premières fois. Je crie. Seigneur, faites que ma vie s’arrête ici, faites que ce moment ne finisse pas. J’existe enfin.”
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“Je ne pourrai plus vivre et marcher dans cette ville. Nous ne pourrons jamais suffisamment nous cacher pour ne pas rencontrer notre propre histoire, celle qui nous a précédées, celle qui nous suit et nous définit.”
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en fait ce livre est écrit en troisième personne, mais en transcrivant ces extraits je viens de noter que ce sont les passages en première personne (de la perspective de Maritou, principalement) qui m’ont le plus affecté.
Je n’ai pas cherché ce livre, c’est lui qui m’a trouvé. Un ailleurs à soi m’a parlé de rejet, d’exil, de quête d’identité, et je m’y suis reconnue. L’écriture est poétique, mélancolique, d’une beauté douloureuse. C’est un livre qui m’habite encore, même après l’avoir refermé.
J'ai aimé lire ce livre qui parle de femmes et de leurs vies. L'envie d'ailleurs m'a rappelé la mienne et cela m'a fait penser à ce que je voulais vivre de nouveau ici.
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