Jeune fugueur évadé de Brooklyn à la fin des années 1970 pour venir zoner dans le coeur d'une ville aux dangers ensorceleurs, Jean-Michel Basquiat, né en 1960 d'un père haïtien et d'une mère portoricaine, devient en peu de temps l'un des chefs de file de la nouvelle scène artistique underground, aux côtés de Keith Haring et d'Andy Warhol. Poète, graffeur, musicien mais surtout peintre, il se consume dans l'urgence de créer, de surprendre, de réussir, de devenir riche et célèbre - telle une étoile filante montée au firmament de la folle effervescence new-yorkaise des années 1980.
Ardente et poétique, cette fiction biographique épouse la fougue de l'acte créateur tel que le pratiquait celui que l'auteur rebaptise "Jay" : les mots se heurtent et sonnent pour dire le combat qu'il mena contre un monde décevant de torpeur, dégoûtant de corruption et d'hypocrisie - et contre lui-même. Il voulait être un héros, il est devenu culte, symbole de l'art qui dévore et transcende l'existence.
C’était loin d’être prémédité, mais puisque chez moi les deux livres attendaient chacun de leur côté que je leur jette un œil, j’ai lu ce roman en même temps qu’une monographie en bonne et due forme de Jean-Michel Basquiat. Un seul et même sujet, deux ouvrages assez courts à portée de main, avec l’avantage dans le cas de la monographie d’être abondamment illustrée; l’occasion s’est présentée comme une évidence.
Génial pour moi, moins génial pour Ducrozet : j’ai aimé les deux livres, mais j’ai trouvé que la « fiction biographique » n’avait parfois de fictif que l’ajout de dialogues plutôt banals, voire insipides. Même chose pour des détails atmosphériques qui contribuent jusqu’à un certain point seulement à une immersion approfondie dans le New York des années 1980, au-delà de repères qui s'avèrent de rigueur et que la monographie offre aussi. L’auteur brandit avec insistance mais sans apport créatif substantiel parfois la détresse, parfois la désillusion d’un artiste issu de la rue alors que ce dernier se hisse rapidement vers de hauts sommets du commerce de l’art. Le ton est simplifié et frôle régulièrement le cliché, quoique sans pour autant déshonorer la plume. Eût-on exploité les insécurités de Basquiat et le contexte permissif d’une fiction pour réellement s’envoler vers des réflexions plus lyriques, plus originales, l’auteur m’aurait enchanté. Quand Marguerite Yourcenar prêtait voix à Hadrien, en 1951, on était ailleurs, complètement. Ce n’est pas le cas, avec Eroica : on reste très, très près du cadre historique en termes de fiction biographique, tout en ménageant le niveau de langage. Intéresser le lecteur, ne pas l’effrayer.
Le fait est que d’un ouvrage à l’autre, de la monographie au roman, les deux lus concurremment, c’est la même chronologie, ce sont les mêmes « personnages », les mêmes anecdotes ou à peu près, et il se trouve que la vie de Jean-Michel Basquiat, de l’ascension à la chute de l’artiste, est spectaculaire en elle-même, sans l’assistance particulière d’un texte romancé. Ces moments forts qui ponctuent les quelques années de la carrière du peintre, ceux qui émerveillent ou horrifient par leurs excès, n’ont d'ailleurs pas eu besoin d’être inventés. Ils existaient d’emblée et se retrouvent tels quels dans une monographie. J'aurais eu le goût, je fais toujours ce même souhait, que le roman prenne son élan à partir de là, utilisant les faits comme une trampoline, pour gagner de la hauteur.
Ce qu’accomplit Eroica, c’est plutôt de retranscrire le tout à la sauce bestseller. Le ton, le choix du vocabulaire, tout y est. On s’applique à décrire avec attention l’anodin, les mouvements, les objets, pendant qu’on simplifie, qu’on débarrasse de leurs aspérités des réflexions plus raffinées. Cela dit, d'un endroit à un autre, la marée monte et descend.
« Madonna parcourt cet après-midi la ville à la recherche de capotes. Ils n’en ont plus et tout le monde sait que Jay file des blennorragies à toutes ses copines, la moitié de New York décimée, alors hors de question. Elle en trouve finalement à la pharmacie de Wilshire Boulevard. Elle les étale sur le lit. Jay se demande ce que c’est que ce truc : un totem vaudou, un ustensile de pêche? Elle s’approche et lui montre comment ça se passe. Il voit vraiment pas l’intérêt. Autant aller faire un squash. »
Soupir.
Certains passages reprennent un peu de cran :
« Il a perdu une incisive. Elle le faisait chier depuis des années, elle bougeait, elle lui faisait mal, la cocaïne quand elle entre endort les gencives et sa puissance se concentre la plupart du temps sur une dent : celle de devant. L’incisive a commencé à ballotter devant les quantités fantastiques que Jay s’envoyait dans le conduit naso-lacrymal. Il s’inquiéta, il y tenait à sa dent. Il a même arrêté un temps la coke. Puis il a repris. L’incisive a fini par tomber. Jay, ce jour-là, ne se lève pas. Le jour suivant non plus. »
Enfin, à défaut de couper le souffle, d'autres passages se laissent déguster et nourrissent l’entrain :
« Il a tout regardé et il a voulu comprendre. Il s’est penché sur les pâtes épaisses de Van Gogh, il a passé son doigt sur la perfection des Raphaël et la grâce des dessins d’Ingres. La splendeur des têtes tranchées de Caravage, des canaux de Canaletto. Il a voulu comprendre comment Malevitch, Kandinsky et Pollock avaient détruit les formes, il a détaillé la peinture vive et colorée d’Ernst Ludwig Kirchner, l’invention radicale de Warhol à partir de rien, les ratures désirées de Cy Twombly, la puissance (l’effroi) des tableaux de Bacon, il a tout regardé. Les nuits étaient longues et il n’avait pas sommeil. »
Ultimement, et à ce stade-ci je devrais peut-être dire mine de rien, ultimement le livre m’a plu à sa façon. À l’intérieur des limites qu’il s’est imposées – ou qu’il s’est fait imposer? – Pierre Ducrozet manie efficacement la plume et maîtrise tout à fait sa trajectoire. À la base, j’ai adoré le choix de son sujet, c’est quand même la moitié du combat, d’autant qu’en matière de recherche, ici les devoirs sont faits. Ce qui m'irrite avec Eroica, c’est la retenue : on sent souvent que l’auteur est capable de quelque chose de plus musclé, mais qu’on n’y a pas droit, qu'il fallait vendre. J'aurais préféré qu'on fasse confiance à mon intelligence. Peut-être est-ce juste moi.
belle fiction biographique qui met en contexte la vie de basquiat et celles d’autres artistes thirsty for fame dans le new york des années 80. je me suis sentie immergée dans l’histoire d’une vie simultanément dure et douce, qui m’a laissé avec un poid dans la poitrine. style d’écriture parfois très lousse et libre; un clin d’oeil au trait de pinceau de l’artiste? who knows… certainement food for thought comme roman!
Lu lors de l’été 2022, en Scandinavie, lors de mon Basquiat summer. Déjà touchée par son art dans le connaître j’ai trouvé cette biographie fictive géniale, une manière d’écrire puissante et frénétique, Pierre Ducrozet retranscrit l’esprit que l’on retrouve dans les œuvres de Basquiat. Une fureur de vivre, une révolte palpitante, et la violence du désespoir, de l’addiction. J’ai adoré et été totalement emportée par ce livre.
J’ai été attirée par ce livre par un goût prononcé pour les vies d’artistes et la curiosité de mieux connaître Jean-Michel Basquiat, dont je ne connaissais que quelques reproductions et presque rien d’autre, à part qu’il était mort jeune. J’étais désireuse de voir comment l'auteur avait dépeint le monde artistique bouillonnant de New York des années 80, du haut de ses tours jusqu'à sa culture underground, une ville indissociable de la vie et de l’oeuvre de Basquiat, (et un monde que j’avais aimé découvrir quelques années auparavant dans un fascinant documentaire sur la chanteuse Blondie). D’abord sceptique, j’ai été très vite transportée par la prose de Pierre Ducrozet. En quarante-quatre chapitres brefs avec des allers et retours temporels, l’auteur explore qui était ce jeune artiste, et comment il a su cerner et surprendre son temps en interrogeant et renouvelant sans cesse le langage de l’art. Souvent, les phrases de l’auteur s’inspirent de l’oeuvre picturale et détonent dans tous les sens, offrant un spectacle verbal « texte-image» sans pareil. Contre l’arrière-plan social des milieux et du marché artistiques de l’époque, peuplé de vedettes, de disciples et de requins, l’auteur retrace de façon convaincante la figure insolite de Basquiat, son insolence superbe et son dédain, sa carrière fulgurante et sa chute libre. On peut facilement apprécier pourquoi Jean-Michel Basquiat puisse représenter un beau matériau pour un romancier ; il est bien plus difficile par contre d’en faire un livre. Un défi que, du moins pour moi, a su relevé Pierre Ducrozet.
Cela fait plusieurs années que je suis particulièrement intéressée par Jean Michel Basquiat et son art mais ce livre m’a plus bouleversé et touché que ce auquel je m’attendais. Par le style d’écriture de l’écrivain qui est très accrocheur et par la façon dont il retranscrit parfaitement la fougue artistique de “Jay” et ce que je ressens en voyant ses tableaux, je peux affirmer que ce livre rentre sans aucun doute dans le classement de mes trois œuvres littéraires préférées 😩😩😍 🙏🏼🙏🏼🙏🏼
Ich bin schwer beeindruckt. Ducrozet beschreibt das Leben von dem Maler Basquiat, als wäre er dabei gewesen. Aber genau so stellt man sich den Wertegang eines Künstlers vor, der früher oder später dem Rausch verfällt. Ähnlich Michel Jackson. Was hätten diese Künstler alles noch schaffen können? Kein Mensch vermag es, einem solchen Genie wirklich zu helfen. Keiner konnte Basquiat von einer Entziehungskur überzeugen. Dazu hätte es wahre Liebe gebraucht und die hat er nicht gefunden.
L'auteur nous livre le récit de la vie Basquiat, génie new yorkais, de la fin des années 70 jusqu'à sa mort dans les années 80. Je ne connaissais cet artiste que de nom et qu'il fut brièvement le mec de Madonna et ce roman m'a permi de le connaître plus en profondeur.
C’est brut, haché, poétique, il y a une énergie qui traverse cette fiction autobiographique qui colle parfaitement à l’œuvre de Basquiat et à New York. Une heureuse découverte.
Un bon livre pour ceux qui souhaitent en apprendre plus sur la vie de Jean-Michel Basquiat : ses démons, son talent, ses amours, la pauvreté et la drogue.
basquiat que dire, une histoire et une vie tragique du début, jusqu’à la fin, mais quel artiste il fut, les dégâts d’une société gangrené par un capitalisme dévastateur
Magnifique livre écrit avec un talent incontestable. Le style de l’auteur est particulier et cru mais tellement appréciable et adapté à la vie de Basquiat. J’ai hâte de lire d’autres œuvres du même auteur.
New York, les années 70, l’avènement de la scène arty, la pop culture, la mafia, le street art.
Bien loin de la ville que l’on connaît aujourd’hui mais déjà tout aussi bouillonnante, Pierre Ducrozet nous raconte à sa manière la vie, courte mais dense, de Jean Michel Basquiat, fils d’immigrés portoricain et haïtien dont l’ascension fulgurante dans le monde du street art résonne encore aujourd’hui, un demi-siècle plus tard.
New York est la toile et Basquiat en est le pinceau.
Un roman écrit à 1000 à l’heure dont la sensation de vitesse et de frénésie est palpable du premier chapitre jusqu’au dernier.
Eroica de Pierre Ducrozet, ou la biographie décapante de Jean-Michel Basquiat.
Je connaissais mal le destin de Jean-Michel Basquiat, et très peu son œuvre. Grâce au coffret "Histoire de l'art" de la @la_kube, reçu à Noël, voici cette lacune comblée !
Eroica Alcool & drogue Peinture Grafitti Succès fulgurant Amour Andy Warhol Heroïne New-York Madonna Sarcasme Peinture Musique Drogue 27
L'écriture incisive de Pierre Ducrozet nous emmène dans le New-York underground des années 70-80, on y retrouve pléthore de noms connus, des galeristes plus ou moins attentionnés, un artiste consumé par la drogue et son talent brut.
Le roman est court et se lit très bien, comme une fulgurance.