1999 – Kyoto Dans une demeure antique, nichée sous l'épaule des forêts d'Arashiyama, la mangaka Izôkage Fuyue est perdue dans la neige d'un écran, connectée à la matrice par ses cheveux // Près d'un saule, le parfumeur Hatsuyuki, son frère, révèle à cinq visiteurs venus d'occident le secret des tatouages de Kamen // Sous la pluie diluvienne du Grid, un hacker fay court, entre les lames des unités contre-mesures et les strates de Glace Noire // Sous l'aiguille et le sourire d'une ancienne, le destin de la prêtresse de Frontier prend vie comme une étincelle vouée à ne jamais craindre l'extinction, tandis que les couleurs descendent du ciel blanc sur l'aile des feuilles d'érables // Sur un store teinté de bleu nocturne, la silhouette d'un homme inscrit les stances du Bushido, en contrepoint des métaux d'un tableau oublié de Klimt / ... // ... 1999-2013 – Seattle / Kyoto / New York / Tokyo… Entre les Fays de Frontier et les Izôkage, de part et d'autre de l'océan, la trace de ce qui a été noué demeure, le long des fils coruscants de la matrice, de la brûlure des encres, du rouge du sang, du grand blanc des deuils, et de la chute incessante des pétales de cerisier. Puisque la fraternité et l'amour sont, comme l'Hanami, une boucle qui n'a pas de fin.
Léa Silhol a été nippophile obsessionnelle et 'éleveuse d'érables japonais' avant même de devenir écrivain. Le Seppenko Monogatari relie ses cycles du Dit de Frontier, Vertigen, et l'ensemble de ses textes japonais au carrefour de la Fantasy, de la Fantasy Urbaine, et du Cyberpunk. Hanami Sonata sera immédiatement suivi par le diptyque de romans Gridlock Coda et le recueil de nouvelles Masshiro Ni.
Léa Silhol est une romancière, nouvelliste, anthologiste et essayiste française, née en 1967 à Casablanca. Elle a été par ailleurs l'une des fondatrices des éditions de l'Oxymore, directrice littéraire et artistique, attachée de presse, ainsi que musicienne dans le "concept band" Done by Mirrors. Ses univers s'inscrivent dans le champ de la Fantasy Mythique (Le cycle de Vertigen), la Fantasy Urbaine (l'univers des 'Fays' de Frontier), le Cyberpunk (la série Gridlock Coda), le Fantastique, le Réalisme Magique ("Sous le Lierre"), et la littérature expérimentale (La séquence Hyperfocus). Elle vit à l'heure actuelle dans le sud de la France avec sa famille, un chat poseur d'énigmes, et trois lévriers (galgos et podencos) sauvés des massacres en Espagne. Elle y partage son temps entre l'écriture, la musique, et la défense des causes qui lui sont chères.
Je ne critique ni ne note mes propres livres, par évidence.
Ceci simplement, alors : Hanami Sonata est l'extension et la suite du "Maître de Kodo", paru à l'origine dans Sacra, Parfums d'Isenne et d'ailleurs - II - Nulle âme invincible. Cette édition est illustrée de clichés photographiques et imprimée en couleurs. Une seconde version de cet opus sera éditée prochainement (non illustrée, moins onéreuse). "Hanami Sonata" est l'opus II du (cycle) Seppenko Monogatari, mais la ci-devant auteure promet (main sur un exemplaire antique du Hagakure) que le volume I, qui rassemblera les nouvelles concernant Seppen et ses descendants, n'est absolument pas nécessaire à la lecture du présent volume.
Hanami Sonata a la couleur du silence, de la pluie, de la nostalgie, puis du languir. On y retrouve cinq des changelings de Frontier dans leurs toutes premières aventures, avant la constitution des Premiers. C'est ici que l'on en apprend davantage sur : les tatouages fays, la Yuki-Onna qui pourchasse la famille de Seppen (cf. Contes de la Tisseuse), le devenir des descendants dudit rônin, mais également d'importants éléments sur Nicnevin / Crescent. Bien que non classé parmi les volumes du Dit de Frontier, il s'agit donc d'un important jalon de l'histoire des Fays.
"Le Maître de Kodo" avait été un enchantement à écrire. La suite, au travers d'Hanami Sonata, les textes supplémentaires du recueil (volume I de la série) à venir, et les deux volumes de Gridlock Coda ne le fut pas moins. C'est un travail de contrastes et de clair-obscur dans lequel je suis encore plongée jusqu'au cou, sans m'en plaindre une seule seconde. C'est un bonheur particulier pour la nippophile passionnée que je suis depuis des décennies d'avoir ainsi, presque par accident, bâti sur la pierre de fondation de "La Loi du Flocon" l'un des pans les plus importants de la Trame.
A vous revoir à Kyoto, ou dans les méandres du Grid.
A la question "Est-ce qu'il faut avoir lu le 'Seppenko monogatari 1' pour comprendre?" la réponse est non, soyez rassuré ( et de toute façon, ne cherchez pas, ce n'est pas encore sorti à la date présente de ce post).
"Hanami sonata" a d'abord été une nouvelle "Le maitre de Kodo", sorti dans le recueil "Sacra II", et c'est un plaisir de la retrouver ici remaniée et étendue, avec une seconde partie "Maitresse d'échos" qui va plus loin et clôt la partition. Bien que faisant partie d'un cycle, le livre se suffit à lui-même.
"Hanami sonata" s'ouvre au Japon, quand des fays américains débarquent à la demande de Hatsuyuki, pour aider sa soeur, restée coincée dans le grid, une espèce de monde virtuel. Le ton est très vite donné, l'ambiance de la maison de Hatsu, coloré, calme et intemporel, contrastant avec l'urgence de la mission de fays et du gris métallique du grid. Le livre fait appel à tout une gamme de couleurs et d'odeurs, jouant sur les sensations et y réussissant très bien. Cette mission se déroule essentiellement dans la demeure japonaise, et l'impression de huis-clos donne l'impression par moment que le temps s'est figé autour de sensations et de souvenirs, à l'image de ce qui est le centre nerveux du livre: la relation entre Hatsuyuki et la fae Margret, dont le cours va autant dans le sens du passé que de l'avenir, et nous prends presque par surprise en faisant apparaitre d'autres implications par ricochet, des liens vers d'autres récits de l'auteur, des réponses là où on ne s'attendait pas forcément à en trouver. Leur histoire d'amour, empreinte de nostalgie, porte le récit sur des années et le moins qu'on puisse dire c'est que la plume de l'auteur leur rend justice avec brio.
Lire les écrits de Léa Silhol me bouleverse toujours. Ici, ses mots chantent à mon âme, se font les échos de mes émotions. Moi qui ne sais m'exprimer avec une telle beauté et tant d'acuité, cette lecture m'a subjuguée. Ce n'est pas un livre, c'est un bijou, ciselé à la perfection. Chaque ligne trouvait sa résonance en moi; ce n'est une lecture dont on sort indemne, il faut du temps pour "digérer" tout ce qu'elle implique, pour la savourer, pour la laisser nous susurrer à l'oreille quand on ne la lit pas. J'avais déjà lu Le Maître de Kodo (navrée pour la ponctuation) dans Sacra vol.II mais Léa Silhol l'a remanié, étoffé et j'en ai eu le souffle coupé. Les mots sont d'une justesse incroyable, à chaque fois, jusqu'à même en pleurer, tant ils me parlaient: "Je voudrais renaître en âme neuve un milliard de fois, pour te choisir à chaque fois." Un livre incroyablement puissant qu'il faut impérativement lire.
Dans l’œil du cyclone, un sakura. … Voilà. S’il fallait décrire Hanami Sonata, c’est ainsi que je le ferais : la beauté poignante d’un sakura en floraison, dans l’œil du cyclone. Violente est la tempête tout autour, tandis que se jouent simultanément le sort d’une gamine coincée dans l’univers digital du Grid et le devenir des citoyens fays à travers deux pays, et que des êtres en quête d’unité primordiale se cherchent et s’éprouvent. Mais au centre, au cœur, au plus précieux, il y a la merveille absolue de visions qui ne me quittent plus — la paix d’un lac au Japon où repose un grand trésor, la splendeur d’un cerisier à Frontier —, et la résonance unique de cœurs qui s’accordent dans la contemplation de la nature, y communient par-delà le fracas du monde. Pour sceller l’enchantement, il fallait rien de moins que la plume d’une grande amoureuse du peuple de sève japonais — et il fallait bien un si puissant enchantement, pour accomplir la symbiose entre ce dialogue intime et tendre avec la beauté et les éclats et échos torturés d’une histoire d’amour et d’exil.
Mais c’est aussi, Hanami Sonata : une tragédie ancienne, toujours plus douloureuse (ô combien) à chaque relecture, à présent que l’on sait les éclairs en puissance dans les cieux qui s’assombrissent. À une différence, essentielle : pas de chœur encombrant, ici, pour se lamenter dans l’impuissance, mais une empathie à l’œuvre, magnifique, dans la présence, le regard et l’action des compagnons du duo que forment le Maître de Kodo et la Maîtresse d’Échos.
Et encore : le récit d’une éclosion, d’un avènement à soi par la voie vers l’Autre et par la torture d’une cruelle décantation intérieure. Il y a là une dureté, une violence intérieure à l’œuvre qui n’est pas sans m’avoir rappelée ce que traversait Angharad au fil de La Sève et le Givre. Pour que, de la formidable créature féerique qu’était Nicnevin, Monarque d’Ombre et grande guerrière, émerge la Fay Crescent, il fallait un sacré choc tectonique. C’est à cette transformation interne, ce changement nécessaire, que l’on assiste là — en recevant au cœur la douleur de cette grande âme —, ainsi qu’à de nouvelles variations sur le thème du destin, des masques et des responsabilités que l’on porte.
Ah, et ceci : un carrefour, d’importance cruciale. Hanami Sonata n’est pas la bouture d’une novella publiée dans Sacra, Parfums d'Isenne et d'ailleurs - II - Nulle âme invincible pour rien. Quel superbe espace de rencontre que les pages de ce roman ! Rencontre entre le Japon ancien, ses arts, ses valeurs si magnifiquement incarnées par Izôkage Hatsuyuki, et le monde moderne, entre des cultures en plein exercice d’apprivoisement (culture japonaise et culture occidentale, mais aussi culture féerique), entre des pans de l’univers de Léa Silhol (Vertigen, Frontier, les enfants de Seppen, qui enfin se dévoilent plus longuement en nous accueillant dans l’ancienne demeure familiale, ainsi que des échos de l’ovni Error_type vol. 1 Fovéa, Leçons de Gravité dans un Palais des Glaces) qui convergent soudain les uns vers les autres en une danse complexe et passionnante, à ne manquer sous aucun prétexte pour les fans de l’auteure. Et pour les autres, les chats curieux qui désireraient explorer l’œuvre, vous tenez là une sacrée, et sacrément belle, porte d’entrée !
Grande fan de Léa Silhol, je n’ai pourtant pas encore lu toutes ses parutions. Après avoir savouré le premier opus de la saga Seppenko Monogatari, je me suis lancée dans le second, profitant du Hanami Book Challenge. À noter que ce second volume peut se lire indépendamment du premier, qui était un recueil de nouvelles.
La saga suit une famille japonaise, tout au long des siècles, ainsi que ses liens avec le peuple féerique – celui, issu du folklore, croisé dans le Cycle de Vertigen, et celui, plus contemporain mais lié au précédent, croisé dans le Dit de Frontier. Car dans l’oeuvre de Léa Silhol, tout est lié !
Hanami Sonata rassemble deux novellas. La première, Le maître de Kodo, est une version longue de celle parue dans Sacra. C’était déjà l’un de mes textes préférés de ce recueil, j’ai été ravie de le savourer à nouveau ici ! La seconde novella, La maîtresse d’échos, est inédite. Les deux textes fonctionnent en contrepoint l’un de l’autre, restituant l’histoire de Crescent et de Hatsuyuki, d’un pont jeté entre les fays et le Japon, d’un amour qui transcende les siècles et valse au rythme des saisons.
Dans Le maître de Kodo, nous suivons Hatsuyuki Izôkage, qui fait venir des fays des États-Unis pour sauver sa soeur, piégée dans le Grid. Le Grid, c’est un environnement virtuel, mais ces quelques mots descriptifs sont insuffisants pour en dévoiler la nature exacte, nature que je vous laisserai découvrir ! Parmi la délégation fay se trouve Margret, une jeune femme au caractère entier qui n’hésitera pas à risquer de tout perdre, pour sauver la jeune fille. Entre Margret et Hatsuyuki naît un amour qui défie toute mesure. Et qui risque bien d’attirer l’ire de l’Hiver, ennemi de la famille Izôkage…
Une novella placée sous le signe d’un éveil d’importance – celui de Crescent – mais aussi d’un amour digne des tragédies shakespeariennes. Féerie et univers virtuel s’y mêlent, de même que le Japon traditionnel et l’Occident contemporain. Un premier texte qui narre la chute exaltée de ses personnages, leur éveil mais aussi le déchirement.
La maîtresse d’échos, le second texte, c’est l’élévation, tel les fleurs renaissant au printemps. Plusieurs années se sont écoulées depuis les événements survenus dans Le maître de Kodo, et l’on retrouve ses personnages pour découvrir les conséquences des dits-événements. L’ombre du tsunami qui frappa si tragiquement le Japon en 2011 apparaît aussi dans ce texte, qui se déroule à la même époque.
Je n’en dirai pas plus pour ne pas déflorer l’intrigue, mais cette seconde novella fut tout aussi intense que la première, car chez Léa Silhol, les personnages expriment leurs sentiments dans la démesure, une démesure poétique et à gestes comptés, mais on perçoit bien toute l’emphase qui les emporte à travers leurs mots.
La symbolique de la danse des saisons comme celle de l’Hanami parcourt les pages, entre frimas impitoyable de l’Hiver et fragilité des pétales des fleurs de cerisiers. Autant dire que le fait de l’avoir lu dans le cadre du Hanami Book Challenge a apporté une saveur particulière à cette lecture !
Et, comme toujours avec la plume de Léa Silhol, les mots coulent de façon somptueuse. J’ai noté bien des citations, été transportée ligne après ligne par la pure poésie des phrases. Hanami Sonata a été une lecture marquée par la beauté, celle des mots comme celle du printemps. J’avais le souffle coupé, par cette plume, par ces histoires, par ces personnages.
S’ouvrant sur une version amplifiée de la nouvelle Le Maître de Kodo, Hanami Sonata centralise son intrigue sur la relation qui se tisse entre Hatsuyuki, Trésor Vivant du Japon, et Margret (qui fut Nicnevin, qui sera Crescent), fay américaine « détachée » avec quatre de ses compagnons pour prêter secours à la jeune sœur du premier, Fuyue-Neko, prisonnière du Grid. Il s’avérera cependant que l’attirance qu’ils nourrissent l’un envers l’autre n’a que peu de rapport avec la nécessité diplomatique qui sous-tend cette visite, et tout à voir avec une très ancienne malédiction que la famille d’Hatsuyuki cherche à garder secrète. Le Maître de Kodo dépeint une tombée en amour, et donc une chute ; l’autre partie de l’ouvrage, La Maîtresse d’Echo, reprend de la chute et s’élève jusqu’aux retrouvailles : en ce sens, le livre est construit autour de l’image du « pétale qui revient à sa corolle après en être tombé », de la contemplation de la floraison, du Hanami, ainsi. Dans Romaji Horizon, les protagonistes sont pleins de vitesse et de sève, mais les personnages de Hanami Sonata sont plus âgés, adultes, et pétris de devoirs et de responsabilités – ce qui rend leur lutte contre le destin peut-être plus lourde et plus tragique encore, et leur victoire, leur « révolte », plus impactante. Toutefois, il m’a manqué quelque chose dans cette lecture, sans que j’arrive à vraiment mettre le doigt dessus. C’est peut-être la distinction trop « tranchée », ces deux parties trop nettes ; certains enjeux assez flous – toutefois, l’ayant relu après Romaji Horizon, je l’ai davantage apprécié qu’à la première lecture, alors ça vient peut-être juste du fait qu’il me manquait certaines clés. Je conseille cependant de lire Romaji Horizon (et croyez-moi, ça vaut le coup) avant Hanami Sonata pour vraiment en apprécier toute la saveur.
C'était sans doute un rêve pour tous les lecteurs de Sacra, Parfums d'Isenne et d'ailleurs - opus 2 : Nulle âme invincible de voir l'enchantement de la novella (très plébiscitée par les lecteurs) "Le Maître de kōdō " s'étendre à l'échelle du roman, et/ou au-delà. Nous sommes ravis d'avoir assisté et participé à ce tour de magie, au travers des deux belles éditions d'Hanami Sonata.