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La Maison mère

« À la claire fontaine, m’en allant promener… » Pourquoi Alexandre Soublière, qui a choisi d’aller vivre à Vancouver, s’est-il un jour surpris à fredonner cet air en déambulant dans les rues de la ville ? Quel est donc ce lien qui unit quelqu’un de sa génération – celle des trentenaires – à la culture canadienne-française des coureurs des bois, qui reprenaient le vieux refrain pour scander leurs coups de pagaie ? En outre, cela a-t-il encore un sens de se dire Québécois à une époque où, sous l’effet égalisateur d’Internet, l’idée de culture elle-même semble vouloir disparaître ? Franchissant allègrement la frontière entre la fiction et l’essai, jouant de l’humour et de la provocation sans jamais renoncer à la gravité de sa réflexion, l’auteur de Charlotte before Christ nous oblige encore une fois à nous aventurer hors de notre zone de confort.

288 pages, Paperback

Published January 1, 2019

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About the author

Alexandre Soublière

9 books20 followers
Alexandre Soublière a écrit pour Radio-Canada (TOU.TV) et a aussi collaboré comme parolier au plus récent album de Dumas. Après un DEC en littérature et un baccalauréat en communication, profil vidéo, à l’Université Concordia, il s’est rendu à New York pour participer à divers ateliers de scénarisation. Il a publié son premier roman, Charlotte before Christ, à 26 ans.

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Displaying 1 - 7 of 7 reviews
Profile Image for Daniel Grenier.
Author 8 books109 followers
August 19, 2021
Je ne comprends pas les gens qui lisent ce livre comme un essai. C'est un pur roman spéculatif, de la politique-fiction pur jus hyper consciente de ses effets et même pas racoleuse en plus. Juste assez provocatrice pour faire réfléchir les lecteurs.trices par endroits et les sortir de leur zone de confort. Dans le genre, c'est ce que j'ai lu de meilleur au Qué... au Canada-français, pardon.

Peut-être que c'est fait pour parler en particulier aux écrivains.es., parce que la forme ici prend littéralement le dessus sur le contenu, à la manière d'un virus ou d'un hold-up, et qu'on aime ça, la forme, les explorations formelles, les jeux, etc., nous les écrivains.es. Je ne sais pas, il y en a quand même pour tous les goûts, là-dedans.

Il y a quelque chose d'exaltant à regarder Soublière détruire ou déconstruire son expérience à mesure que les chapitres narratifs se multiplient. Ce qu'on oublie de mentionner trop souvent en parlant de son livre, c'est qu'il en vient à réinventer non pas l'essai comme genre, mais la fiction comme possible. Entre autres (et ça peut sembler anecdotique, mais justement...) dans ces libertés que prend ce "narrateur-auteur-qui-ne-fait-que-raconter-sa-vie" avec ce qu'il choisit de nous dire et de nous révéler. Combien de fois je me suis dit: ah, c'est le genre de truc qui aurait été enlevé d'un roman, ça... Pour me dire tout de suite après: et c'est pour ça qu'il devait le garder. Cette inutilité du discours, parfois, son aspect digressif plus que subversif, est très belle, au milieu du chaos et de l'urgence de la survie des personnages.

Tout devait être gardé, dans La Maison mère, même le plus superflu, même le plus superficiel, même le plus kitsch. C'est ce qui en fait un grand livre, paradoxalement aussi pince-sans-rire que sincère.
Profile Image for Patrick Martel.
374 reviews51 followers
March 1, 2019
(Critique publiée récemment: disparue. Je republie donc)

Ce livre n’est pas parfait, mais sa lecture m’a apporté tellement de satisfaction et d’agrément que j’en viens à volontairement écarter ses failles pour n’en conserver que l’objet de mon contentement. Jamais, à lire un texte, je ne me suis senti si concerné, si visé par un propos dont les conclusions sont si près de ma propre vision, une vision assez contre-courant, mais proposée ici par une plume si belle, une plume qui, non seulement affirme, démontre et explique, mais une plume qui raconte. C’est ce que fait Alexandre Soublière, il raconte sa thèse.

On est ici dans un essai portant sur l’identité, sur le branding, ou plutôt sur le rebranding de la nation québécoise. Il aspire à démontrer efficacement que le QUÉBÉCOIS devrait recommencer à se définir comme CANADIEN FRANÇAIS, principalement pour afficher davantage son appartenance inclusive au territoire qu’il habite.

« Aimer l’Amérique, c’est avant tout aimer son territoire. »

L’auteur, pour établir le fondement de sa thèse, propose aux lecteurs de présenter sommairement qui il est et quel est son parcours. En plus de s’inviter dans les pages du livre, il présente la démarche de sa pensée, les étapes traversées ainsi que les gens et ouvrages consultés pour la rédaction de l’essai. Lorsque Soublière parle de ses amis, de ses amoureuses, de sa famille, il le fait avec sensibilité et maturité, faisant en sorte que le lecteur associe ces mêmes sentiments à l’argumentation du sujet principal de l’essai.

Puis, après une centaine de pages, dans lesquelles le lecteur se délectait à lire une proposition centre-droite, articulée par un habile mélange d’esprit rationnel, de reconnaissance du passé et de vision lucide (éclairée) sur l’état d’une nation dans un contexte global, le livre bifurque vers une simili-dystopie. Une panne générale affecte Montréal, et, soudainement, c’est chacun pour soi. On passe en mode Survival of the Fittest. Comme lecteur, j’ai été très surpris (et inquiété) par ce changement brusque de style. À l’essai traditionnel, l’auteur ajoute l’autofiction comme ligne du temps —Je me demandais sans cesse s’il s’agissait de la même panne d’électricité que celle au centre des romans de Christian Guay-Poliquin, LE FIL DES KILOMÈTRES et LE POIDS DE LA NEIGE—. Le défi devient alors de faire perdurer la pertinence de l’essai lorsqu’elle est diluée dans une intrigue fictive pour laquelle, malgré la métaphore annoncée, l’intérêt du lecteur devient temporairement (assez) tiède.

L’auteur poursuit néanmoins la démonstration intellectuelle de la thèse proposée initialement. Il canalise et met en relief la relation qu’on les gens du Québec envers leur territoire, envers le Canada-anglais, envers la France, envers les États-Unis, ses habitants et son président, envers le français, envers la culture québécoise, envers les non-francophones du Québec, envers le souverainisme et son mouvement, envers la modernité. Toute cette démarche amène l’auteur vers la démonstration franche, articulée et corroborée que le demain d’un peuple québécois francophone effervescent doit s’établir sur la base de l’amour et du respect du territoire qu’il habite, sur la reconnaissance du passé —pas seulement celui des boomers nostalgiques, mais bien celui de la nation— ainsi que sur sa réalité américaine, son américanité.

LA MAISON MÈRE est un bouquin fascinant, stimulant, intelligent, divertissant.
Un très très bon livre.

« La langue est importante pour nous, certes, mais le fait d’avoir bâti toute notre raison d’être autour d’elle a fait que nous avons peut-être négligé ce qui l’entoure. Le français devrait être une forteresse qui protège et solidifie notre culture, sans en être nécessairement le cœur. »

« De nos jours, le mouvement souverainiste, malgré les nobles intentions qui le sous-tendent, fait plus de tord à la jeunesse québécoise que ses tenants voudraient le croire. Ce n’est pas son projet qui fait problème, c’est le manque de vision et de solutions pour le réaliser. Ce sont des valeurs dépassées. Sans issue, le mouvement s’entête à vouloir aller dans la même direction avec les mêmes stratégies qui se sont révélées perdantes dans le passé. »
Profile Image for Tommy.
23 reviews18 followers
November 4, 2018
Écrit à un ami:

"J'ai fini ton livre de Soublière en moins d'une semaine.
Vraiment très bien.

J'étais énnervé par ses pages de souvenirs concernant son ex- ... mais à la fin j'ai compris qu'il s'agit d'une métaphore au sujet du Québec: les canadiens-français de la province de Québec se sont amouraché d'un projet politique, le "Québec" post-révolution tranquille, et ce projet est voué à l'échec parce qu'il ne tient pas compte de toute la réalité.

Son appel à nous approprier notre américanité me semble très juste.

Je ne sais pas si l'auteur en avait l'intention, mais j'ai aussi vu que ce livre semble être une réflexion sur la masculinité, et même indirectement, sur le féminisme (bien que sans qu'il le veuille... je pense).

Le scénario post-apocalyptique... vraiment génial. C'est le genre de fantasme que beaucoup de gars ont, moi y compris. Et je pense que ça traduit un malaise contemporain chez beaucoup d'hommes.

Il y a, évidemment, les contradictions attendues (avortement, apologie du féminisme égalistariste)... Et je dis bien contradiction, parce que le scénario du récit m'apparaît aller à l'encontre des positions très "politiquement correctes" que l'auteur prend quand il devient essayiste. L'ex-copine aux soins intensifs... après avoir passé des pages entières à décrire l'impossible relation, serait-ce aussi un symbole du féminisme carriéristes qui s'effondre quand l'état providence n'est plus là ? Le retour à la nature, pour faire renaître l'identité canadienne-française, serait-ce aussi désir de retour à la nature, dans les relations hommes-femmes ? Évidemment l'auteur s'en défendra, et il prend bien soin de faire le "sales pitch" en faveur des "acquis" des femmes des 50 dernières années. N'empêche que, pour ce qui est de ce sujet spécifique, je n'ai pu m'empêcher de voir les désirs de transmission du conteur, inévitablement contredit par le discours politiquement correct de l'essayiste."
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Profile Image for Ian Sénéchal.
Author 2 books22 followers
December 27, 2019
Je suis habitué de lire des essais politiques et des livres de zombies post-apocalyptiques, mais de faire les deux en même temps en jumelant le tout à une histoire d'amour et une analyse de la masculinité contemporaine dans un livre qui parle du Québec, je n'y aurais jamais pensé.

Le livre est léger et écrit par un spécialiste du branding. C'est d'ailleurs un rebranding complet de la nation québécoise qui y est proposé.

Personnellement, les sujets identitaires m’indiffèrent au plus haut point. Je me méfie de tous nos vaillants souverainistes qui veulent plus de pouvoir pour le Gouvernement du Québec, mais pas pour les Québécois en rejetant leur individualisme. Je vis dans un monde qui s'ouvre de plus en plus à l'autre et où les nations les plus ouvertes seront également les plus performantes. L'identité québécoise telle qu'on nous la présente dans nos médias contribue à nous garder fermés sur nous-mêmes.

Je me suis retrouvé à plusieurs endroits dans ce texte. J'ai souvent dit que je me sentais plus américain que français, que la langue n'est qu'un outil et qu'elle ne nous définit pas comme peuple. Cette thèse, on la retrouve dans cet essai. Le point de vue est intéressant.

L'explication de la victoire de Trump aux États-Unis est également très juste. Ironiquement, ce sont ces passages qui dérangeront le plus la clique médiatique du Québec dans ce livre. Pourtant, ce sont ces explications qui pourraient permettre à nos médias de masse de se réveiller à temps avant que le peuple de Québec ne se mette lui aussi à les rejeter massivement et à perdre confiance en eux. Mais ça n'arrivera pas.

Dans ce livre, on vogue entre différents styles littéraires. Curieusement, c'est ce qui a permis à mon cerveau hyperactif de lire ce livre en continu. J'ai l'habitude de lire 5 ou 6 livres en même temps. Quand je me lasse d'un type, je vogue à un style différent. Avec le livre de Soublière, l'auteur le faisait pour moi! Il m'a gardé accroché de cette façon.

En résumé, j'ai bien aimé. Par moment, j'ai réfléchi, par d'autres, j'ai été diverti.

Le livre m'a également permis de constater comment il m'était facile comme conseiller financier à Québec d'avoir ce genre d'opinions et même de les exprimer ouvertement à la radio. Pourtant, on sent une timidité chez Alexandre Soublière dans son essai. On sent qu'il n'ose pas trop brasser, juste semer une graine et tente de la faire germer. Je me rends compte comment au Québec, il peut être difficile pour un Montréalais de sortir du rang comme Alexandre l'a fait et encore plus pour un artiste. Avec cet essai, il n'a pas été suffisamment loin pour se faire écarter de la clique montréalaise, mais il a très certainement flirté avec la ligne à ne pas franchir.

Cela démontre un certain courage de sa part, mais surtout, comment le Québec est totalement immature quand vient le temps de débattre d'idées.

Un homme aux idées comme les siennes devrait pouvoir se sentir plus libre de les exprimer. Honnêtement, j'ai hâte de le relire dans 10 ans, quand il aura encore plus d'assurance dans ses opinions, ça risque d'être intéressant.

On sent le talent dans ce livre, ce ne sera pas le dernier qui se retrouvera sur mes tablettes.
Profile Image for Sophie.
7 reviews1 follower
November 23, 2020
Un roman qui nous berce entre l'essai et la fiction. Un pari remporté pour Alexandre Soublière, qui empreint une fois de plus son oeuvre de son regard. J'ai particulièrement aimé pouvoir me replonger dans les souvenirs d'une époque pas si lointaine, Magpie et histoires de coeurs compris.
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