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142 pages, Paperback
Published September 1, 2018
Nous n’avons pas à modifier notre langue, mais à renouer avec ses logiques, en nous appuyant sur ses ressources. Et la chose est à la portée de tout·e francophone.
p. 15
Précisons que la majuscule [à « Homme »], qui fait prétendument toute la différence entre le mâle commun et son apothéose, n’est qu’une autre de ces embrouilles dont on nous a leurré·es. Non seulement elle ne s’entend pas, mais elle ne correspond à rien, ni historiquement, ni scientifiquement. Les brochures où Robespierre défend les « droits de l’homme » laissent ces mots avec des minuscules – sauf sur les couvertures, où à cette époque la plupart des substantifs reçoivent une majuscule ; c’est la Ligue des Droits de l’Homme, née en 1898, qui popularisa l’emploi des majuscules dans cette expression, par suite de leur emploi systématique dans son matériel de communication. […]
L’homme, ce dernier oripeau d’une époque révolue, doit donc être abandonné – quoique conservé, et expliqué, au musée (encore à construire) de l’émancipation féminine, ou de la domination masculine.
p. 98
On peut d’ailleurs rappeler aux ronchon·nes qu’il fut un temps où les francophones ne connaissaient ni le point virgule, ni les deux points, ni les points de suspension ou d’exclamation, ni les cédilles, ni les accents graves ou circonflexes – et que tout cela a été digéré en quelques décennies !
p. 107
Les sociétés, qui confortaient cette répartition en assignant aux unes et aux autres des professions, des occupations, des savoirs, des sports, des vêtements, des couleurs différentes, ont bien souvent lâché la rampe : la majorité de leurs populations subit encore cette répartition, mais la proportion d’individus qui se sont émancipés est suffisamment grande pour rendre évident qu’il n’y avait là rien de naturel ni de nécessaire. Une femme peut travailler sur un chantier, porter des costumes sombres, écarter les jambes quand elle est assise, gagner beaucoup d’argent, faire de la boxe, un homme rester chez lui pour élever ses enfants, porter des chemises à fleur, partir en vacance avec des copines, faire pipi assis… On peut se marier avec une personne de son sexe, on peut changer de sexe, changer de genre sans changer de sexe, changer d’orientation sexuelle (ou non) en changeant de sexe… La fluidité du genre progresse chaque jour dans tous ces domaines et dans un nombre croissant de pays.
p. 33