Robespierre reste une énigme, et une énigme qui soulève les passions. Il a ses admirateurs inconditionnels et ses détracteurs farouches. À la ferveur pour l' 'Incorruptible' des uns répond la répulsion pour le 'Tyran' sanguinaire des autres. Cette division reflète l'antagonisme des mémoires de la Révolution française. 1789 et 1793 continuent de symboliser les deux faces contrastées de notre événement fondateur : le glorieux avènement de la liberté, d'un côté, et la dérive terroriste, de l'autre. Or Robespierre a pour originalité de faire le lien entre ces deux visages. Le champion des droits du peuple à la Constituante est aussi le pourvoyeur de la guillotine de la Convention montagnarde. Comment passe-t-on de l'un à l'autre? Rupture ou continuité? C'est cette question classique que reprend ce livre. Il s'efforce d'y répondre en scrutant minutieusement l'itinéraire de pensée que l'abondant discours robespierriste permet de reconstituer. Un parcours qui éclaire le sens de l'événement révolutionnaire lui-même. Robespierre apparaît dans cette lumière comme l'homme qui a le plus intimement épousé le principe de la 'révolution des droits de l'homme' qu'a été la Révolution française. Il est également celui qui a érigé la Terreur en instrument du règne de la Vertu, dans la tourmente de 1793-1794, en échouant, pour finir, à procurer une fondation durable au régime politique que les droits de l'homme appelaient comme leur traduction. En quoi ce parcours donne exemplairement à comprendre le problème que la Révolution a légué à la France et que, plus de deux siècles après, elle n'a toujours pas fini de résoudre.
Marcel Gauchet (born 1946, Poilley, Manche, France) is a French historian, philosopher and sociologist. He is emerit professor of the Centre de recherches politiques Raymond Aron at the École des Hautes Études en Sciences Sociales and head of the periodical Le Débat.
Gauchet is one of France's most prominent contemporary intellectuals. He has written widely on such issues as the political consequences of modern individualism, the relation between religion and democracy, and the dilemmas of globalisation.
To date, only two of Gauchet's books have been translated into English, most notably The Disenchantment of the World: A Political History of Religion.
A bit disappointing, not because I expected a traditional biography. The focus is almost exclusively on the four years during which Robespierre was politically active, and his speeches, writings and actions. When it comes to these aspects the book is highly recommended, as Gauchets shows very clearly how Robespierre became the self declared interpreter of the volonté génerale with all its totalitarian consequences. He emphasizes as well that Robespierre, was among the more moderate Jacobins when it comes to religion. The cult of the Supreme Being promoted by him was supposed to counter atheism, furthermore he wa inclined to tolerate traditional religious practice in private.
Two aspects are, however, to be considered as a minus. 1. The book does not fulfil the promise of the title, as Gauchet does not elaborate very much about how, the actions of Robespierre, and even more the images that were drawn of him, divided the French in the two centuries to come. 2. For the second time in a short periods I have now been reading a French book on history without proper referencing. This is not so much a problem when it comes to Robespierre's writings and speeces, as Gauchet always indictaes the dates, so that they can be easily located in the relevant editions. But in the anyhow short discussion of Robespierre's afterlife in the French political imaginaire, now references to relevant sources and literature are given.
A l'ouverture du livre, on tire un peu le nez en se rendant compte que ce n'est pas une biographie qui va nous apprendre des détails sympathiques sur Robespierre, mais un essai focalisé sur les dernières et plus actives années de sa vie, et l'évolution de sa pensée et de son discours à l'épreuve du pouvoir. A lire donc, en complément d'une vraie biographie ; les analyses de l'auteur feront d'autant plus sens aux yeux du lecteur que celui-ci sera déjà familier de la chronologie. Cela dit, ce n'est pas sans intérêt : la pensée de Robespierre est bien décrite et caractérisée : idéalisation du peuple et de la vertu, qui ne font, finalement, qu'un à ses yeux ; libéralisme, notamment économique, inattendu : l'Etat n'a pas à se mêler de ce que les citoyens ou la société font bien eux-mêmes ; la méfiance vis-à-vis de l'exécutif, qu'il soit exercé par le roi ou par un autre...et puis les tensions, comment l'idéalisme des droits de l'homme se fracasse sur la réalité de l'exercice du pouvoir et comment la terreur en résulte (en ce sens, l'auteur montre bien comment Robespierre est le personnage qui incarne et résume le mieux, par sa trajectoire et sa pensée, les dilemmes de la révolution) ; la manie du complot, exutoire de toutes les difficultés. Egalement intéressant sur comment une personnalité s'est incarnée en politique, à savoir comment un effacement sacrificiel devant le bien commun a donné un dictateur qui n'imaginait pas même en être un et ne supportait pas qu'on l'en accuse : comment, finalement un trait débouche sur son contraire, dans un contexte particulier. La fin est intéressante, quand Marcel Gauchet mesure l'héritage de la Révolution (un événement brusque qui s'est transformé en mouvement de fond, la recherche de l'amélioration permanente de l'application des droits de l'Homme), et comment le système politique a finalement résolu le problème posé par les révolutionnaires (l'identification du peuple avec le pouvoir) d'une autre façon (la séparation, la représentation et le contrôle) - mais, même pour y avoir répondu autrement, nous sommes toujours redevables de l'époque qui a posé la question.
Le sous-titre pourrait être “ou le dogme du peuple vertueux” et le fantasme de la république idéale comme fusion du peuple et du pouvoir, incarné par Robespierre