Écrit cinq ans après son roman à succès Les enfants du sabbat, Héloïse d’Anne Hébert est un autre excellent récit d’horreur. Où des événements mystérieux frappent d’innocents protagonistes, sans jamais expliquer tous leurs mystères et leurs origines. Laissant par la suite des pans d’ombres qui donnent au lecteur une liberté de décrire par lui-même ce qu’il a lu. Car ce qu’il y a dans ce livre est de quoi intéressant.
En effet, le mariage de Bernard et Christine. L’évolution de leur histoire d’amour au début des années 80; puis la dégradation de leur relation alors que, durant leurs recherches pour un appartement convenable, Bernard découvre dans le métro et par accident une femme mystérieuse du nom d’Héloïse. Celle-ci, par son apparence et son charisme étrange, ensorcelle Bernard. Empoisonnant sa vie dans des activités étranges qui déconcertent sa femme, entraînant tous les deux dans une descente aux enfers. Dans un chaos et une tension digne des plus grands romans ou films d’horreur japonais.
Car en effet, tout comme ces romans/films/mangas d’horreur que j’aime beaucoup, notamment de poètes comme Koji Suzuki, Hideo Nakata et Hirohiko Araki, l’histoire d’Héloïse présente un univers en apparence paisible et poétique dans son architecture et sa culture, mais qui cache des forces mystérieuses plus puissantes que tout ce que l’on pourrait imaginer. Ici, un Paris sortant des années 70 pour pénétrer dans la matérialité individualiste des années 80, mais qui nous replonge dans son passé historique. Dans une ville et son bagage culturel des stations de métro comme Père-Lachaise, mais aussi des quartiers importants comme le boulevard Saint-Germain; décrivant les activités dans ces quartiers et les monuments présentés. Faisant de ce roman une belle carte d’exploration des lieux touristiques de Paris. Où Anne Hébert y a vécu d’ailleurs pendant plusieurs années et où elle y a été accueilli avec une plus grande attention et respect qu’au Canada et au Québec. Ainsi, ce livre lui permet d’honorer cette ville qui l’a accueilli; à travers une œuvre qui honore son histoire et les gens qui l’habitent et leurs activités. De plus, comme tout grand romancier d’horreur racontant ses histoires, les plus terrifiantes restent celles qui ne décrivent pas tout ce qui arrive aux personnages. En effet, à aucun moment donné savons nous clairement qui sont Héloïse et ses complices. Jamais nous découvrons l’origine de leurs existences. Et jamais nous obtenons à la fin du roman une résolution complète. Ainsi, l’auteur offre à son public la chance de continuer le récit et ses trous selon ses propres choix. Chose qui était par ailleurs présent dans Les Enfants du Sabbat et sa fin mystérieuse.
Mais outre ces détails là, l’auteur nous ensorcelle dans une prose poétique et lyrique. Avec des phrases efficaces. Courtes, décrivant avec concision les lieux et gestes des personnages, mais aussi établissant une tension. Tension qui grandit au fil des chapitres et des dialogues; lesquels n’ont pas de verbes/noms descriptifs pour décrire qui dit quoi et dans quelle intensité. En effet, tout est décrit de façon à ce qu’à chaque fois, nous savons qui dit quoi et comment. À travers une prose qui nous place dans une tension grandissante; d’horreur présent dans la description des appartements que les personnages explorent. Des lieux qui dégagent une historique. Et c’est un peu ce que le roman Héloïse nous rappelle. L’histoire d’un passé qui revient hanter le présent à travers ces lieux, monuments historiques et les spectres du passé.
Ainsi, bien que le roman ne contiennent que 124 pages, son histoire est tellement riche en détails et en mystères qu’à peine avons-nous fini de le lire, on ne peut s’empêcher d’en avoir envie de le relire et découvrir de nouveaux détails à travers les pages. Si bien que Héloïse est une œuvre qui gagne de la richesse par ses relectures. Alors, si vous êtes intéressé de lire des romans courts, mais intéressant et offrant de multiples lectures, alors Héloïse d’Anne Hébert est un excellent choix d’achat en librairie, ou en emprunt dans une bibliothèque publique.