Ravissement : envol, en 2063, des lauréats d'un concours en ligne. N. Ami : Navire Amiral en panne sur l'orbite géostationnaire. Lâcher : lâcher, en 2065, de satellites et de nacelles. Corolle : couronne de 360 nacelles habitées (par les Corollaires) suspendues à 13 km d'altitude. Calice : couronne de 130 satellites habités (par les Caliciens) tournant à 30 000 km d'altitude. Chibani : né·e sur terre. Auturane : né·e au ciel. Sojalent : aliment universel à base de soja et d'insectes broyés. Jacuzzine : baignoire pour l'imprégnation du sojalent. TRAIN : TRaitement Algorithmique de l'INformation. MER : Mise En Relation électronique. VIS : Vie Suspendue. OuïeFine : connexion radio à la MER. L'OffiCiel : bulletin permanent. Internasses : deux navettes desservant l'ensemble de la Corolle. Hélimilice : milice héliportée. Glacelles : nasses dédiées à la conservation des corps malades. Nasserres : nasses dédiées à la culture et à l'élevage. Ruchelle : partie de nasserre dédiée à l'élevage de coléoptères comestibles. Archelle : ménagerie aérienne. Épistémonopause : réorientation de toute la recherche vers la Synthèse. Synthèse : production imminente d'un nouveau carburant. Massiste : Masturbation ASSISTéE d'images animées en 3D. Clinasse : hôpital de campagne. Rétinal : écran rétinien.
Pierre Alféri (French: [pjɛʁ alfeʁi]; 10 April 1963 – 16 August 2023) was a French novelist, poet, and essayist. Alféri was the son of the French philosopher Jacques Derrida and psychoanalyst Marguerite Aucouturier.
Excellent sous tout rapport. La prose et l’histoire ont de grandes qualités. Cette vision d'un futur possible est très recherchée et laisse une impression tenace qui continue bien après que la dernière page soit refermée.
Spoiler alert : ce livre est une claque. De son anticipation glaçante aux brèches qu'il ouvre, en passant par sa myriade de registres, parfois déroutants, parfois terrifiants, toujours poétiques.
Synopsis : Au début des années 2100, sur une Terre complètement dézinguée par le réchauffement climatique, ce qui reste de l'humanité survit dans des nacelles suspendues dans les couches stratosphériques du globe, où l'air est resté respirable. Ce réseau d'habitacles épars forme la "Corolle", elle-même entourée de loin par l'obscure "Calice", sorte de réseau de surveillance technocratique composé de satellites en orbite autour de la Terre. Par courts chapitres interposés, nous suivons la vie (ou plutôt la VIS, pour "vie suspendue") des habitant-e-s de quelques unes des 300 nacelles de la Corolle, marquée par le vide : vide de l'espace, de perspectives, de socialités...
Chaque "chapitre" peut ainsi se lire comme une mini-nouvelle, tissée au reste du récit par la trame narrative générale de l'ouvrage. Par touches de vie interposées, le tableau d'une vie hors-sol se dessine, dans une gamme chromatique globalement assez terrifiante. L'alimentation a été remplacée par un système d'assimilation par voie épidermique, à base de liquide appelé "sojalent". Le travail a été officiellement aboli, mais se voit officieusement remplacé par un "hobby" unique et propre à chaque nacelle, censé combler le manque de sens d'une vie sans dessus dessous. Le contact entre nacelle s'opère, au choix, via une "internasse" (nacelle itinérante), qui met 2 ans pour faire le tour de la Terre, ou via la "MER" (pour "Mise en Relation"), sorte d'avatar rescapé d'Internet. Les relations sexuelles sont assistées grâce à la VR, et la surenchère de l'exotique (pour ne pas dire du glauque) alimente une vaste production porno. La sérénité d'un sol stable, d'une pesanteur terrestre accueillante, cède la place à une vie passée dans une carlingue de métal, secouée au gré des vents.
Des gens qui habitent la Calice, on ne sait pratiquement rien, hormis en toute fin d'ouvrage. La sensation d'oppression est palpable, et rend l'absence de tout ancrage (au sens littéral comme figuré) encore plus pesante. La Terre, loin en contrebas, semble être devenue une cocotte-minute. Sa nécessité, son accueil, sa générosité ne subsistent plus qu'en pensée dans les souvenirs des quelques humains assez âgés pour avoir vécu les dernières années d'une vie terrestre à l'agonie. Nostalgie douloureuse, qui se retrouve en germe dans la colère de certains des plus jeunes, refusant un déracinement qu'iels n'ont pourtant jamais vécu. La terreur, c'est également celle que l'on éprouve à la lecture de ces chevronnés défenseurs de la vie suspendue, pour qui déracinement est synonyme de libération, de modernité.
Hors-Sol est ainsi le récit d'une suspension aérienne, cruelle, entre l'espoir de revenir et le projet de partir (vers Mars ?). C'est également un exercice de pensée extrêmement déstabilisant, dont l'axe de rotation est celui d'une probabilité, de moins en moins marginale, que la vie sur Terre en soit à ses derniers souffles.
Hors-Sol est un récit puissant, effrayant mais nécessaire, qui renouvelle en profondeur le genre de la science fiction et de l'anticipation. Rattaché au champ de la climate fiction, ce livre instille la peur autant qu'il insuffle l'indignation. C'est un récit mené avec brio, qui manie brillamment l'art de susciter nos affects terrestres. Il comporte à mon sens un air de famille avec l'univers d'Alain Damasio, mais je lui trouve plus de subtilité et de finesse dans sa manière de porter le récit.
Gros coup de cœur pour cette distopie. Jai adoré tous ces fragments qui peuvent quasiment se lire comme des nouvelles. L'inventivité de l'auteur est impressionnante et son humour glaçant
Un bel univers monté en multiples polaroïds qui, à force de gros plans, finit par nous donner une idée du tout. La cohésion est réussie, mais un un fil conducteur narratif reste manquant.