Millions of years have passed since the times of legends, when the worlds of man and gods were still the same. In these times it was the desires of man that moved the world. It is the era of the 500 year war: The warring states period. Kingdom is the story of a young boy named Shin who grew into a great general and all the trials and bloodshed that lead him there.
Won the 17th Tezuka Osamu Cultural Award Grand Prize
Je parlais de ronger son frein dans le tome précédent, c’est encore plus le cas avec le flux et reflux que nous vivons aux côtés de Shin et Ouhon dans ce tome qui nous plonge littéralement dans la vie de leurs troupes.
J’ai déjà vécu des guerres et batailles immersives mais celles-ci se posent parmi celles où j’ai le plus eu la sensation de saigner et transpirer aux côtés des soldats, coincée moi aussi dans la mêlée. Hara fait vraiment vivre cette longue bataille d’endurance comme si on y était, confusion et peur comprise. C’est du coup tellement prenant et ce même quand on se retrouve dans un tome de transition comme celui-ci où l’auteur place ses pions, faisant sombrer les soldats avant de les galvaniser mais toujours en gardant la pression sous contrôle.
Ce contrôle on le perçoit dans les menées des troupes. On suit de loin, comme Ousen, ce qui se passe entre Shin Ouhon et leurs adversaires grâce à un double niveau de narration dans et hors de la mêlée. Dans la mêlée on souffre avec eux. Hors, on cherche des failles pour les quelques jours qui restent et c’est là que la tension monte mais sans jamais éclater. Pourtant, il y aurait des raisons et c’est savamment planifié par l’auteur. Il met l’un de ses gradés en danger au cours d’une passe d’arme et d’une prise en chasse toute en pression orchestrée par l’élite de l’armée adversaire. Ce sont des pages glaçantes et terrifiantes où on ressent vraiment ce danger qui guête le héros et ses proches comme si on y était.
Mais tout est sous contrôle et on assite avec jubilation au plan réussi d’Ousen, manipulant ces jeunes pousses que sont Ouhon et Shin. On se passionne pour le devenir de chacun, pour leurs décisions, pour leurs rapports à leurs troupes et pour le devenir de celles-ci. Quelque chose naît entre eux et nous. Cette guerre est en train de les transcender et on y assite en direct, ressortant de tout ce sang et cette fange, de toutes ces privations, de la peur et de la faim. Alors oui, il ne se passe pas grand-chose au final dans ce tome, on patauge et cherche avec eux. Ça ne brille pas mais bon sang que ça prend aux tripes !
Tome de transition plongeant en plein coeur du quotidien d’une troupe en pleine guerre dans un champ de bataille confus et sanglant où la menace vient de partout, celui-ci fascine par sa maîtrise du maintien de la tension sous contrôle avant l’explosion de celle-ci. L’auteur nous offre des moments brillants avec ces chefs et leurs troupes, Ouhon version dramatique, Shin version espoir. Je n’ai aucune envie de décrocher !
La tension continue de monter avec le manque de vivres qui se fait sentir via des rations puis la dernière distribution. Le mangaka nous montre l'ingéniosité des deux côtés (même s'il est vrai que lorsqu'on connaît la recette Kingdom on reste bien entendu satisfait de ce format qui fonctionne mais l'on est moins surpris, on se demande surtout par quel stratagème nos protagonistes vont s'en sortir plutôt que s'ils vont s'en sortir), et l'on ressent la longueur de cette bataille dans les plaines de Shukai. On ressent la lassitude et la faim de nos soldats mais ce qui pourrait être un critique du rythme de cet arc pour l'une des batailles les plus longues du manga fait aussi sa force. Ici on ne nous épargne aucun détail, aucun doute, aucun moment de vie de nos fantassins, aucune de leurs peurs, ou aucune logistique triviale ce qui apporte cet aspect si réaliste et immersif au récit. On retrouve bien évidemment de l'épique avec cette évolution largement voulue et presque forcée par Ousen et réalisée par Ouhon et Shin qui en avait besoin pour continuer vers leur objectif. Nous avons donc un éveil à la super-héros pour nos protagonistes mais aussi leur armée qui devient à la fois une entité puissante en elle-même tout en reconnaissant la valeur ajoutée de chaque individu fort de son histoire et de ses motivations personnelles.