Phénomène d'accélération de l'innovation, la disruption consiste, de la part des seigneurs de la guerre économique, à aller plus vite que les sociétés pour les soumettre à des modèles qui détruisent les structures sociales et paralysent la puissance publique. Face à la disruption ainsi imposée, les systèmes sociaux arrivent «toujours trop tard »pour s'emparer des évolutions technologiques, devenues foudroyantes depuis la révolution numérique. Devant cet état de fait, qui impose d'innombrables vides juridiques aussi bien que théoriques, les individus et les groupes sont totalement désemparés - souvent au point d'en devenir fous, individuellement ou collectivement, et donc dangereux.
Que faire de cette folie, dans cette folie ? C'est en partant de cette question que Bernard Stiegler relit ici Michel Foucault et Jacques Derrida, les confronte aux analyses de Peter Sloterdijk et Jean-Baptiste Fressoz, et tente de trouver l'antidote contre la démoralisation généralisée.
Bernard Stiegler heads the Department of Cultural Development at the Pompidou Center in Paris and is co-founder of the political group Ars Industrialis. Stanford University Press has published the first two volumes of Technics and Time, The Fault of Epimetheus (1998) and Disorientation (2008), as well as his Acting Out (2008) and Taking Care of Youth and the Generations (2010).
Un livre fantastique qui est l’un des rares à décrire la nécessité de reconstruire la morale à l’heure de la desinhibition numérique qui entraîne une démoralisation que chacun peut ressentir.
Dur d'aborder cet ouvrage quand on a pas une agrégation de philosophie...heureusement j avais vu une conférence de l'auteur sur ce sujet avant d'attaquer le livre. Le sujet et les thèmes aborder son super intéressant et il est plus que jamais nécessaire d'avoir une réflexion critique et constructive vis-à-vis de ce culte de l'innovation qui est désormais omniprésent.
La réticulation numérique, pénètre, parasite, envahit et finalement anéantit les relations sociales à sa vitesse foudroyante. Ce faisant, elle les neutralise et les annihile de l’intérieur en les prenant de vitesse et en les phagocytant. Exploitant systématiquement l’effet de réseau, ce nihilisme automatique stérilise et détruit tout ce qui procédait de la culture et de la vie sociale locale telle une bombe à neutrons. De ce qu’il désintègre, il exploite non seulement les équipements, infrastructures et patrimoines locaux abstraits de leur territoire sociopolitique mais aussi les énergies psychosociales - celle des individus et celles des groupes qui cependant s’y exténuent. Transformés en fournisseur de data, les individus et groupes que les réseaux dits sociaux déforment et reforment selon de nouveaux protocoles d’associations s’en trouvent désindividués par le fait même. Leurs propres données qui constituent aussi des rétentions permettent de les déposséder de leur propres protentions (attente, désir, volonté).
La disruption est ce phénomène actuel qui court-circuite les protentions collectives positives, c'est-à-dire la faculter de se projeter dans l'avenir de façon positive du fait de l'accélération des dispositifs numériques qui anéantissent et mènent à une accélération de comportements issus d'une nouvelle forme de barbarie (entendue au sens d'Adorno et Horkheimer) . En effet sans de telles protentions, donc sans de telles projections dans le futur partagées par les individus, les sociétés se se détruisent, se décomposent et les individus deviennent fous.
Bernard Stiegler dans son livre analyse la disruption comme étant la dernière époque de l’Anthropocène depuis une quinzaine d’années. Comme Florian cité dans le texte lorsqu’il dit « Vous ne comprenez pas que ma génération ne rêve plus, n’aura pas de famille, n’aura pas de travail et en fait est la dernière génération ou l’une des dernières avant la fin. » Il pratique la parrêsia il dit ce que tout le monde pense mais que personne ne veut penser et que tout le monde refoule. Car c’est insupportable comme idée d’être à la fin.
Si l'organogenese est exosomatique, alors la neguentropie n'est pas neguanthropie au sens où B. Stiegler la qualifie l'ovris d'exosomatisante [...]. Un peu difficile à lire sur la forme, mais passionnant sur le fond. Ce livre aborde les racines (travail sur les concepts) de la difficulté que nos sociétés ont à appréhender un monde qui a changé de paradigme trop brutalement pour que nos schémas idéologiques puisse s'y adapter.