Tout le monde avait lu ce livre quand j'étais à Sciences Po, sauf moi, je me rattrape tardivement... Au cours d'entretiens avec D.Wolton et J.L. Missika, Raymond Aron revient sur sa formation, qui a eu partie liée avec l'histoire, sur la guerre et l'après-guerre, et la société contemporaine. Côté positif, on revisite des épisodes de l'histoire crus connus (Non, Yalta n'a pas été le partage du monde que l'on dit ; l'inflation des années 70 a aussi été favorisée par les Américains pour financer la guerre du Viet-Nam), on savoure la complexité de la relation avec Sartre, on comprend le sentiment de solitude d'un homme qui revendique de ne pas vendre du rêve mais des idées politiques assez austères (on cesse de rêver de la liberté dès lors que l'on n'est pas dans les fers) et chez qui existe une tendance à toujours parler "contre" son interlocuteur, par exigence intellectuelle, ce qui ne lui fait pas beaucoup d'amis au final. Le libéralisme d'Aron, c'est moins l'hyperlibéralisme économique qui n'est pour lui qu'une conséquence de son système, qu'un refus de tous les systèmes de parti unique et une haine de toute forme de monopole de détention de la vérité absolue sur le sens de l'histoire (qui d'après lui n'existe pas). Côté moins positif, l'homme est volontiers coupant et cassant, il dit souvent "comme je vous l'ai déjà dit..." ; et il tendance à considérer que ce qu'il dit relève de la "logique", du "bon sens", et du résultat de "l'analyse", tandis que ses adversaires sont, bien sur, dans l'idéologie.